Une chose est d’enseigner les langues locales dont on sait qu’elles participent d’une mise en confiance des petits élèves au regard de cette « institution d’immense béton », l’école, qu’elle redonne une dignité à ceux qui étaient privés de les utiliser, qu’elle est un élément important pour des peuples, anciennement colonisés en voie de souveraineté… Oui, il…
Autre chose est d’enseigner toutes les matières EN langues de Tahiti. Cela supposerait que les Académies et linguistes aient validé les contenus, notamment le vocabulaire scientifique, pour chaque archipel, que des choix de méthodes soient faits pour que nos langues ne soient plus des objets de célébrations télévisuelles, d’images publicitaires, d’expérimentations désordonnées, de tournois rituels, mais des matières à travailler en continu, car tout apprentissage exige qu’on aille du simple au complexe, avec calendrier annuel, « programmation » suffisante et non séries de spectacles festifs.
L’apprentissage d’une langue vivante, que l’on dit « maternelle » (elle ne l’est donc pas ?), appelle des jeux de questions-réponses, de saynètes de la vie quotidienne, des progressions, d’année en année, des révisions, des évaluations les plus objectives possibles car ceux qui les enseignent ont tendance… à trouver que les objectifs sont atteints ! Ces « bilans » sont toujours positifs, sous toutes les latitudes !
Une ultime question : comment telle enseignante spécialisée en langue des Tuamotu enseignera-t-elle aux Marquises ? Et vice-versa, pour chaque archipel ? Il y a là matière à explosion non-atomique mais à fractures scolaires d’une Polynésie en désir de souveraineté collective.
Une conviction, pour finir : notre choix d’enseigner DANS les langues locales privera les couches les plus démunies de toute chance d’accéder aux pouvoirs émancipateurs qui s’exercent en français, anglais, mandarin, mathématiques… non en langues locales. À vouloir s’empresser de les utiliser « vaguement », en acceptant le mélange délétère actuel des vocables, on court le risque de tout brouiller. Alors, les plus démunis devront se contenter de langages locaux incertains, de « consolation »… et de relégations sociales. Toute une vie d’expériences pédagogiques m’a confirmé cela.
On voit comment se cache, dans le détail des choix, le diable !
Image mise en avant : Les langues autochtones de Polynésie française (source : Charpentier & François, 2015, Atlas linguistique de la Polynésie française, UPF & de Gruyter)

Comme j’aimerais que ces réflexions atteignent les hommes et les femmes politiques du Fenua!
Merci de souhaiter que »ces réflexions atteignent les hommes et les femmes politiques ». Pour ce faire, nous poursuivons et espérons.
D’autres responsables viendront aussi qui entendront ces considérations qui sont de simples évidences.