Retour

Jean Fasquel était un ami de la Polynésie et un citoyen du monde. Décédé le 4 octobre dernier, il a été notamment Directeur des Enseignements secondaires de 2000 à 2004. Nous souhaitons, à travers ces lignes, lui rendre hommage. (Photo de Une : Jean Fasquel, entouré de quelques membres de son équipe)

Courte biographie

Au départ inspecteur de l’enseignement primaire, ancien professeur de lycée, spécialiste de linguistique, dès son arrivée en Outre-mer, M. FASQUEL s’est passionné pour la langue et les coutumes des pays dans lesquels il a travaillé. Son épouse, deux fois demi-vietnamienne par ses parents, a eu un rôle non négligeable dans sa prise de conscience de la vanité de tout « occidentalo-centrisme ».                                                                                                                   

Après avoir été sept ans professeur au lycée de Moroni, Grande-Comore, il fut nommé directeur de l’enseignement à Mayotte de 1976 à 1978 (voir son livre Mayotte, les Comores et le France éditions L’Harmattan 1991), puis Directeur de l’Enseignement français du Condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides en passe de devenir le Vanuatu (1978-1981), premier vice-recteur de Wallis et Futuna (1981-1984). Il repartit en France où il exerça les fonctions d’Inspecteur d’Académie dans deux départements de la région Rhône-Alpes et il songeait à prendre sa retraite quand on lui proposa de devenir Directeur des Enseignements secondaires en Polynésie Française, poste qu’il rejoignit en novembre 2000 jusqu’en septembre 2004.

Des postes à responsabilité  

Après cette courte biographie il paraît utile, avant d’évoquer les expériences qu’a vécues Jean FASQUEL en tant que responsable dans différents Pays et territoire d’Outre-mer dans la région du Pacifique et, bien sûr, particulièrement en Polynésie française (d’après son livre paru en 2005 aux éditions L’Harmattan : Turbulences Pacifiques) d’évoquer de ce qui caractérisait Jean FASQUEL. À part sa grande intelligence et sa culture très étendue, surtout dans le domaine linguistique, il faut citer son anticolonialisme très fort (lié à ses expériences de vie et à sa fréquentation des années durant des Outre-mer à des postes de responsabilité), son respect total par conséquent d’autres cultures et d’autres langues et sa loyauté parfaite envers les responsables autochtones de ces pays, en particulier quand ils avaient des prérogatives ou un statut d’autonomie.

Il développe dans ce livre une véritable vision du monde, des langues (car il en a beaucoup pratiqué avec une insatiable curiosité), des cultures, de la meilleure façon d’organiser un enseignement du français dans ces différents contextes. La Polynésie française a eu la chance de l’avoir comme Directeur des Enseignements secondaires les quatre dernières années de sa carrière entre 2000 et 2004, riche de toutes ses expériences passées. Il a travaillé sans relâche et dans un contexte souvent difficile pour faire respecter l’autonomie de ce pays et améliorer la qualité de l’enseignement, toujours dans le dialogue, l’écoute et une grande bienveillance à l’égard du corps enseignant que certains hauts responsables traitent parfois avec méfiance voire mépris.

Ses expériences en Outre-mer d’après son livre Turbulences Pacifiques, récit guerrier de l’éducation en Océanie

Le sous-titre du livre peut surprendre mais, dès la première page du texte, l’auteur évoque la guerre très présente en Océanie mais aussi chez les Européens. Il souligne aussi les différences radicales de valeurs chez les Océaniens et les Européens, ces derniers privilégiant l’avoir et « les progrès techniques et scientifiques » et les premiers « la sagesse, l’art des relations humaines ». D’autre part, selon lui, les Européens, surtout dans d’anciennes colonies, « se laissent parfois emporter par une passion maligne qui les poussent à vouloir s’imposer sans respecter les lois en vigueur qui garantissent une autonomie plus ou moins forte mais existante. » Certains, écrit-il, page 25, « considèrent comme « des hommes à abattre » ceux qui servent loyalement le Territoire » : allusion à la Polynésie française qui est, selon lui, le lieu où est le plus développée « l’insulte culturelle » (plus qu’aux Comores, en Corse, à Mayotte, au Vanuatu ou à Wallis et Futuna où il exerça aussi des fonctions importantes).

