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Comment le tourisme est-il perçu par les résidents ? Comment cette perception peut-elle influencer les options stratégiques de développement du tourisme en Polynésie française ? Ce sont ces différentes questions auxquelles cette étude, réalisée par des étudiants de l’UPF, envisage de répondre. Ce questionnement fait suite au fait que la Polynésie française a lancé, en 2020, une vaste opération de planification collaborative de sa stratégie touristique auprès de sa population : Fari’ira’a Manihini 2025 ou FM25, devenue FM27, en raison du COVID. L’objectif était d’inclure la population dans la conception et la mise en place de sa nouvelle stratégie touristique.

Les principaux résultats de l’étude montrent que la population polynésienne semble prête pour le tourisme inclusif. Ils indiquent également que la réussite de cette stratégie dépend principalement de l’attitude de la population vis-à-vis du tourisme et de sa conscience de l’importance de sa place dans l’offre touristique.

La mise en place d’un tourisme inclusif est-elle possible en Polynésie française ?

Le tourisme inclusif ou communautaire fait référence à un programme touristique géré et entretenu par les membres de la communauté locale. Il s’inscrit dans les dynamiques de l’économie collaborative, ainsi que du tourisme durable et responsable. Il suppose la participation des populations locales dans la valorisation de leur culture auprès des touristes. La population est donc directement impliquée dans l’activité touristique qu’elle contrôle plus ou moins, et ce, parfois, jusqu’au partage des bénéfices. La culture de la destination, portée par la population est, dans ce cadre, comme c’est le cas en Polynésie française, souvent envisagée comme le principal argument marketing de vente.

Ce projet de tourisme particulier, pour réussir, doit être porté par la communauté. A ce titre, il ne recherche pas la maximisation du profit et présente donc une alternative au tourisme de masse. Ce positionnement, choisi par la Polynésie française, a préalablement été initié par le Chili, le Canada, l’Afrique et l’Australie. « Tahiti Et Ses Îles doit rester une destination « Slow Tourisme » — un petit coin de paradis avec un service exceptionnel, axé sur les expériences, la culture et les rencontres avec la population locale », selon Jean-Marc Mocellin, directeur général de Tahiti Tourisme. Ainsi, la Polynésie française sollicite sa population pour la mise en place de sa stratégie touristique prévue jusqu’en 2027 : « L’objectif (…), est de faire en sorte qu’un lien authentique et sincère se renforce entre ceux qui viennent d’ailleurs et ceux qui, ici, acceptent de les accueillir »[1] déclare Edouard Fritch dans le préambule du document Fari’ira’a Manihini 2027, destiné à mobiliser la population dans l’élaboration et la mise en place de cette stratégie touristique. Une des particularités du tourisme communautaire est effectivement de générer des relations plus étroites entre la communauté locale et les visiteurs. L’implication de la population est donc un élément clé dans la mise en place de ce tourisme atypique, d’autant que le développement touristique produit de nombreux impacts sur la destination et la vie de ses résidents. Selon des études antérieures, la perception du tourisme par la population est principalement basée sur l’équilibre « coûts / bénéfices » de trois aspects majeurs qui concernent l’économie, le socio-culturel et l’environnement. La manière dont ces trois éléments sont perçus permet de prédire le sentiment final à l’égard du développement du tourisme.

Nous savons tous l’importance du tourisme dans l’économie polynésienne (plus de 70 % des exportations de biens et services, en 2022, et 8 % de son PIB – ISPF, 2023)[2]. Le choix de la stratégie touristique est donc crucial pour notre économie, mais le positionnement choisi, celui du tourisme communautaire ou inclusif, selon la dénomination locale, pose, comme cela a été indiqué, le problème de l’adhésion de la population à la démarche initiée. En effet, selon Ghewy (2024)[3], l’attitude vis-à-vis du tourisme se dégrade. Elle était mesurée à 0,84, sur une échelle de -6 à +6, en 2023, et présentait une baisse de plus de 35 % depuis les premières mesures initiées en 2018. Il semble donc important de se poser la question d’améliorer cette mesure pour favoriser la réussite de la stratégie envisagée. Ainsi, le travail réalisé dans cette étude consiste, dans un premier temps, à identifier l’importance relative des facteurs précités déterminants l’attitude vis-à-vis du tourisme. Cette première étape doit permettre de déterminer les intérêts de la population dans l’activité touristique. Dans un second temps, la mesure des effets de cette attitude sur l’implication éventuelle des résidents dans l’activité touristique est mesurée afin de mesurer leur relation effective avec les touristes.

