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Le 4 juin 1996, Ariane 5 se désintégrait dans une gerbe magnifique digne d’un 14 juillet. 37 secondes après son lancement de notre base de Kourou en Guyane et à 4 000 m d’altitude, le « bug » du programme informatique originalement réalisé pour Ariane 4 causa une défaillance du module de contrôle. Vol 501 dériva de sa trajectoire et le système d’autodestruction se déclencha comme prévu quand le fuselage de la fusée commença à se désintégrer sous l’influence de la pression aérodynamique accrue.

Les débris de la fusée et des quatre satellites emportés s’éparpillèrent à terre dans un rayon de 12 kilomètres carrés. Le coût des pertes était évalué à $370 millions de l’époque. Le « bug » informatique à l’origine de cet échec technologique prit immédiatement la première place des « bugs » de l’infamie ! Pour les initiés, l’erreur de programmation était contenue dans cette ligne de données qui ne protège pas la conversion de 64 bits a 16 bits : UC_16S_EN_16NS (TDB.T_ENTIER_16S ((1.0/C_M_LSB_BH) * G_M_INFO_DERIVE(T_ALG.E_BH)));

Mais je digresse ! Pour traquer ce vol historique de notre première fusée de la famille Ariane 5, et à cause de sa position géographique privilégiée, l’île de Clipperton avait été choisie pour être transformée en site radar de suivi du vol. Peu ou pas de données ouvertes et francophones sont disponibles quant à ce projet qui aurait pu procurer à notre îlot un rôle stratégique pour la France et le programme spatial européen, une occupation semi-permanente nécessaire à notre souveraineté, et une présence physique déterrent à toutes les activités illégales de la région.

Pour quelques raisons sûrement valables, peut être cohérentes et certainement rationnalisées, la France décida à l’époque de faire un appel d’offre international et décida de sous-traiter aux Américains le suivi de ce tir à partir de Clipperton.

Du côté d’Outre-Atlantique, dieu bénisse le « freedom of information act », un document officiel expose la démarche française et le raisonnement suivi par les Américains derrière leur acceptation. En effet, maintenant disparue de Clipperton, le fameux « NASA shed » (la cabane de la NASA) a longtemps été la preuve physique que le mariage avait bien été consommé.

D’après une correspondance du 6 février 1996 intitulée “NASA’s Clipperton Project”, le General Accounting Office, la National Security And International Affairs Division et le Centre National d’Études Spatiales (CNES) avaient demandé l’assistance technique de la NASA en 1995 pour valider les prévisions de réentrée dans l’atmosphère des composantes de propulsion principales de la fusée Ariane 5.

La NASA utilisait déjà un système radar spécialisé à partir du Johnson Space Center de Houston (JSC) pour étudier la rupture des réservoirs de lancement de la navette spatiale au moment de leur réentrée dans l’atmosphère terrestre (JSC, Houston, Texas). L’accord prévoyait le déploiement d’une équipe radar similaire à celle du JSC, sur Clipperton, pour y remplir les mêmes missions au profit du vol 501.

La NASA prévoyait même d’offrir ses services pour les vols futurs. Le coût total de l’opération « Clipperton » était alors estimé par la NASA à 1,4 million de dollars, et 822 000 dollars avaient déjà été déposés à la Banque fédérale de New York par le gouvernement français pour couvrir les frais existants et futurs (la NASA avait déjà dépensé 488 000 dollars depuis le 30 novembre 1995). En bref, cet argent servait à couvrir l’étude du site choisi sur Clipperton, les navires de transport et de logistique, les personnels civils et sous contrat, ainsi que l’utilisation de l’équipement et son support technique.

La tragi-comédie de 1944 et de l’opération top secrète « Island X », durant laquelle le navire de débarquement porte-chars LST-563 de la Navy s’était définitivement échoué sur les récifs de Clipperton, devait toujours être présente dans les esprits des organisateurs de la NASA, car une partie de la somme était aussi dédiée à « l’entraînement du personnel pour le franchissement de la barrière de récifs ».