Aux Nouvelles-Hébrides devenues Vanuatu durant la transition vers l’indépendance et après (1978-1981)

Il convient de rappeler que les Nouvelles-Hébrides étaient un Condominium franco-britannique. M. FASQUEL y a été nommé comme Directeur des Enseignements essentiellement pour négocier la convention des transferts de compétences de l’enseignement primaire au gouvernement territorial afin de préparer la coopération avec le nouvel état : Le Vanuatu, qui devait voir le jour en 1979, année prévue pour l’indépendance et qui, en fait, eut lieu en 1980. Il dut négocier avec les Britanniques qui ne pensaient qu’à mettre la France dehors, à garder une position prépondérante sur le plan économique grâce au Commonwealth et à imposer leur langue uniquement en plus du bislamar (le parler local). Il se heurta aussi du côté français à l’opposition des planteurs mais aussi de fonctionnaires d’état qui ne voulaient pas entendre parler de l’indépendance et tentèrent même de faire sécession. C’est grâce à sa bonne entente avec le ministre local de l’éducation et à son respect de la culture des autochtones qu’il put négocier afin que le passage à l’indépendance se passe bien en ce qui concerne l’éducation, et que le français reste une des langues officielles du Vanuatu. Il dut parfois s’opposer à des hauts fonctionnaires de l’État français qui gardaient une mentalité colonialiste et persuader le ministère de l’éducation français de traiter avec respect le nouveau gouvernement après l’indépendance.

A Wallis et Futuna (1981-1984)

M. FASQUEL fut ensuite nommé Vice-Recteur de Wallis et Futuna mais fut bien mal accueilli (privé de kava lors de la cérémonie du kava) car son arrivée dérangeait des habitudes : celles du roi (Lavelua), des chefs coutumiers, de la mission catholique (qui avait sous sa responsabilité l’intégralité du secteur scolaire primaire pour des raisons historiques), et du représentant du Vice-Recteur de Nouvelle-Calédonie, ami de l’administrateur supérieur. En effet, auparavant, il n’y avait pas de Vice-Recteur à Wallis et Futuna et tout ce petit monde négociait ensemble et sans contrôle la liste des dépenses de personnels. Il avait pour mission de renégocier la convention sur l’éducation et son avenant. Malgré tous ses efforts il ne parvint qu’à quelques avancées dans le domaine de l’enseignement du français et en ce qui concerne l’artisanat. Mais cela lui permit d’étudier de près les « règles du jeu » liées au pouvoir coutumier et aux différents rapports de force dans ce Pays.

En Polynésie française (2000-2004)

Alors qu’il avait travaillé en France dans deux académies différentes pendant dix ans comme Inspecteur d’Académie et qu’il pensait prendre sa retraite, on lui proposa de devenir Directeur des Enseignements secondaires en Polynésie française et il accepta tout en sachant que la tâche ne serait pas aisée car les relations entre le Vice-Rectorat et les instances du Pays n’étaient pas toujours faciles et qu’il devait travailler sous la direction du Ministre polynésien de l’éducation. En effet, vu son statut d’autonomie, le gouvernement de Polynésie française a des prérogatives dans le secondaire et la direction du primaire. La réalité dépassa ce qu’il avait imaginé. En effet, selon lui, il était plus facile pour des fonctionnaires d’état venus de France d’accepter les décisions d’un ministre d’un pays devenu indépendant que de travailler dans le respect de l’autonomie d’un pays encore dans la République française alors qu’ils étaient « mis à disposition du Territoire » et d’accepter d’appliquer la loi !… Il rappelle d’ailleurs l’historique du statut de la Polynésie Française exposant les difficultés d’application de la loi Deferre de 1956 et de toutes les autres lois visant à accroître l’autonomie du territoire en 1977, 1984, et 2004 et les avertissements de Charles Schmitt, dernier gouverneur et premier Haut-Commissaire de la Polynésie française en 1977 et de Français Mitterrand en 1990 : « Il convient de se défaire des séquelles du système colonial » avait déclaré ce dernier.

