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Cités par Patricia Bennel, les textes sont traduits du persanetpubliés avec l’accordde la personne.

Zahra, jeune danseuse et professeure de danse moderne-fusion, militante pour les droits des femmes à Kaboul a pu rejoindre l’Allemagne après l’arrivée des Talibans. Elle attend depuis deux ans son deuxième entretien pour obtenir le droit d’asile car elle s’est heurtée au règlement de Dublin. Elle a donc, pour le moment, en Allemagne le statut précaire de réfugiée.

« […] Je vis actuellement en Bavière, une région tristement célèbre pour la rigueur de ses lois envers les demandeurs d’asile, et pour un climat social souvent teinté de racisme. J’ai reçu un Duldung, un permis de rester temporairement sans droit au travail ni même à un cours d’allemand officiel. J’essaie parfois d’apprendre seule, à tâtons

J’ai perdu mon père il y a sept ans. Il me reste ma mère, ma sœur et mes frères, tous loin, très loin. Celui qui m’inquiète le plus est un de mes frères, réfugié en Inde dans des conditions extrêmement dures. Les tensions entre l’Inde et le Pakistan ont repris, et, comme souvent, ce sont les réfugiés afghans qui en paient le prix. Les expulsions ont commencé…

Lorsque les Talibans sont arrivés, j’étais à Kaboul. Ma famille était à Hérat. Ces jours-là sont encore là, présents, vivants, comme une brûlure qu’on n’arrive pas à oublier. La peur, le vertige de l’incertitude, l’exil intérieur qui précède celui du corps.

Depuis mon arrivée en Europe, pas un jour ne passe sans que je lise le récit d’une femme assassinée, violée ou suicidée. C’est comme un fil invisible de douleur qui ne cesse de se tendre. Et ce que montrent les médias occidentaux sur l’Afghanistan est loin de la vérité. La réalité des femmes là-bas est bien plus tragique. Récemment, la Suisse a même osé déclarer que l’Afghanistan est « sûr ». Comment peut-on dire cela ? Comment peut-on détourner ainsi le regard ?

La femme afghane se bat seule, dans un désert de solitude. Parfois en lisant leurs gestes de résistance, mes larmes montent. Elles luttent pour survivre au milieu des monstres et malgré tout, elles tiennent debout. Elles refusent de disparaître.

Tu m’as demandé si j’ai rencontré d’autres Afghans ici…Mais je suis aussi étrangère pour eux que pour les Européens. Certains rejettent ma manière de m’habiller, mon mode de vie. Le problème de la femme afghane ne commence pas avec les Talibans. Il y a, dans le cœur de beaucoup d’hommes afghans, une part de taliban. C’est quelque chose que l’on entend dans le récit des filles, dans le silence hérité des mères. Nous ne luttons pas seulement contre les Talibans : c’est tout un système qui cherche à nous éteindre.

[…] »

Extrait d’une autre lettre dans laquelle Zahra évoque certains intellectuels en réalité ancrés dans des attitudes patriarcales et les ONG.

« Le patriarcat ne se limite pas aux visages violents évidents comme ceux des Talibans. Il est enraciné dans chaque fibre de notre société C’est triste mais nous devons affronter deux fronts à la fois : les Talibans d’un côté, et ces intellectuels hypocrites de l’autre, qui cherchent à minimiser ou à ridiculiser la résistance des femmes.

[…]

Concernant les ONG et les institutions officielles, je ne m’y sens pas à l’aise. Beaucoup sont financées par les États-Unis ou d’autres grandes puissances, et y travailler me semble souvent une insulte à la souffrance réelle des femmes afghanes. En revanche il existe quelques groupes indépendants, plus petits, avec lesquels je garde contact.

[…] »

Extrait d’une troisième lettre dans laquelle elle évoque son statut de réfugiée

« J’étais pleine d’espoir et de bonnes attentes mais dès les premiers jours, dans le camp de réfugiés, j’ai compris quelle était ma place- celle d’une exilée. J’ai rencontré des regards condescendants, des comportement discriminatoires, une distinction amère entre les réfugiés à la peau blanche et nous.

[…]

Presque trois ans de ma vie sont passés dans l’incertitude et la douleur, et pourtant je tiens toujours debout. Je crois que la seule vraie compétence que j’ai ramenée de mon pays, c’est celle de survivre. Et c’est ce qui me soutient encore aujourd’hui. »

Puisse la lecture de ces extraits poignants informer davantage les lecteurs sur le sort des femmes afghanes qui est une insulte aux femmes du monde entier. Il s’apparente à un « crime contre l’humanité » vu que les Talibans font d’elles des mortes-vivantes, entièrement voilées, séquestrées chez elles (elles ne peuvent sortir qu’accompagnées d’un homme de leur famille), n’ont pas le droit de fréquenter l’école ni bien sûr l’université, ni de travailler sauf dans certains secteurs bien particuliers. Elles meurent parfois en accouchant ou perdent leur bébé car seules les médecins femmes peuvent les aider à accoucher et les médecins femmes existent surtout dans les ONG qui sont de plus en plus rares en Afghanistan. Récemment il leur a été interdit de parler dans la rue ! Les salons de coiffure et les centres d’esthétiques qui étaient leur dernier refuge pour se retrouver entre femmes ont été fermés. Les suicides sont de plus en plus nombreux. L’Europe qui a accueilli les femmes ukrainiennes à bras ouverts (ce qui est très bien) a une attitude beaucoup plus réservée envers les femmes afghanes.


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