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Naviguer dans le Pacifique Sud suppose un autre rapport à l’espace et au temps, des notions que les Polynésiens abordent avec une philosophie radicalement différente de celle des Occidentaux. Au Fenua, l’océan n’est en rien un espace vide, il ne peut pas séparer, bien au contraire, il est un lien entre les îles et les…

Pour qui fait route à la voile vers la Polynésie, la longue houle du Pacifique donne la mesure de ces espaces et la dimension d’un temps qui s’écoule à un autre rythme. Après une trentaine de jours de mer depuis Panama, l’atterrissage se fait généralement aux îles Marquises. Les navigateurs touchent alors Fatu Hiva, ou bien ses voisines Tahuata ou Hiva Oa, qui forment le groupe sud de l’archipel.

Pourquoi cette appellation de Marquises ? Le nom « las Marquesas » fut donné en 1595 par l’Espagnol Mendaña à ces îles, que chaque visiteur étranger trouvera logique de rebaptiser à son gré, Washington Islands pour Ingraham, Îles de la Révolution pour Marchand, Marquises pour Dupetit-Thouars qui les « annexe » en 1842. Les Occidentaux qui se succèdent semblent avoir oublié que l’archipel était peuplé depuis des siècles, et que son peuple l’a désigné comme te Fenua Enata, « la Terre des Hommes ».

Tahuata, la plus petite des Marquises habitées

Tahuata est la plus petite, séparée de la grande île de Hiva Oa par le Canal du Bordelais où les vents et courants peuvent être importants.

C’est sur la côte sud d’Hiva Oa, à côté du village principal d’Atuona, plus précisément dans la petite baie de Tahauku, que se trouve le seul chantier naval des Marquises.

Les meilleurs mouillages de Tahuata sont ceux de Hanatefau, près du joli village d’Hapatoni, et, plus au nord, Hanamoena, devant une superbe plage de sable blanc, proche d’une autre belle plage, Ivaiva.

La baie de Vaitahu, le village principal de Tahuata, offre un mouillage de bonne tenue, mais les rafales dues au vent qui descend la vallée, peuvent parfois atteindre 50, voire 70 nœuds !

Au mouillage, vous aurez souvent l’occasion d’être entourés de dauphins ou de raies manta.

Comme pour tout l’archipel, Tahuata est une île volcanique aux vallées superbes, et deux sommets dépassent les 1 000 mètres.

Les 700 habitants se répartissent dans les cinq vallées habitées de Vaitahu, Hapatoni, Hanateio, Hanatetena et Motopu.

Aujourd’hui, l’habitat est relativement groupé au bas des vallées, alors que dans la société traditionnelle, les Enata vivaient de manière plus dispersée à mi-hauteur des vallées près des rivières, avec les arbres à pain, ressource essentielle, dans le haut, et les cocotiers un peu plus bas. De nombreuses traces de l’habitat ancien subsistent, sites archéologiques, soubassements de pierres appelés paepae, pétroglyphes… tandis que la transmission des techniques et motifs artistiques s’est effectuée, et se traduit tout particulièrement par une spécialité de sculpture sur os.

À Vaitahu, le snack « Chez Jimmy »

Au village principal de Vaitahu, vous laissez votre annexe au petit quai et prenez la rue qui mène à la mairie, l’école et la poste. Vous verrez, devant la mairie, les stèles qui évoquent le passé de l’île, visitée par Mendaña, Cook et les premiers missionnaires, et dont le chef Iotete se leva pour protester face à la « prise de possession » française. Vous y découvrirez aussi que ce sont les élèves de l’école primaire du village qui sont à l’origine du concept même d’Aire marine éducative.

Au coin de la rue, vous ne pourrez pas manquer le panneau indiquant le snack « Chez Jimmy ».

Le maître des lieux vous recevra avec sa convivialité exemplaire et ses éclats de rire tonitruants, accompagné de sa souriante épouse, Rosa, qui parait fluette à côté du gabarit imposant de son Marquisien de mari.

C’est une véritable escale qui vous est proposée, puisque vous pourrez déjeuner, boire une bière, disposer du wifi, déposer votre lessive ou acheter du gaz… et tant d’autres services que Jimmy se fait toujours un devoir de rendre. Avec un peu de chance, vous arriverez juste au moment où Jimmy entonne des chants marquisiens accompagné de sa guitare ou de son ukulele, et là, vous n’aurez plus envie de rentrer à bord !


