Retour

« Ils ne sont pas Suédois, Mac. Ils sont Norvégiens. » Mon fils m’a emmené au cinéma pour la fête des pères. C’était le 40e anniversaire du film d’horreur de 1982 The Thing -La Chose- de John Carpenter avec Kurt Russell. Il est censé se dérouler en Antarctique, dans le poste avancé #31 de la base américaine de McMurdo. Un monstre imitant les formes vivantes a été retrouvé gelé dans la glace, décongelé et libéré involontairement par des scientifiques norvégiens d’une base voisine. Il tue et essaie « d’imiter » les êtres vivants de la base. Personne ne survivra. Mon fils voulait me…

« Hommes recherchés pour voyage hasardeux, petits salaires, froid mordant, longs mois d’obscurité complète, danger constant, retour sain et sauf douteux, honneur et reconnaissance en cas de succès ». C’était l’annonce publiée dans un journal par l’explorateur britannique Ernest Shakleton. Il a mené quatre expéditions en Antarctique mais est devenu célèbre pour l’expédition « Endurance » de 1914 à 1916. Pour moi, ce message reflétait ce qui m’attendait à la base américaine de McMurdo, la plus grosse base du septième continent, l’une des trois bases américaines (Amundsen au pôle Sud et l’île de Palmer).

En octobre 2020, un de mes amis a plaisanté sur les emplois en Antarctique sur lesquels il était tombé. Ce serait parfait pour toi, a-t-il dit. J’y ai pensé et j’ai postulé pour être technicien informatique à la base américaine de McMurdo pour l’été antarctique 2022, et j’ai souscrit à leur newsletter. Début 2022, j’ai eu l’opportunité de retourner sur mon île déserte préférée, Clipperton, à 5 jours de mer à l’ouest d’Acapulco (Mexique), et d’y passer 5 jours, seul, survivant principalement d’un régime à base de noix de coco (lire notre précédent article). C’était mon cinquième voyage depuis 2012 et j’adore ce lieu magique. C’est MON île, un endroit brut et simple ou on peut recalibrer son âme et repenser au sens de la vie. L’Antarctique me semblait une bonne suite à cette aventure.

À mon retour, j’ai décidé de reprendre le travail. Un jour, à l’improviste, l’aperçu d’un e-mail a attiré mon attention : « Cher Éric, es-tu prêt pour ta prochaine aventure ? » J’avais oublié l’Antarctique. Clipperton, la recherche d’emploi, le nouveau poste, retour à la foire d’empoigne et au broyeur de la vie professionnelle quotidienne… « Nous aimerions programmer un entretien téléphonique avec vous pour le poste de technicien informatique situé à la station McMurdo en Antarctique. S’il vous plaît, choisissez 2 ou 3 créneaux d’entretien d’embauche qui vous conviennent. »  Ma réponse a été rapide et franche : « Vraiment ? J’ai failli abandonner la possibilité d’une aventure en Antarctique !!!!! ».

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner à partir de là ? Mon passé militaire allait-t-il me hanter ? Suis-je en forme ? Après tout, j’aurai 62 ans à la date du déploiement. Mes compétences informatiques et technologiques suffiront-elles ? Qu’en est-il de mon CV ? Qu’en est-il d’une vérification des antécédents médicaux ? Mon accent va-t-il me handicaper ? Je n’aime pas trop le froid ! Est-ce que j’ai toujours mon bonnet d’hiver tricoté par ma mère quand j’avais 10 ans ? Mes grosses chaussettes en laine de l’armée ? Ai-je besoin de sous-vêtements en fourrure ? Puis-je manger un chien de traîneau ? Mais surtout pas le foie ? Comment tailler des fentes sur des lunettes de neige faites avec un os de phoque ? Comment tuer un phoque et le découper pour obtenir les os et fabriquer les lunettes ? Comment construire un igloo et une seule bougie le maintiendra-t-il au-dessus de 0 Celsius ? Comment fait-on des bougies avec la graisse du phoque que l’on vient de tuer ? Il y a-t-il des phoques dans le coin à cette saison ? Les pingouins peuvent-ils remplacer les phoques ? Dois-je prendre un sextant ? Vais-je voir des étoiles pour que cela soit utile ? Aaaaargh… tant de questions, si peu de temps, tant d’inconnus sur les prochaines étapes du processus d’embauche.