Et dès le début de son livre, il explique le sous-titre de son ouvrage Récit guerrier de l’éducation en Océanie en évoquant « le sentiment de supériorité allant jusqu’à l’arrogance des Occidentaux » et le fait que les pays du Pacifique n’ont de « pacifique » que le nom et intitule un de ses chapitres « L’insulte coloniale » rappelant que « beaucoup d’entre nous vivent encore mentalement, le casque colonial vissé sur le crâne » (page 19).

Il eut donc la surprise, dès son arrivée, de s’entendre dire qu’il était « passé dans le camp des traîtres ». Et comme sa loyauté envers le ministre de l’Éducation fut indéfectible, car, lui, il respectait la loi et le Pays auprès duquel il était détaché, il rencontra effectivement des obstacles que ce soit en Polynésie ou parfois à Paris. Il mentionne non sans humour qu’il dut rappeler un jour à un interlocuteur « que le ministre territorial avait aussi un cerveau » (page 124) et donc sa propre vision de la politique éducative dont il était responsable vu la loi d’autonomie.

Il s’intéressa énormément à la culture polynésienne, prit suffisamment de cours de tahitien pour comprendre le fonctionnement de cette langue, certes écrite avec l’alphabet européen, mais tellement différente des langues européennes et en rien inférieure à elles. Selon M. FASQUEL « le mal provient de l’ignorance » des fonctionnaires nouveaux arrivants : par exemple des gens pensent que les Tahitiens ne vivent que dans le présent car ils ignorent qu’en reo mā’ohi (l’ensemble des langues de Polynésie française) il n’y a pas de conjugaisons mais un jeu de particules verbales, placées devant de verbe, et d’adverbes placés après qui permet d’exprimer toutes les nuances de temps et d’aspect aussi bien et parfois mieux (pour l’aspect) qu’en français.

M. FASQUEL expose aussi dans son livre la vision qu’il a eue du peuple mā’ohi. ll a bien perçu les différences très importantes de conception du monde, de la société entre les Polynésiens et les Occidentaux et la richesse de cette culture totalement différente et de ces langues qui ont recours à d’autres modes d’expression, où le « je » et le « tu » ne sont plus dominants mais dans lesquelles s’expriment avec nuances le « nous » et le vous », ce qui correspond à une vision de la société moins individualiste et plus collective. Il exprime d’ailleurs de l’admiration pour ce peuple « fier ». Page 156, il cite une phrase d’un haut fonctionnaire qui lui dit un jour alors qu’il allait quitter le territoire : « Ces gens sont beaux, nous ne partirons pas d’ici indemnes ». Bel hommage à ce peuple qui, quand il n’est pas rattrapé par la fièvre mondiale de la consommation à outrance, sait prendre du temps pour créer de la beauté, est encore proche de la nature et de la spiritualité loin du tout rationnel et matérialiste occidental. Il s’intéressa aussi à la communauté chinoise et essaya de comprendre les problématiques identitaires des différentes communautés de ce peuple qui avait été dépossédé de sa culture et de sa religion après l’arrivée des Européens.

C’est donc avec grand respect qu’il a travaillé avec les Polynésiens, conscient qu’il était et resterait un étranger et qu’il n’était pas là pour donner des leçons mais pour servir au mieux ce territoire en ce qui concerne l’éducation. Il a toujours lutté contre les obstructions systématiques ou voilées de certains représentants de l’État aux volontés du ministre et a tenté de lutter au mieux contre l’échec scolaire, dû en grande partie à un « plaquage » systématique de la façon d’enseigner ici comme si on était en France métropolitaine. Il s’ingénia à trouver des moyens d’améliorer l’efficacité de l’enseignement en Polynésie, notamment en ce qui concerne la maîtrise de la langue français dans un contexte où il y avait à l’époque encore beaucoup d’interférences entre les deux langues en contact, vu que, pendant longtemps, on avait interdit aux élèves de parler tahitien même dans la cour de récréation, et que certains parents, croyant bien faire, ne leur apprenaient plus leur langue mais parlaient à la maison un français parfois peu correct reproduit par les enfants face à des professeurs de Lettres (et d’autres matières) qui ignoraient tout de la langue tahitienne. De plus, les enfants surpris à parler tahitien dans l’enceinte de l’école se voyaient imposer des punitions humiliantes (comme d’ailleurs dans les régions françaises où une autre langue était parlée : Bretagne, Alsace, Pays d’oc, Pays basque etc.). Même si ces faits avaient disparu en 2000 ils avaient laissé des traces dans les esprits et présenté comme inférieures les langues et la culture polynésiennes.