Finalement, il est intéressant de noter que le dossier mentionne aussi que la NASA avait informé l’US Navy de ce projet afin de leur donner l’opportunité de tester le dernier-né du système de défense antimissiles balistiques Aegis. Développé à l’initiative du Président Reagan (Strategic Defense Initiative, SDI), le programme Aegis en était à sa version LEAP (Projectile exo-atmosphérique léger, Lightweight Exo-atmospheric Projectile), et la Navy cherchait désespérément des cibles réelles à traquer. La réentrée atmosphérique de l’étage principal du lanceur d’Ariane était une aubaine à exploiter à peu de frais.

L’affaire fut un échec, et les Américains ne purent que partager le feu d’artifice à partir d’avions loués pour la cause en remplacement du site de Clipperton finalement abandonné.

Pour l’île, rien n’a vraiment changé. Les Américains étaient encore venus l’occuper et étaient repartis sans rien, même pas une « gueulante » du général de Gaulle. Ils laissèrent derrière eux des traces supplémentaires de leurs passage temporaire, une cabane qui a servi de perchoir a oiseaux, de chambre de passage et de cabine WC.

A peu de frais, Clipperton aurait pu devenir une base semi-permanente du CNES pour traquer les réentrées de fusées et satellites européens et internationaux sept mois par an.

Dans un futur proche, Clipperton pourrait-elle héberger un des sites (semi-permanent ou permanent) du futur système de détection et de protection anti-missile européen, une initiative française à dimension européenne mentionnée dans notre Livre Blanc de la défense ?

Il faudrait d’abord que Paris puisse au moins épeler le nom de cette île.

Eric Chevreuil

Ci-dessous la traduction du document officiel (AI-Copilot) :

B-270955 6 février 1996

L’honorable Phil Gramm

Sénat des États-Unis

Cher sénateur Gramm,

Conformément à votre demande, nous répondons aux préoccupations exprimées concernant la participation de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) au projet de mesure de la rentrée du Cryogenic Main Stage Reentry de l’Ariane 501 du gouvernement français (également connu sous le nom de projet Clipperton). Votre électeur a posé de nombreuses questions concernant (1) la nature et la justification de l’aide de la NASA à un gouvernement étranger pour développer un lanceur spatial pouvant concurrencer ceux des entreprises américaines, (2) la mesure dans laquelle les fonds alloués soutiennent l’aide de la NASA aux Français, (3) les paiements des fonctionnaires américains pour les repas et les frais de divertissement fournis par les Français, et (4) l’implication de la marine américaine dans ce projet.

L’AIDE DE LA NASA AU PROGRAMME ARIANE 5 SE LIMITE À UNE QUESTION DE SÉCURITÉ

Afin de minimiser les impacts potentiels sur la vie et les biens, la NASA a utilisé un système radar développé au Johnson Space Center (JSC) pour étudier la désintégration du réservoir externe de la navette spatiale américaine lors de sa rentrée dans l’atmosphère terrestre, afin de valider les prédictions sur la chute de ses fragments. L’agence spatiale française, le Centre National D’Etudes Spatiales (CNES), a demandé l’aide de la NASA pour valider les prédictions de rentrée des composants de la fusée Ariane 5. La NASA a accepté d’aider les Français à condition que son assistance se limite aux questions de sécurité. Conformément à l’accord, une équipe du JSC déploiera le radar le long de la trajectoire de rentrée prévue de l’Ariane 5. Le système radar recueillera des données sur la désintégration du premier étage du véhicule lors de sa rentrée dans l’atmosphère terrestre. La première mission de l’Ariane 5, initialement prévue pour novembre 1995, a été reportée à mai 1996.

Le projet Clipperton B-270955 de la NASA et présente une option pour soutenir de manière similaire une autre mission Ariane 5. La trajectoire de rentrée prévue de l’Ariane 5 passe au-dessus de l’océan Pacifique, et la NASA a identifié un petit atoll inhabité français, appelé l’île Clipperton, situé à environ 650 miles à l’ouest du Mexique, comme le meilleur emplacement pour le radar. La NASA a loué un navire de transport pour déplacer l’équipage, l’équipement radar et les fournitures vers et depuis l’île et pour assurer un soutien logistique pendant la mission. La NASA estime que son équipe passera un total de 6 à 8 semaines sur l’île, y compris le temps de déplacement.