De l’armée française à l’informatique en Californie

L’Amérique est si différente de la France pour ce qui concerne le processus de l’emploi. Je suis venu en Californie en 1999. J’ai démissionné de mon grade dans l’armée française après 18 ans de service. Capitaine, diplômé de l’école d’état-major, j’ai eu du mal à m’adapter à ma nouvelle vie de « pousseur de papier ». Mon truc, c’était les unités de combat, la vie rustique des unités blindées et de cavalerie en Allemagne, la vie unique d’un parachutiste chef de patrouille de reconnaissance dans la profondeur, en Afrique et en Asie du Sud-Est (13e RDP), et mon expérience en tant qu’officier de renfort de la cellule renseignement d’un Berlin divisé, et mes patrouilles à Berlin-Est pour y chercher des renseignements sur les troupes russes et leurs marionnettes est-allemandes. J’ai adoré le défi des écoles militaires, les entraînements commando, les brevets parachutistes, les parcours d’obstacles, le stage explosif, embarquement voie ferrée, guidage d’aéronefs, officier TAP, le caisson d’entraînement au franchissement de rivière avec nos chars… J’ai adoré les missions 13, de la préparation à l’exécution, la totale autonomie des patrouilles, l’initiative laissée à l’équipe et l’adaptation permanente au milieu d’intervention, quel qu’il soit. J’adore diriger les hommes, de mon équipage de 4 à mon escadron de 120. Laisser tout cela derrière était aigre-doux. Le système a tué mon idéal en trois ans -aigre- mais a aussi facilité mon départ -doux-. Je suis allé à Paris, ressources humaines de l’armée de terre : « Il me reste environ 20 ans à tirer. Quels sont vos projets pour moi ? ». « Si vous aimez où vous êtes, vous pouvez y rester un moment ! C’est la réorganisation… les temps sont durs ». Aaaargh…. Il est temps de m’en aller !

À 39 ans, j’ai fait mes valises, j’ai emmené ma femme américaine et mes deux enfants de 18 et 6 mois, et me suis finalement installé en Amérique, en Californie ! Je travaille dans l’informatique (IT) par défaut. J’avais besoin de payer les factures et c’était la branche la plus en vogue après la frayeur de l’an 2000. De plus, l’informatique est un monde stimulant en constante évolution qui m’oblige à rester à jour en permanence. Pour les emplois dans l’informatique, les recruteurs adorent voir des certifications de Microsoft ou d’autres classes de formation sanctionnées par la profession. Plus vous en avez et plus votre CV est vendable. Mais en Amérique, l’expérience est aussi valorisée, et on ne peut pas discriminer (sexe, âge, religion…). Être Français, et sénior maintenant, n’a jamais entravé mes recherches d’emploi. Donc, IT payait et paye toujours pour mon style de vie… Mais j’ai aussi soif d’aventures et des défis physiques des unités de combat. En y repensant, je crois que j’ai passé ma vie à rivaliser avec moi-même, à trouver et à essayer de repousser mes limites. Cross-country, triathlons, « Mud runs » (courses d’obstacle souvent dans la boue), guide de rafting pendant 12 ans, moto cross, auto et rallye cross (asphalte et terre), « saut en élastique », cinq voyages d’exploration/survie sur l’île isolée de Clipperton depuis 2012, nage parmi les requins, saut en parachute en tandem… J’ai encore besoin et je trouve les moyens d’obtenir mes doses d’adrénaline ; je cherche toujours mes limites !

Si le premier entretien était principalement administratif, le deuxième incluait mon futur manager, James, et il était plus axé sur une description des conditions de travail, et sur la résolution des conflits et l’interaction humaine. « Vous savez que les personnes avec qui vous dormirez dans le dortoir, sont les personnes avec qui vous déjeunerez, travaillerez et dînerez, irez au bar et vous regarderez peut-être un film avec eux ». Ce à quoi j’ai répondu : « 18 ans d’armée ! ». Plus ils décrivaient l’environnement et plus je me sentais à l’aise. La base a été construite comme une base militaire pendant la Guerre froide, et les photos et vidéos que j’ai vues montrent quelque chose qui ressemble plus à une caserne de l’armée qu’à une merveille d’expédition scientifique de premier ordre, genre science-fiction. Oui, je me sentirai chez moi là-bas.