Pour ce faire, en ce qui concerne l’enseignement de la langue française, il a créé, avec l’accord du ministre M. SANQUER et de son conseiller, un groupe de réflexion qui s’est transformé en 2003 en groupe de production de séquences d’enseignement du français adapté à la Polynésie française. Ce groupe (le Groupe Langues) formé de professeurs de français et de français-tahitien a mis au point de séquences didactique d’enseignement du français en collège en commençant par les 6e et en tenant absolument compte des programmes de l’époque. Leurs travaux étaient supervisés par les IA IPR de Lettres qui suivaient la Polynésie française. Les professeurs étaient tous volontaires et se réunissaient une fois par mois et échangeaient des idées par mail le reste du temps et une coordonnatrice mettait en forme la séquence qui était discutée le mois suivant et envoyée à l’Inspectrice. Les séquences, suivant les directives des programmes avaient le droit d’utiliser 1/3 de textes polynésiens écrits en français ou traduits ce qui permettaient aux élèves de se sentir plus proches des textes étudiés et dans des encadrés, dans les séances de grammaire liées à l’étude des textes, étaient explicitées les interférences possibles : exemple :  adjectif qualificatif variable en français et invariable en tahitien, ordre des mots dans la phrase, utilisation d’une particule avant le verbe et d’adverbes pour marquer le temps et l’aspect des verbes en tahitien et conjugaisons en français. Les exemples en tahitien étaient rédigés par les professeurs de reo mā’ohi et la plupart des professeurs de Lettres s’étaient plus ou moins initiés à la langue tahitienne. En fait les textes officiels préconisent l’utilisation en partie de textes locaux quand il y a des cultures différentes en présence. Donc les spécialistes de la langue sont beaucoup plus ouverts que certains administratifs qui voudraient qu’on enseigne le français à Tahiti comme à Paris ou à Lyon ! Et l’Inspection générale de Lettres a approuvé ces méthodes de travail. Les élèves ont été très sensibles à ces changements. Quand M. FASQUEL est parti à la retraite en 2004 le Groupe Langues avait produit 11 séquences de 6e et les changements politiques très nombreux entre 2004 et 2014 ne changèrent pas la dynamique mise en place. Le problème de l’enseignement du français adapté à la Polynésie n’était pas un problème de politique politicienne mais de politique éducative et les obstacles aux actions de ce groupe qui dura jusqu’en 2008 puis devait produire un manuel de français en 2009-2010 (avec l’approbation de l’Inspection et de l’Inspection générale de Lettres) ne rencontra jamais d’obstacle venant des différents ministres de l’éducation mais de certains hauts fonctionnaires, parfois pourtant censés travailler sous les ordres du ministre de l’éducation ! Le livre ne vit pas le jour à cause de certaines oppositions mais une dizaine de séquences d’enseignement par année de collège furent rédigées. Les séquences de 6e, préfacées par l’Inspecteur général M. Soler furent publiées au CRDP de Polynésie française, celles de 5e, 4e et de 3e étaient disponibles et imprimables sur le site de la DES jusqu’en 2014 et même au-delà. Après 2008 des stages furent organisés pour les professeurs de Lettres dans le cadre de la formation continue à la DES (et ce jusqu’en 2014) et un stage de deux jours pour les professeurs nouveaux arrivants de Lettres et de documentation dès la rentrée 2005, grâce à M. Jean-Marius RAAPOTO, qui était le nouveau ministre de l’éducation et mit en place l’enseignement du ‘ōrero (art oratoire traditionnel) dans les écoles et le secondaire. Les nouveaux arrivants de toutes les matières eurent aussi 20 heures de cours de langue et culture polynésienne par bassin d’établissement en dehors de leurs cours pour comprendre les structures de ro mā’ohi et avoir une idée de la culture polynésienne (des bibliographies de la littérature polynésienne leur étaient distribuées leur permettant de s’initier à la littérature polynésienne de langue française ou traduite). Après son départ M. FASQUEL suivit toute cette évolution avec un très grand intérêt car il correspondait avec certains de ses anciens collaborateurs. Petit à petit les mentalités évoluèrent : les professeurs de Lettres et français-tahitien n’eurent plus peur d’utiliser des textes polynésiens de bons auteurs et d’expliciter les interférences, par ailleurs l’enseignement des langues polynésiennes fut renforcé, des expérimentations remarquables eurent lieu dans des écoles primaires mises en place par la cellule LCP (Langue et culture polynésienne) et des professeurs des écoles volontaires acceptèrent de s’impliquer dans cette expérimentation. Les élèves apprenaient le français, le reo mā’ohi et même un peu d’anglais en comparant les systèmes des 3 langues et en mettant en scène leur sketches. Après 2014, la DES et la DEP fusionnèrent devenant la DGEE. De plus en plus de classes bilingues virent le jour grâce à certains IEN et aussi dans le secondaire. Des universitaires comme Jacques VERNAUDON, Mirose PAIA et d’autres organisèrent des colloques et s’impliquèrent dans les réformes et les expérimentations furent évaluées par un organisme indépendant prouvant les vertus du bilinguisme. On peut dire que la société polynésienne évolue et, comme le disait déjà Jean FASQUEL de façon visionnaire en 2005, le principal danger qu’elle court est surtout d’être « contaminée » par le consumérisme mondial qui lui ferait oublier sa culture si originale, son amour du beau et un rapport au temps qui n’a rien à voir avec la précipitation occidentale.