LES FRANÇAIS REMBOURSERONT LES COÛTS DU PROJET À LA NASA

La NASA estime que le projet coûtera 1,39 million de dollars. Le gouvernement français a déposé 822 000 dollars sur le compte de la NASA à la Federal Reserve Bank de New York, à des fins de paiement. Selon l’accord, d’autres dépôts sont attendus.

Conformément à l’accord, les Français rembourseront la NASA pour l’évaluation du site, la location du navire de transport et de logistique, la formation du personnel au déplacement d’équipements lourds à travers les vagues, l’utilisation de personnel de la fonction publique et de contractuels sur le projet, la dépréciation de l’équipement et le soutien connexe. La NASA a créé un compte séparé pour suivre ses coûts dans le cadre de l’accord. Au 30 novembre 1995, la NASA avait engagé 488 087 dollars, mais n’avait débité que 278 437 dollars sur ce compte. La plupart de la différence était due à plus de 160 000 dollars de coûts de soutien technique d’ingénierie – les responsables de la NASA au JSC ont déclaré que ces coûts n’avaient pas été facturés en raison du délai dans l’enregistrement des données de coûts des entrepreneurs et que les coûts devraient figurer dans les comptes pour le mois se terminant en janvier 1996. La NASA n’avait pas non plus débité le compte pour les coûts salariaux de la fonction publique, y compris ceux engagés au cours de l’exercice 19951.

Nous avons discuté de ces questions avec les responsables de la NASA au JSC et ils nous ont assuré qu’ils apporteraient les ajustements comptables nécessaires pour facturer tous les coûts appropriés du projet au compte. Ils ont également déclaré que les responsables financiers du JSC effectueraient une réconciliation finale pour s’assurer que toutes les catégories de coûts incluses dans les estimations initiales, telles que les coûts salariaux de la fonction publique actuellement non facturés, sont incluses dans le règlement final des coûts avec le CNES.

COÛTS DE DÉPLACEMENT DU PERSONNEL DE LA NASA

 Les frais de déplacement du personnel de la NASA travaillant sur le projet ont été facturés au gouvernement français, à l’exception de 150 dollars facturés par erreur sur un compte non remboursable. Dans les cas où les repas étaient fournis par le gouvernement français, les indemnités des voyageurs ont été réduites de manière appropriée.

L’IMPACT DE LA MARINE AMÉRICAINE

 Les responsables de la NASA nous ont informés que la rentrée de la fusée française pourrait offrir au programme Aegis de la marine américaine, un système de défense antimissile basé sur des navires que la NASA a aidé la marine à tester, une véritable opportunité de tester son système. Les observations de la marine permettraient également de comparer les résultats des tests avec ceux du radar de la NASA. Par conséquent, les responsables de la NASA ont informé la marine du projet au cas où elle serait intéressée par la surveillance de la rentrée. Ils ont également souligné que la NASA bénéficierait si la marine fournissait des observations et des données de mesure supplémentaires. Au moment de notre discussion en janvier 1996, la NASA n’avait pas encore reçu de réponse de la part de la marine.

PORTÉE ET MÉTHODOLOGIE

Pour répondre aux préoccupations soulevées, nous avons examiné l’accord entre la NASA et le CNES et discuté du projet avec les responsables de la NASA au JSC. Nous avons également passé en revue les documents budgétaires et comptables, les notes de frais de déplacement, les bons de commande, les autorisations de financement et la documentation de remboursement liée au projet. Notre examen a eu lieu entre décembre 1995 et janvier 1996, conformément aux normes d’audit gouvernementales généralement acceptées. À moins que vous n’annonciez son contenu plus tôt, nous ne prévoyons aucune autre distribution de ce rapport avant 5 jours après sa date de publication. À ce moment-là, nous enverrons des copies à l’administrateur de la NASA et à d’autres parties intéressées.

Si vous ou votre personnel avez des questions concernant cette lettre, veuillez me contacter au (202) XXX-8412. Les principaux contributeurs de cette lettre étaient Brad Hathaway, Frank Degnan, James Berry et Vijay Barnabas.

Cordialement, David R. Warren, Directeur, Problèmes de gestion de la défense1

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