Enfin, il était temps pour l’entretien technique informatique individuel. J’ai passé le deuxième entretien avec brio et mon enthousiasme était contagieux. James m’a rappelé une semaine plus tard, et nous avons passé en revue mes compétences et divers scénarios pendant plus de 90 minutes. Tout était manuel et pratique. On ne m’a pas demandé ce que signifiaient certains acronymes ou concepts, mais ce que je ferais dans telle ou telle situation dont James savait qu’elle serait celles auxquelles je serais confronté une fois déployé. C’était une approche très intelligente de sa part, et j’ai apprécié ce « jeu de guerre ». Il me dira plus tard que j’ai réussi et que j’ai terminé parmi les meilleurs. « Cinq minutes avant sa présentation multimédia, l’ordinateur portable d’un VIP plante : que faites-vous ? ». Des situations amusantes, terre à terre, problèmes de la vie réelle.

Au cours des 20 dernières années, j’ai essayé de simplifier l’informatique pour les utilisateurs. Je ne suis pas votre stéréotype de technicien informatique, le « nerd » asocial caché dans un bureau au fin fond. J’aime le contact humain ; je préfère venir à votre bureau plutôt que de contrôler l’ordinateur à distance, plutôt vous parler dans un anglais simple que d’embellir mon intervention dans un jargon technique qui ne convient que lors des foires de « nerds ». Nerdus Nerdum Fricat !!! (Asinus asinum fricat). Dans l’armée, quand j’étais sergent, un de mes surnoms était « BS Chaoui ». BS était l’acronyme d’un travail technique, principalement mécanique. Le peuple chahoui est originaire de la région des Aurès en Algérie. Les Chaouis étaient connus à l’époque coloniale française pour leur ingéniosité et leurs compétences pour faire fonctionner des pièces de machinerie quoi qu’il arrive, même lorsque le processus n’était pas « joli », propre ou conventionnel. En tant que bon commandant de char, au début de ma carrière, j’ai appris toutes les compétences de chaque membre d’équipage, du piloter au tireur, en passant par le radio-chargeur. J’ai appris comment mon AMX 30 fonctionnait, et j’ai rapidement absorbé les leçons des anciens, la façon de le réparer rapidement, de contourner ceci, de modifier cela, de boulonner, d’attacher, de coller, et de supprimer ses pièces défectueuses. Une solution technique rapide vous sauvera la vie au combat ! Plus tard, je ferais toujours valoir à mes pairs qu’un officier doit avant tout être un bon chef de char s’il veut survivre assez longtemps pour être un bon chef de peloton ou commandant de compagnie ! Ces recettes « tankistes » furent aussi utilisées au 13… Je me souviens du Sahara, un certain VLRA… et de la « super glue »… un cache culbuteur… J’ai appliqué ces compétences et valeurs à l’informatique, et cela m’a bien servi au cours des 20 dernières années. Réparer l’ordinateur dès que possible, quoi qu’il arrive ! Remettre l’utilisateur au travail sans compromettre la sécurité. L’intellectualisation, c’est pour plus tard.

Je ne peux m’empêcher d’afficher un sourire stupide quand je parle de la qualification physique, ou « PQ ». En français et en argot, PQ est l’acronyme de « papier toilette », papier cul. Il est communément écrit PQ. D’où le sourire, une autre « blague de papa » qui embarrasserait sûrement mes enfants. La qualification a été un processus intensif. Une analyse de sang complète, et le remplissage d’une demi-douzaine de tubes à essai avec mon bon O négatif plutôt rare, ont été suivis d’un examen médical détaillé comprenant, entre autres, une mammographie – oui, les hommes en font aussi –, examen dentaire, dépistage tuberculose, et un électrocardiogramme.

