En ces temps troublés et angoissants où une nouvelle pandémie est toujours possible et où la guerre en Ukraine nous désole et nous fait craindre le pire pour la paix dans le monde, il paraît plus important que jamais de célébrer la vie, et, pour ce faire, certes, de fêter, la venue au monde des…
« Nous sommes tous des privilégiés »
De façon, à première vue surprenante, Meursault, le héros de L’Étranger d’Albert Camus, qui attend d’être mis à mort dans sa cellule, déclare : « Nous sommes tous des privilégiés ». Car, lui, qui est incarcéré et va mourir guillotiné, apprécie encore avec jubilation les odeurs de la terre qui montent du sol, le spectacle d’un coin de ciel bleu ou d’un rayon de soleil qu’il aperçoit, les bruits venus de la rue, en fait le fait d’être vivant tout simplement.
Il prend conscience, lui qui est athée, que sa venue au monde est une sorte de « miracle » tant la probabilité de la naissance de chaque individu que nous sommes est faible. Pourquoi nous plutôt qu’un ou une autre ? Et combien la vie est un cadeau.
« Prêtre, prophète et roi »
Cette modeste réflexion sur la valeur de la vie, en ces temps où dans de nombreuses parties du monde, des êtres humains innocents, dont des enfants, meurent à cause de la folie guerrière de certains, m’a fait repenser aux mots prononcés par le prêtre durant le baptême d’un enfant dans la religion catholique. Ces mots m’ont toujours touchée et paru évidents ; chacun mérite réflexion. Bien que je ne sois pas théologienne, j’en dirai deux mots (qui n’engagent que moi) et m’attarderai sur le dernier.
« Prêtre » : car chaque croyant, quelle que soit sa religion, peut témoigner de sa religion et l’incarner, si possible, ce qui est mieux. Et d’ailleurs dans la religion catholique, un baptisé peut baptiser une personne si cette dernière est en danger de mort et qu’il n’y a pas de prêtre présent.
« Prophète » : car chacun d’entre nous peut, un jour, percevoir des messages venus du divin et en témoigner.
« Roi » : car nous sommes tous des « élus » puisque la vie nous a été donnée et que nous devons régenter non pas les autres, mais notre propre vie, le mieux possible.
Rappeler à ceux qu’on aime ce « statut » de roi, en les comblant d’amour et d’attentions le jour anniversaire de leur naissance
On fête souvent l’anniversaire des enfants, mais pour les adultes, c’est très variable, il est vrai, selon les pays et les époques. Et d’ailleurs, jusqu’au XVIIIe siècle, dans la France catholique, on fêtait surtout la fête des personnes, c’est-à-dire le jour correspondant au nom de leur saint patron. Et l’habitude de fêter les anniversaires est surtout venue petit à petit des pays anglo-saxons. En Polynésie, on m’a dit que ce n’était pas autrefois (avant le CEP) une coutume commune à toutes les familles. Cela dépendait, d’après ce que j’ai compris. Mais petit à petit, il semble que cette pratique se soit généralisée, même si pour certains, en France ou en Polynésie, c’est plus une occasion de faire la fête que d’honorer vraiment une personne.
Or célébrer chaque année, même parfois après sa mort (pour des proches ou des personnalités célèbres – cette année on fête les 400 ans de la naissance de Molière), l’anniversaire d’un être c’est lui dire : « Je suis heureux qu’un jour tu sois venu au monde et ce jour-là mérite d’être célébré et je fais tout pour te rendre heureux, encore plus que d’habitude, pour te montrer mon amour en te faisant plaisir ». Pour les hommes célèbres, c’est leur dire qu’ils sont toujours vivants parmi nous même des siècles après leur décès.
« L’amour est aussi fort que la mort »
Ce que j’ai découvert en Polynésie, ce pays si généreux, c’est que certaines familles fêtent chaque année l’anniversaire d’un proche décédé, soit par une véritable fête d’anniversaire où la présence du défunt, bien que virtuelle, n’en est pas moins forte, soit par un petit mot sur les réseaux sociaux évoquant une maman, un frère, un ami, partis quelques années auparavant, pour qu’il demeure vivant dans le souvenir des gens qui l’ont connu(e).
Je dois dire que cette coutume m’a profondément émue car c’est une célébration de la vie, une façon de dire : « L’amour est aussi fort que la mort ».
Si les êtres sont vivants, je trouve dommage que certains, qui se disent proches, se contentent d’un simple SMS, mail ou coup de fil (ou de rien), s’ils sont sur place ou viennent à un repas avec une bouteille d’alcool ou les mains vides alors que le moindre petit cadeau, le plus modeste, quelques fleurs du jardin vont épanouir le cœur de celui ou celle à qui l’on rappelle qu’il est le « roi » ou la « reine » de cette journée. Très probablement certains penseront, qu’à mon âge avancé, je parle comme une gamine et que les adultes ont autre chose à faire que de fêter des anniversaires surtout quand ils ne sont plus de première jeunesse (et puis quoi, ce n’est qu’un an de plus !) Eh bien, chacun fait comme il le sent, mais je trouve tellement beau de célébrer la vie, y compris en se souvenant que nous avons été enfant et que nous sommes nés !
Mais bien entendu, il est encore mieux d’essayer de rendre les gens qu’on aime heureux tous les jours, plutôt qu’un jour par an ! Et il y a bien d’autres façons de célébrer la Vie ! Puissent déjà cesser les massacres en Ukraine mais aussi en Syrie, au Yémen dont on parle si peu et partout dans le monde.