Pour répondre à ces différents objectifs, 647 résidents de la Polynésie française ont été interrogés en face à face et recrutés selon la méthode des quotas sur leur genre et leur âge. Le questionnaire a été administré par les étudiants de la Licence 3 Eco-gestion de l’UPF dans le cadre de leur cours d’Etudes de marché. Les données ont été analysées avec le concours d’une étudiante du Master 2 MCI[4], dans le cadre de son travail de mémoire. Les données recueillies ont permis de tester le modèle d’équations structurelles simultanées suivant (les chiffres inscrits dans le modèle sont les ratio critiques qui indiquent l’importance du lien concerné) :

Les résultats indiquent que, par ordre décroissant, l’attitude des résidents de la Polynésie française vis-à-vis du tourisme est déterminée prioritairement par l’environnement (83,133), les éléments socio-culturels (74,382), puis l’économie (52,714). La population semble privilégier son bien-être aux gains économiques de l’activité touristique. Comme nous l’avons vu précédemment, cet état d’esprit est propice à la mise en place d’un tourisme inclusif ou communautaire, non tourné vers le profit. Le « slow tourisme » semble ainsi plus adapté aux souhaits de la population que le tourisme de masse.

Les liens entre l’attitude vis-à-vis du tourisme et les variables dépendantes, celles de la ligne en bas du modèle, sont globalement significatifs et positifs. Le lien entre l’attitude et ces variables est le plus fort pour la conscience de la place des résidents dans l’offre touristique, ensuite le comportement face aux touristes, puis les métiers du management. Le lien entre l’attitude vis-à-vis du tourisme et l’attraitpour les métiers du service n’est pas significatif. Plus l’attitude des répondants est positive et forte, plus ils sont conscients de leur place dans l’offre touristique, bienveillant vis-à-vis des touristes et attirés par les métiers du management du tourisme. Cela est plutôt de bon augure pour la mise en place d’un tourisme inclusif demandant à la population une plus forte implication et la rencontre de nos visiteurs.

La conscience de la place des Polynésiens dans l’offre touristique détermine successivement leur attrait pour les métiers de service et leur comportement face aux touristes, ce qui paraît logique. Le lien entre la conscience de la place des Polynésiens dans l’offre touristique et l’attrait pour les métiers du management est négatif (-2,141). Celui avec les métiers du service est positif. Il semble que plus les répondants sont conscients de leur place dans l’offre touristique, plus ils souhaitent être au contact des visiteurs, plutôt que dans un rôle de management. La relation entre les métiers du service et les métiers du management est forte. Elle indique que les répondants expriment d’autant plus d’attrait pour les métiers du management qu’ils en ont pour leur métier de service. Ce lien supposerait, qu’après avoir exercé dans les services, les répondants souhaiteraient devenir manager. Ce lien, cependant, n’était pas si évident. Selon une enquête BVA réalisée en France et publiée en 2017[5], par crainte du stress, près de 80 % des employés ne souhaitent pas accéder aux postes à responsabilité.

Finalement, l’enseignement important de cette étude est que la mise en place d’un tourisme communautaire, ou inclusif, semble possible en Polynésie française. Une autre information intéressante serait que, pour atteindre cet objectif, il faut agir pour développer une attitude favorable vis-à-vis du tourisme afin de favoriser l’implication des résidents dans cette activité économique, voire simplement leur bienveillance envers nos visiteurs. Cependant, en complétant ces nouvelles données avec celles des études précédentes mesurant l’attitude des résidents de Polynésie française vis-à-vis du tourisme, l’avenir de la nouvelle stratégie touristique ne semble pas sûr. Il apparaît, en effet, que la baisse régulière, mesurée depuis 2018, de cette attitude devient problématique. Elle appelle à des actions correctrices rapides si l’on souhaite réussir dans cette stratégie incluant favorablement la communauté locale dans l’activité touristique.

Auteurs :

Pierre Ghewy

Maître de Conférences en Sciences de Gestion, Université de la Polynésie Française (UPF).

Membre permanent du Laboratoire Gouvernance et Développement Insulaire (GDI – EA 4240).

Pierre.ghewy@upf.pf

Tél. : (+689) 87-75-11-47

Cunit Hereiti

Assistante de recherche du CETOP

herenui.cunit1@upf.pf

Tél. : (+689) 40-86-32-02


Notes :

[1]https://www.presidence.pf/wp-content/uploads/2023/02/FM27-finale-avecAnnexes.pdf

https://tahititourisme.org/medias-presse/communiques-de-presse/tahiti-et-ses-iles-ambitionne-de-devenir-un-leader-du-tourisme-inclusif-et-durable/

[2] Institut de la Statistique de la Polynésie Française (ISPF) (2023), « Les dépenses des touristes internationaux en 2022 retrouvent leur niveau d’avant-crise », Points Etudes et Bilans, n°1393, octobre. https://www.ispf.pf/publication/1393

[3] Ghewy P. (2024), Etude de la sensibilisation au tourisme de la population polynésienne, rapport d’étude pour le ministère du Tourisme de la Polynésie française.

[4] Master de Management et Commerce International (MCI).

[5] https://management-rse.com/etre-manager-aujourdhui-de-lindi-gestion-a-lindigence/

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