Cap sur la base de McMurdo

Ils ont volé un jour de ma vie avec la promesse de me le rendre en mars 2023. J’ai pris l’avion de San Francisco le 6 octobre et je me suis retrouvé le 8 octobre en Nouvelle-Zélande après 13 heures de voyage seulement. Où est passé le 7 octobre ? Après quatre heures à l’aéroport, je me suis envolé vers Christchurch, 380 000 habitants. C’est le centre de voyage du programme antarctique américain (USAP) d’où les avions de transport de l’US Air Force dédiés à la mission (C17 ou C130H) nous conduiront à McMurdo. Christchurch – Cheech pour les vétérans des missions arctiques – est étalée, compte peu de gratte-ciel et nombre de ses édifices en pierre du centre historique sont encore en réparation après les dégâts subis lors des tremblements de terre dévastateurs qui ont secoué la région il y a dix ans. Cheech est également l’emplacement du centre de distribution de vêtements de l’USAP où nous avons été armés de notre équipement de protection obligatoire contre le grand froid (« Extreme Cold Weather ») : lunettes, cagoule, parka rouge, mitaines, salopette rouge et les fameuses « bottes de lapin » (Bunny Boots), sauna portable en plastique pour les pieds ! Idéalement situé à l’aéroport, le centre d’habillement est également l’endroit où les avions sont préparés pour l’embarquement et tous les vêtements d’hiver épais ci-dessus doivent être portés ou transportés dans l’avion, en cas de survie à un crash ou d’un atterrissage forcé sur la glace.

Mon départ pour la glace était prévu pour le 10 octobre mais fut reporté au vendredi 14. Le C17 a eu des problèmes mécaniques et le Boeing 757 néo-zélandais utilisé pour le groupe devant le mien est revenu à mi-parcours. Il était reprogrammé pour le lendemain. Encore et encore. Ces retours s’appellent les vols « boomerang » ! Ils ne prennent aucun risque. Les problèmes techniques, mécaniques ou météorologiques sont pris au sérieux. Au même moment, 320 membres de l’USAP (US Antarcitca Program) étaient déjà à Christchurch en attente de déploiement. Et d’autres arrivaient. Nous avons finalement quitté « Cheech » le lundi 17 à midi à bord d’un Airbus A319 de l’armée de l’air australienne. Nous avons volé un peu plus de cinq heures, dont deux au-dessus de la glace. De là-haut, l’Antarctique semble aussi immense qu’il l’est (une fois et demie la surface des USA) et la glace aride forme un formidable environnement, à la fois froid et impitoyable (c’est le continent le plus sec, venteux et froid du monde). Nous avons fini par atterrir sur la piste de glace épaisse de plusieurs mètres en face de la base de McMurdo. La piste fait quelques kilomètres de long et nous sommes finalement arrivés au terminal en plein air où nous attendaient un camion-citerne, les pompiers et notre moyen de transport jusqu’à la base.

Nous nous sommes précipités hors de l’airbus pour effectuer nos premiers pas sur le continent, et nous nous sommes arrêtés brutalement, choqués ! Le soleil était encore très brillant à 18h – journée permanente [pendant l’été austral – mais il faisait moins 26 Celsius et il y avait du vent. Nous nous sommes empressés vers « Ivan le Terra Bus », un vieux bus monté sur des roues géantes, un véhicule iconique. Les haut-parleurs cachés derrière son plafond lambrissé jouaient un jazz doux pendant que nous quittions « l’aéroport » pour aller vers McMurdo (également McTown ou Town), via Scott Station, la base antarctique néo-zélandaise.

Nous avons traversé McMurdo en direction du « bâtiment bleu », le building 155, « le Carré » (nom conservé après le départ de la marine US désignant le « mess », la cantine). À première vue, vite confirmée par la suite, la base est une « ville frontière » bourdonnante d’activités à l’extérieur comme à l’intérieur. Sa population varie de 200 personnes pendant l’hiver austral (mars à septembre) à près de 1 300 pendant l’été austral (octobre à février). Les véhicules anciens et neufs y roulent au pas.  Les véhicules les plus anciens sont en général des camions géants ou des véhicules à chenilles spécialisés. Les camionnettes et fourgonnettes plus récentes ont toutes été surélevées et chaussées de pneus plus gros ou de chenilles. Nous sommes passés devant la zone de stockage de carburant, la zone d’entretien des véhicules, la caserne des pompiers et le centre médical plutôt modeste. Les dortoirs sont plus récents et alignés comme pour un défilé. Les bâtiments scientifiques, le Carré et Crary ont également l’air neufs et modernes. Les bars « Southern Cross » et « Gallagher », le Chalet (le siège de la Fondation qui exhibe un buste extérieur de l’amiral Byrd), et la Chapelle de la Neige sont les survivants d’une époque où cette base était encore rustique, et l’Antarctique probablement plus froid. Un dîner rapide, un briefing sur la sécurité, et nous avons récupéré nos bagages et emménagé dans nos chambres. Je loge dans le bâtiment 155, chambre 250. Trois personnes s’étaient déjà installées depuis une semaine. Le dernier lit disponible, bien sûr, est le seul lit double superposé et je prends celui du bas. Mes colocataires sont un électricien, un plombier et un spécialiste du congélateur. Le seul sur la base… 

