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Comme nous l’annoncions dans notre précédent article du 13/06/2023 (lire « Transition énergétique : deux fermes solaires en projet aux Raromatai »), le mix énergétique de Bora Bora va évoluer rapidement vers davantage d’énergie décarbonée, au moyen d’une ferme solaire et d’installations sur toiture. Toutefois, le développement de l’énergie photovoltaïque est encore freiné en Polynésie, tandis que le Plan Climat du Pays est à la traîne !

Une série d’arrêtés en date du 28/07/2023 vient de donner autorisation à la « Perle du Pacifique » d’exploiter des unités de production d’énergie photovoltaïque à Ito Nui, filiale d’EDT, spécialisée dans l’investissement solaire.

Les centrales seront installées sur les toitures existantes de bâtiments communaux :

  • 399,75 kWc sur la toiture du stade de Pago Pago, commune de Nunue ;
    • 160,29 kWc sur la toiture de l’école Namaha 1, commune de Nunue ;
    • 160,29 kWc sur la toiture de l’atelier Povai 1, commune de Nunue ;
    • 89,7 kWc sur la toiture de la salle de sports de Anau, commune de Anau ;
    • 99,84 kWc sur la toiture de l’atelier municipal Haamaire, commune de Faanui ;
    • 79,95 kWc sur la toiture de la salle de sports de Faanui, commune de Faanui ;
    • Et 199,68 kWc sur la toiture du centre d’enfouissement technique, commune de Faanui.

Soit un total d’environ 1 200 kWc ou 1,2 MWc.

À noter que les autorisations d’exploitation deviennent caduques si les travaux n’ont pas été achevés dans un délai d’un an.

Ce déploiement d’installations en toiture est une excellente chose : faible impact sur l’environnement, ainsi que déconcentration et proximité avec les lieux de consommation.

De plus, une autre autorisation préalable est octroyée à EDT en vue d’exploiter un générateur virtuel d’une puissance de 5 MW et de capacité de 6 MWh, c’est-à-dire un système de stockage sur batteries. Rappelons qu’EDT a déjà mis en service un système du même type à la centrale de la Punaruu d’une puissance de 15 MW. Ces installations permettent d’éviter de faire tourner en réserve des groupes électrogènes et autorisent l’injection sur le réseau de davantage d’énergie intermittente telle que l’énergie photovoltaïque.

À terme, l’installation de stockage de Bora Bora autorisera l’exploitation de 5 MWc de photovoltaïque, dont les 2,5 MWc de la ferme solaire envisagée sur le motu Tevairoa.

Ainsi, le solaire semble devoir se développer rapidement dans nos îles grâce à des investissements privés (EDT, Akuo, groupes Moux, Siu, Wane…) et/ou publics (communes, EPIC, SPL…) et des subventions du Pays, de l’État (centrales hybrides, Fonds Macron, défiscalisation…) ou de l’Europe (programme Ianos de Bora Bora). Un deuxième appel à projets pour fermes solaires doit être bientôt lancé par le Pays.

Deux principales raisons à cela : un prix du kWh photovoltaïque très compétitif et l’impératif global de décarbonation.

Photovoltaïque : un développement encore limité

Toutefois, le développement de l’énergie photovoltaïque au Fenua est freiné, notamment par les différents points suivants :

  • Le coût des raccordement des installations à un réseau est souvent prohibitif pour les grandes centrales ;
    • Ce même coût pour les centrales de particuliers a été augmenté en catimini, en mai 2022, de 50 % sur Tahiti, sans que le gouvernement réussisse à infléchir la décision du concessionnaire EDT. Les frais atteignent plus de 90 000 Fcfp, payable 100 % à la commande. Tout ceci est dissuasif pour les petits budgets et les centrales composées de seulement quelques modules (voir https://www.edt.pf/mes-tarifs) ;
    • Le prix du rachat du kWh injecté dans un réseau est identique depuis 2006 : 15,98 Fcfp à Tahiti et 23,64 Fcfp ailleurs. Cependant, il est à noter qu’un soutien a été accordé aux particuliers via une réduction d’impôt foncier applicable aux seules habitations principales (voir loi du Pays 2022-42 du 13/12/2022).

Nous vous renvoyons à notre article du 01/02/2023 (lire « Quelques idées pour un programme politique de décarbonation ») qui liste un certain nombre d’actions à réaliser en faveur de cette énergie.

En outre, il subsiste une contradiction majeure dans l’action publique.

Le Pays subventionne toujours à coups de milliards piochés dans son budget général (nos impôts via le FRPH, Fonds de Régulation du Prix des Hydrocarbures) les combustibles fossiles utilisés pour la production d’électricité. Normalement, ce Fonds doit, sur un long terme, être à l’équilibre. Or, depuis de nombreuses années, il est déficitaire et risque fort de l’être encore longtemps.

Rappelons que notre empreinte carbone territoriale et importée est de 11 tonnes équivalent CO2 par habitant, soit autant qu’en Métropole, et que la Polynésie française dépend à 93 % des hydrocarbures pour son énergie primaire (tous secteurs confondus).

Si on peut comprendre la volonté conjoncturelle du gouvernement d’atténuer l’inflation en réduisant le coût du kWh, il s’agit néanmoins d’un très mauvais signe adressé à l’ensemble des consommateurs qui n’incite pas aux changements de comportement, ni à la sobriété, ni à l’efficacité, ni à l’investissement dans le renouvelable.

Cette subvention carbone, littéralement vaporisée en gaz à effets de serre et qui aurait pu être utilisée en faveur du climat, ne fait que renforcer le changement climatique et repousser à plus tard nos efforts, qui en seront accentués, de réduction des GES et d’adaptation.

Le Plan Climat du Pays en retard…

De manière plus générale, le Plan Climat du Pays est à la traîne !

Le Plan Climat englobe l’ensemble des problématiques liées au dérèglement climatique (résilience des territoires, richesses naturelles, durabilité, décarbonation…). Le Plan 2021/2030, annoncé en grandes pompes en mai 2021, deviendra sans doute celui de 2024/2030 ! Trois ans de retard ! La dynamique créée au Forum de juillet 2022 s’est essoufflée. L’organisation de la participation des forces vives du Pays, dont le Comité Citoyen pour le Climat, semble avoir du mal à se mettre en place. La dernière période électorale et le changement de gouvernement ne sauraient expliquer ce retard. Il s’agit d’un manque criant de moyens humains et matériels dû à une absence de priorité accordée à ce sujet.

Voir le Plan Climat du Pays ci-dessous :

Le nouveau gouvernement saura-t-il changer la donne ?

Le chemin pour une décarbonation ambitieuse accompagnée d’une politique de résilience et d’adaptation sera long et difficile…

Jean-Claude Foglia

jean_claude_foglia@yahoo.fr

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