Donc de nombreux acteurs ont fait bouger les lignes dans le bon sens pour que les Polynésiens se réapproprient leur langue et leur culture, même si beaucoup reste à faire, mais il faut noter que M. FASQUEL a été un précurseur, surtout parmi les fonctionnaires d’État à encourager ce mouvement et qu’il a permis des améliorations importantes en ce qui concerne l’enseignement du français et la formation des professeurs nouveaux arrivants.

Jean FASQUEL, citoyen du monde

On peut rendre enfin hommage à Jean FASQUEL, non seulement pour ce qu’il a impulsé en Polynésie française lorsqu’il était DES, mais en tant qu’être humain d’une ouverture d’esprit aussi rare que remarquable et en tant qu’artiste.

En effet il était capable de mettre en question le concept même d’universalité qui ne peut pas rendre compte de tous les modes de pensées et de toutes les cultures du monde. Ce concept a été mis en place par les Occidentaux, pour les Occidentaux mais, sur le plan linguistique par exemple, les langues n’ont pas toutes les mêmes références : certaines ont un duel, d’autres comme le français, n’en ont pas, certaines langues préfèrent un tour substantif à une tournure verbale, la place de l’ego n’est pas la même dans toutes les langues d’où un système pronominal différent etc. Les langues non écrites et parlées par peu de gens ont parfois des structures bien plus complexes et subtiles que les langues écrites largement parlées qui tendent à se simplifier. Donc il appelle à l’humilité et au respect face aux autres civilisations dans le monde entier et ce n’est pas un hasard s’il fait souvent référence à JMG Le Clézio, écrivain polyglotte et protecteur des peuples premiers, traducteur de certaines langues rares.

Enfin, artiste lui-même, il appelle à l’abolition de l’opposition entre raison et intuition et offre dans son livre toute une réflexion sur les fractales, ces représentations visuelles des équations mathématiques les plus complexes qui produisent grâce à l’informatique des dessins qui se répètent imbriqués à l’infini dont certains sont ravissants. Il aimait en peindre.

Ne plus opposer « le monde où nous pensons et le monde où nous vivons » était l’un de ses mots d’ordre.

Un tel homme, qui nous a quittés le 4 octobre 2025, après une longue maladie, mérite, qu’en Polynésie, mais aussi ailleurs on lui rende hommage. Il a aimé la Polynésie, il a aimé la vie qu’il comprenait si bien dans toute sa complexité, que cela l’avait rendu, comme tous les grands esprits, respectueux de tous les visages du vivant.

Adieu Monsieur Jean FASQUEL, ceux qui vous ont connu ne vous oublieront pas. Et puissent les autres lire votre livre si enrichissant.

image_printImprimer/PDF

Laisser un commentaire

Partage