La nourriture y est bonne et abondante. La cuisine a une chaîne pour les repas principaux, mais dispose également d’une station de sandwichs bien fournie, et des étagères pour les aliments à emporter proposant des sandwichs à base de restes, de pizzas et desserts. Les services libre-service sont disponibles 24h/24 et 7j/7. Le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner sont dignes du buffet d’un bon restaurant aux États-Unis. Le petit-déjeuner quotidien ressemble à un brunch maison, et le brunch du dimanche pourrait rivaliser avec le buffet d’un hôtel cinq étoiles ! Trop pour moi de toute façon et j’ai rapidement sauté un repas par jour !

S’habituer au froid

Il a fallu également développer ma routine une fois familiarisé avec la méthode « Antarct-tech-ça » ! J’aimais le fait de pouvoir parcourir la base pour aller là où l’intervention à distance ne m’aidait pas. Et je me promenais en T-shirt, autant que possible, pour m’habituer au froid. Cela se remarquait et les résidents demandaient souvent à mes collègues qui était ce fou qui se promenait en T-shirt par -20 °C. Il est facile de se faire remarquer dans une foule de parkas rouges ?

Une semaine à peine après mon arrivée à McTown, en quelques heures seulement, l’horizon a disparu dans une brume grisâtre et floue. Les vents se sont rapidement levés et un genre de blizzard s’est développé, emportant des flocons de la neige glacée partout. -33 °C/-28 F. J’ai enfilé une veste et une cagoule. J’ai oublié les lunettes et mes larmes causées par le vent violent gelaient sur mes joues ! Pas bon. La courbe d’apprentissage est assez brutale là-bas. Cependant, j’apprends vite et j’ai rapidement configuré un petit « sac de blizzard » léger d’urgence à emporter à tout moment !

J’ai aussi eu ma première voiture. C’était du rapide. La leçon de conduite et le test dataient d’une semaine. C’était le pick-up Ford numéro 105 : faire le tour du véhicule ; examen visuel tout autour et en dessous pour des fuites ou des dommages ; vérifier les roues et les pneus ; ouvrir le capot et vérifiez tous les liquides ; débrancher le câble électrique extérieur qui se connecte à un système de réchauffage du carter moteur ; vérifier la présence d’une trousse antipollution, de pelles, d’une trousse de premiers soins ; remplir les papiers, vérifier le kilométrage et les heures du moteur par rapport aux heures de visite prévues ; démarrer et réchauffer ; désenclencher le frein pneumatique qui remplace le traditionnel frein à main mécanique sujet au gel. Il était temps d’y aller. 8 km/h en centre-ville, 15 dans les « banlieues » et 40 maximum sur la glace. Et me voilà sur la glace au-dessus de l’océan, sur des pneus surdimensionnés, entourés par la plaine blanche de la mer de Ross, l’île de Ross et les stations McMurdo (US) et Scott (NZ) derrière moi. Je conduis en direction des îles Blanche et Noire, sur une large route délimitée par des drapeaux rouges et verts. Je sais… beaucoup trop de couleurs. Attention aux drapeaux noirs ! Nouvelle direction : devant moi, le Mt Erebus, le volcan actif, est surmonté de son panache de fumée. Derrière, un petit nuage de « poussière » gelée s’élève dans la brise froide. Tout est blanc, lumineux et tellement silencieux. La radio bourdonne, parfois interrompue par une annonce ; un C130 italien est en train d’atterrir, un groupe électrogène est tombé en panne à Willie, une équipe de communication doit installer une antenne quelque part. La vie continue, même ici, au fond du monde, la vie humaine interrompant à nouveau l’ordre naturel des choses, mais au nom de la science ce coup-ci.

Texte & photos : Éric Chevreuil

Retrouvez le mois prochain la seconde partie de l’expédition.

image_printImprimer/PDF

Laisser un commentaire

Partage