Henri Hiro aurait eu 80 ans le 1er janvier 2024 si une mort prématurée ne l’avait pas arraché à sa famille, à ses amis et à son peuple en mars 1990. Tout au long de l’année, le Pays rend hommage à cet homme talentueux : écrivain, dramaturge, metteur en scène de théâtre, cinéaste, infatigable militant contre les essais nucléaires, pour la préservation de la nature, pour sa langue, sa culture et pour l’indépendance de son pays. Pour mieux connaître sa vie et son œuvre, il faut se reporter au remarquable ouvrage de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun : « Henri Hiro, héros polynésien« .

Pour participer modestement à cet hommage, je confie à PPM ce poème que j’ai écrit il y a deux ans et qui figurera dans un livre de poèmes qui sera édité prochainement.

À HENRI HIRO.
« Henri, ta parole a jailli comme une source
Et ton peuple s’est aperçu qu’il avait soif.
Par les mots, les images, le théâtre
Tu as fait passer tes messages
Et quelques-uns sont allés boire à la source.
Aujourd’hui elle est devenue rivière
Vers laquelle beaucoup se dirigent.
———
Henri, ton peuple ignorait qu’il était en danger,
Il buvait l’eau contaminée des citernes,
Il respirait l’air contaminé,
Ne s’abritait pas de la pluie contaminée,
Et toi tu défilais avec quelques-uns des tiens
Contre les essais nucléaires.
On vous traitait d’attardés, d’ignorants
Et les essais continuaient
Et les cas de cancer augmentaient dans les îles proches
De « Muru », comme on disait alors,
Mais tout le monde se taisait.
Secret défense…
193 essais.
———
Henri tu voulais protéger la nature
Respecter la terre mère, l’océan sacré, l’air pur,
Bien peu t’ont écouté.
Mais plus de trente ans plus tard, les consciences s’éveillent
Poussées par tes mots et un éveil mondial.
———
Henri tu es parti il y a plus de trente ans,
Trop tôt,
Les pages de certains de tes textes sont perdues,
Ta maison a brûlé, tes films ne sont pas rassemblés
Mais tu restes pour beaucoup un symbole
Et tu n’as pas fini de renaître
Car d’autres continuent ce voyage vers l’identité retrouvée.
———
La petite graine semée peut donner naissance au plus grand des arbres.
Des graines tu en semas beaucoup.
Si ton souffle s’est tari, la lumière de tes mots,
Le charisme de ta personne, l’exemple que tu donnas
Travaillent ceux qui te lisent, voient tes films, tes interviews
Ou entendent parler de toi
Et tu as passé le relais…
C’est de cela que tous te remercient.
Non seulement les Mā’ohi mais tous ceux qui aiment ce Pays
Et ne veulent pas qu’il devienne un corail mort, une fleur fanée, une terre « mondialisée ».
Malgré les branches mortes qui font obstacle,
Ce Pays redeviendra, d’une manière ou d’une autre, une terre authentique,
Une terre de beauté, de partage
Et surtout d’IDENTITÉ. »


