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Dans le cadre de la Journée internationale de la paix, ce mercredi 21 septembre, dont le thème 2022 est la lutte contre le racisme, le Tavini communique un Manifeste pour la Paix, « à laquelle nous devons tous aspirer« .

Manifeste pour la Paix du Tāvini Huira’atira

« Le racisme s’exprime par la supériorité d’une ethnie sur une autre. Il est important de rappeler la nécessité de lutter contre le racisme pour construire une société où tout le monde a les mêmes droits et les mêmes chances. Surtout lorsque la colonisation a été pratiquée.

La Polynésie a été colonisée et un racisme d’Etat était pratiqué mais pourtant contrairement à beaucoup d’autres territoires, l’histoire y est différente. Notre société Polynésienne est l’héritière de valeurs uniques qui s’expriment dans notre vie de tous les jours. Nos ancêtres ont navigué longtemps avant de trouver nos îles. Cette persévérance nous ne l’avons pas oubliée et c’est pourquoi nous accueillons chaleureusement les voyageurs qui viennent de loin avec respect. La témérité nous est intrinsèque.

Différentes communautés ont au fil du temps rejoint notre fenua et la culture Ma’ohi. Les mariages sont des moments de célébration collective, qui célèbrent des unions d’être proches ou venus de loin. Des unions que racontent nos grands-mères au fil des tifaifai cousus à la lueur d’un mori mata’i.

Des cultures, des passés qui se rencontrent et ne font qu’un. Des façons de penser qui se rassemblent et ne font qu’un. Si l’on se perd entre les rives et que l’on a besoin de repères, nos racines laissées par nos ancêtres nous guident.

Il n’y a pas de demi, ni de moitié. Il n’y a que des additions, de l’enrichissement, des enfants du fenua qui sont l’union de culture dont le regard est plus tolérant sur la différence. C’est cette terre qui nous fait prendre soin d’un enfant, l’élever avec la même affection et droit que ses autres enfants. Nos mama nous ont fa’a’amu et nous ont donné des valeurs qui nous rassemblent au sein d’une famille. Nous sommes solidaires et veillons les uns sur les autres.

Chaque année, les enfants du fenua se rassemblent et fêtent leur amour de la culture au Heiva quels que soient l’origine ou le genre. Ils célèbrent le Taho’e et la persévérance lors du Hawaiiki nui qui nous rassemble au-delà des frontières. Malheureusement, nous devons commémorer la journée internationale de la Paix pour mettre fin au racisme car le racisme persiste, même en Polynésie.

Des expressions d’un autre temps persistent, un temps où l’on divisait les communautés pour mieux les contrôler.

Le Tāvini Huiraatira condamne le racisme et se joint à l’ONU pour cette journée de manifestation de la Paix. Le Tāvini Huiraatira lutte depuis sa création pour un accès à la souveraineté de manière démocratique. La colonisation a pratiqué un racisme d’Etat, l’indigénat y était pratiqué et les indigènes étaient sujets de l’Etat Français, de 1881 à 1946. Durant l’esclavage le code noir régissait les esclaves, durant la colonisation le code de l’indigénat limitait les libertés de l’indigène. C’était un racisme exprimé ouvertement où l’on s’approprie les terres du colonisé, l’on impose le système du colonisateur et l’on force à l’assimilation.

C’était un système avec des citoyens de pleins droits et des sujets indigènes, aux libertés réduites. Durant la colonisation, des exploitants agricoles ont fait venir des “coolies” venus de Chine. Ils étaient des travailleurs étrangers avec une carte de séjour mais n’étaient ni citoyens, ni sujets au code de l’indigénat. Ils se sont peu à peu mélangés et intégrés à la population du fenua. Des Polynésiens se sont engagés dans les guerres mondiales pour sauver le monde en péril. Pouvana’a a Oopa s’engagea lors du premier conflit mondial et fut surpris des droits qu’il eut en tant que soldat et frère d’arme. Il fût déterminé à étendre les droits de son peuple Ma’ohi par la suite. Lors de la seconde guerre mondiale, alors que la France était vaincue, les Polynésiens ont été parmi les premiers à rejoindre les forces françaises libres dès le 2 Septembre 1940. Ces engagements héroïques furent reconnus. L’Etat colonisateur a dû consentir à plus de libertés. C’est la fin de l’indigénat, la fierté et la dignité retrouvée, les Polynésiens gagnent plus de droits dès la publication de la Constitution de 1946 qui promit également le droit à l’autodétermination des peuples colonisés. C’est le temps des décolonisations, de nombreuses colonies obtiennent leurs indépendances et cela devient partout jour de fête nationale. La liberté dura un temps puis l’Etat reprit le contrôle des institutions politiques de Polynésie. Durant le CEP les Polynésiens furent éloignés du pouvoir politique et n’ont pu s’opposer aux essais nucléaires. Leurs cultures étaient niées pour une modernité imposée qui n’a pas laissé le temps à la société de s’adapter.

Le racisme peut être subversif, c’est lorsqu’on nie l’existence de l’autre, telle que sa culture ou sa langue. Henri Hiro fut un de ces artistes sensibles à ce déclin, il lutta pour la reconnaissance du patrimoine culturel Polynésien et y insuffla un dynamisme nouveau. La colonisation infantilise la population colonisée en lui retirant l’espoir de se réaliser par elle-même.

C’est le développement du complexe du colonisé, qui se sent incapable de conduire son pays sans l’accompagnement de l’ex puissance coloniale, la jeunesse devient passive concernant sa destinée. Henri Hiro a lancé un appel à la jeunesse de ce Pays pour s’éveiller, qui résonne encore aujourd’hui. Le droit à l’autodétermination est inaliénable, il n’a pas à être conquis par les armes, il doit être exprimé lors d’une consultation populaire. Depuis 1972, dans une expression d’unité politique Polynésienne, John Teariki et Francis Sandford ont uni leurs forces pour informer le comité de décolonisation de l’ONU que le peuple Ma’ohi ne contrôlait pas son pays. En octobre de cette année, cela fera 50 ans que la Polynésie informe le comité de décolonisation de l’ONU sur sa situation. Le 23 Juin 1973, la Polynésie manifesta sa volonté de paix en se rassemblant au nom du “Bataillon de la Paix” à Papeete et à Moruroa.

On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents” – Arhundati Roy

Ia nui te hau

Te aroha ia rahi »

Communiqué du Tavini

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