Le parcours remarquable de Jimmy

« Je m’appelle Jimmy Temahaga, mon père était originaire des Tuamotu et ma mère de Tahuata, j’ai passé mon enfance ici, à Vaitahu. Je suis allé au collège à Hiva Oa en internat, au lycée à Tahiti 4 ans, puis je suis revenu aux Marquises, j’ai rencontré ma femme originaire de Hiva Oa, on a fondé une famille, j’ai eu mon premier fils en 2007.

J’ai travaillé un peu partout, d’abord cuisinier dans une cantine scolaire. C’est de là qu’est venue ma passion pour la cuisine ; je n’y connaissais rien à part les plats locaux marquisiens que je faisais avec mes grands-parents, mais j’ai appris sur le tas. Ensuite, j’ai travaillé dans une boulangerie pendant 4 ans, et entretemps pour des petits snacks qui faisaient « le juillet », les fêtes qui durent un mois.

Comme j’avais un diplôme en bâtiment, j’ai créé ma petite entreprise en tant qu’entrepreneur, spécialisé en construction et rénovation, j’ai eu des chantiers, j’ai fait des maisons, je suis le seul patenté.

En 2017, l’occasion s’est présentée avec le Festival des arts des îles Marquises, le Matava’a, qui s’est tenu sur mon île à Tahuata. Je me suis dit pourquoi pas créer un petit snack pour la période du festival ? J’ai tenu le pari, je n’ai rien vu du festival, j’étais 24 heures sur 24 dans la cuisine.

J’ai demandé à ma femme, elle qui a eu l’expérience de serveuse dans un snack à Hiva Oa, pourquoi pas continuer toute l’année et même plus ? Et jusqu’à présent, on tient toujours notre snack que j’ai nommé « Chez Jimmy ».

J’exporte aussi des fruits à Tahiti où il y a beaucoup de demande, surtout pour des agrumes. Les citrons, aux Marquises, c’est de l’or vert. Je ne sais pas pourquoi, mais à Tahiti, rien que l’appellation Marquises, ça part comme des petits pains ! »

Cuisine marquisienne et vie associative

« Il y a des guides patentés de Hiva Oa qui font des excursions à la journée et qui viennent manger à midi « Chez Jimmy » des plats locaux comme la chèvre au lait de coco, le coq tué le matin et mis dans la marmite avec du lait de coco et de la papaye verte, c’est une tuerie, accompagné par du fruit à pain qui ne manque pas aux Marquises, c’est la pomme de terre marquisienne, la nourriture de base venant de nos ancêtres. On continue à perpétuer cette façon marquisienne de cuisiner et de manger.

De mars à juillet, il y a beaucoup de plaisanciers qui passent sur mon île et trouvent bien qu’il y ait un point de restauration et qu’on les accueille. À l’arrivée, ils veulent envoyer des nouvelles à leurs familles, et « Chez Jimmy » il y a le Wi-Fi ; c’est donc le point de ralliement des étrangers, Français, Brésiliens, Russes, Allemands, Suisses, Norvégiens… ils passent tous par les Marquises avant d’aller découvrir la Polynésie.

Je parle marquisien, j’ai grandi avec mes grands-parents, c’est dans mon ADN. Le français parce qu’on l’a appris à l’école. Le tahitien parce qu’on est un peu colonisés par les Tahitiens, le journal local à la télé est en tahitien. L’anglais, j’étais nul à l’école, je m’endormais en cours à chaque fois, mais j’ai pris conscience que l’anglais est très important, je côtoie beaucoup de voileux, ça m’a forcé à comprendre et à parler anglais.

Sinon, je tiens la trésorerie d’une association de pétanque depuis 2013, et l’année dernière, avec mes copains Kahu et Carlos, on a décidé de créer une association de football. Il fallait mobiliser tous les jeunes de l’île, car il n’y avait pas d’activité sportive à part la pétanque. Pari tenu, on a 80 licenciés dans notre club, qui prend de l’ampleur. Nos joueurs de Tahuata commencent à piétiner ceux de l’île voisine de Hiva Oa. Ce sont d’abord des chasseurs : tu mets un chasseur sur un terrain de football, quand il poursuit sa proie, le ballon, il ne le lâche pas, il va jusqu’au bout ! »

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