Il fut un temps, que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, où on s’endettait en Polynésie à des taux de 10-15 % sur 20 ans pour se loger, et où l’inflation était encore pire. Certaines années, l’Institut d’émission constatait même que les taux moyens des banques locales dépassaient le taux de l’usure fixé par la loi en France.
40 ans de baisse des taux d’intérêt

Voilà 40 ans que les taux d’intérêt nominaux dans le monde n’ont pas cessé de baisser, pour finalement tomber à zéro (et même en dessous pour les taux directeurs des Banques centrales).
Les moins de 30 ans ont vécu jusqu’à maintenant une période de taux d’intérêt exceptionnellement bas, en Métropole comme en Polynésie, avec toujours cependant 1 ou 2 points de plus ici par rapport à la Métropole (justifiés en général par une « prime de risque », imaginaire ou réelle ?). Le taux moyen des crédits immobiliers sur 20 ans en Métropole est descendu à 1,3 % en mars 2022, hors assurance.

La grande modération des prix : 20 ans d’inflation contenue et d’argent bon marché
Depuis des décennies, on pensait être entré dans l’ère de la grande déflation de long terme. Les Banques centrales imprimaient de la monnaie (virtuellement) à tout-va pour lutter contre cette supposée tendance déflationniste, essayant vainement d’atteindre un objectif d’inflation de 2 %.

Conséquence de cette inflation faible ou nulle, et de ces politiques monétaires expansionnistes (qui se sont accélérées depuis la pandémie, pour relancer l’économie et payer le prix du « quoi qu’il en coûte »), les taux à court terme, puis à long terme ont été maintenus à des niveaux de plus en plus bas par les politiques nouvelles d’intervention de la Banque centrale européenne sur les marchés financiers (achats d’obligations publiques, puis d’obligation privées sur les marchés financiers).
Envolée du prix des actifs (bourse, immobilier, art)
Les ménages français et polynésiens se sont rués sur les emprunts immobiliers pour acheter appartements et maison, soit pour se loger (avec le renfort local significatif des primes « aide à l’investissement des ménages » pour les jeunes ménages primo-accédants) ; soit pour un investissement locatif.
La conséquence de cette ruée sur l’argent bon marché a été, partout dans le monde, l’envolée des prix des actifs financiers et physique, notamment de l’immobilier. La Polynésie a été particulièrement atteinte par cette vague de spéculation immobilière, en particulier dans la zone urbaine autour de Papeete. Mais les prix des biens et services, eux, sont restés remarquablement stables, en raison, entre autres, de l’entrée en scène des pays asiatiques à main d’œuvre bon marché sur les exportations mondiales de biens manufacturés, qui a ravagé l’emploi industriel des pays occidentaux riches, mais bénéficié à leurs consommateurs.
L’inflation est de retour
Aujourd’hui, la situation change rapidement. L’inflation du prix des biens et services est de retour partout, attisée d’abord par les pénuries dues aux confinements consécutifs à la pandémie, puis maintenant par les pénuries d’énergie et de matières premières (métaux, matières plastiques et céréales en particulier) qui sont engendrées par la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales. À l’inflation du prix des actifs (provoquée par les taux bas) s’additionne maintenant l’inflation de l’énergie, des matières premières, et par suite, des biens manufacturés locaux et importés.
La nouvelle taxe pour la protection sociale instaurée localement pour régler la note sanitaire imposée à la CPS par la pandémie depuis deux ans va aggraver encore cette tendance à l’inflation, en renchérissant les prix de tous les produits importés.
Une nouvelle ère : finis les taux bas
Nous allons donc entrer dans une nouvelle ère : finis les taux bas ! Les banques ne pourront pas prêter éternellement à 1 ou 2 % quand l’inflation des prix atteint aujourd’hui 7,9 % aux États-Unis, 5,8 % en Europe, 3,6 % en France… Elles vont devoir augmenter ces taux car quand vous prêtez à 2 % et que les prix augmentent de 4 %, vous avez perdu 2 % par an. Rappelons qu’en France, les prêts à long terme sont accordés en majorité à taux fixe, contrairement à d’autres pays où ils sont accordés majoritairement à taux variable (donc réévalués chaque année avec l’inflation).
Il faut donc s’attendre à une brusque remontée des taux d’intérêt à long terme partout dans le monde, y compris en Europe, en France et donc en Polynésie.
Aux États-Unis, les taux ont déjà remonté
La Réserve fédérale américaine a annoncé récemment une rafale de hausses de son taux directeur, ce qui laisse présager un resserrement significatif de sa politique monétaire.
Les taux à 30 ans pour l’immobilier repartent en flèche depuis le début de l’année (voir graphique ci-dessous). Les autres Banques centrales devront s’aligner sous peine de voir s’effondrer leur monnaie face au dollar.

Un tsunami des prix annoncé en Polynésie française
Pour l’instant, la vague inflationniste n’a pas encore déferlé en Polynésie, parce que les hausses des prix des importations ne se répercutent qu’avec retard, au fur et à mesure que les stocks s’épuisent. En décembre 2021, l’indice des prix de l’ISPF était au même niveau qu’en décembre 2013 ! Une stabilité tout à fait historique sur 8 ans !
Cependant, un premier frémissement est déjà apparu : après ces 8 ans de stabilité, les prix ont augmenté de 4,4 % entre février 2021 et février 2022 ; de 1,8 % en janvier 2022 et de 1,1 % en février 2022, soit 2,9 %… en deux mois ! Si on extrapole cette tendance sur tout le reste de l’année 2022, on arrive à une inflation annuelle de 18,9 % ! Or, la contribution pour la protection sociale qui doit entrer en vigueur le 1° avril 2022, devrait renchérir encore plus les prix des importations, et provoquer une hausse de 5 à 8 % des prix selon certains. Autre facteur inquiétant : la baisse de l’euro par rapport aux autres devises depuis la guerre en Ukraine, qui va renchérir le prix des produits non européens, notamment ceux de l’énergie, libellés en dollar.
Face à l’inflation annoncée, que faire ? S’endetter…
Résumons-nous : des taux d’intérêt très bas mais plus pour longtemps, une inflation qui s’apprête à exploser… que faire alors pour préserver vos économies ? La réponse est simple : précipitez-vous chez votre banquier et endettez-vous vite au maximum (à taux fixe) !
Achetez un terrain, une maison, un appartement, une voiture (électrique, avec des panneaux solaires pour la recharger), de l’or, des diamants, des tableaux, des SCPI*, une croisière de rêve, des bitcoins, n’importe quoi… du moment que c’est à crédit. Quand on emprunte à 3 % (à taux fixe) et que l’inflation annuelle se révèle être de 15 %, on a gagné 12 % au bout d’un an… car on rembourse le banquier en monnaie dévaluée.
Mais attention, les banquiers voient venir le coup, ils vont se montrer de plus en plus exigeants pour accorder des prêts sur lesquels ils risquent de perdre de plus en plus d’argent… La fenêtre de tir risque donc de se refermer rapidement pour les candidats emprunteurs…
* SCPI : Société civile de promotion immobilière (ou encore « pierre papier »), qui achète des commerces ou des bureaux à votre place et vous verse les loyers moins une commission.

