Retour

Il y a quelques mois, dans un roman prétentieux, j’ai découvert un mot nouveau (pour ma petite cervelle), celui de catharsis. J’ai d’abord pensé que cela se rapportait au catarrhe, une inflammation aiguë des muqueuses. En regardant de près l’orthographe, il me sembla qu’il n’y avait aucun lien et je penchais plutôt vers une histoire du Moyen Âge dont j’avais entendu parler au collège. Vous vous rappelez les Cathares, ces hommes et ces femmes qui voulaient réformer le catholicisme et qui tinrent l’hostie haute aux évêques et au roi de France jusqu’à se faire massacrer en masse. C’est à leur propos, je crois, que le légat du Pape aurait recommandé l’extermination de tous les habitants de Béziers (par amour du prochain sans doute) avec cette formule célèbre : « Dieu reconnaîtra les siens », souvent transformée par les collégiennes et collégiens en « Dieu reconnaîtra les saints ». Comme si le Créateur n’avait pas la science infuse du discernement pour souffler aux bourreaux : « Non pas celui-ci ! mais celui-là, oui »…

Enfin, imaginez la perplexité d’une fille des îles comme moi devant trois mots presque semblables : catharsis, catarrhe et cathare ! À y perdre son latin, surtout quand il y a des racines grecques !

J’ai cherché dans le dictionnaire que papy m’avait offert pour me féliciter d’avoir obtenu mon Certificat d’Études primaires… Oui, oui, je l’ai passé à Nouméa, mais en quelle année ? ça ne vous regarde pas ! Respectez les dames !

Il m’a fallu plusieurs lectures des définitions pour comprendre ce qu’est une catharsis, avec quelques allers et retours dans Wikipedia. Pour me hausser du col, je vais essayer de vous expliquer.

Façon docteur Diafoirus : « la catharsis peut mener à la sublimation des passions ».

Façon Diafoirus pédagogue : « elle peut vous purger de vos passions ».

Façon disciple de Freud : « c’est une méthode thérapeutique qui recourt à l’extériorisation des crises émotionnelles du patient ».

Façon Maeva Takin : « c’est un défoulement qui vous rend capable de positiver en tous domaines et d’oublier la morosité ambiante ».

Comme je pensais avoir bien assimilé la notion, je me promis de placer « catharsis » dès que possible dans une rencontre mondaine. J’imaginais déjà la tête de mes interlocutrices et interlocuteurs interloqués : « une catharsis ! tiens donc, mais qu’est-ce à dire ? » ; « catharsis, mais quelle langue pratiques-tu ? » ; « serait-ce du grec, chère amie ? » ; « Maeva, faut toujours que tu te la pètes ! ». Figurez-vous que le temps a passé et que je n’ai pas pu placer le mot…

Mais voilà qu’est arrivée la Coupe du monde de foot. Quand j’ai appris qu’elle avait lieu au Qatar, j’ai rigolé : cathare, catarrhe, Qatar… Il n’en fallait pas plus pour me mettre en joie. Je me suis mise à penser : si la France perd, ce sera une Qatarstrophe, surtout qu’Emmanuel ferait le déplacement. Si les Bleus l’emportent, les millions de téléspectateurs farani (et même mā’ohi) qui, depuis des mois, n’entendent que des mauvaises nouvelles et se préparent à se les geler en Métropole (chauffage coupé) et à crever de chaleur (climatiseurs en berne outre-mer), l’émotion aura été telle que tout sera oublié au profit de la fierté d’être du côté des champions du monde : ce sera une Qatarsis !

Et voilà, tout ça pour en arriver là. Alors vous pensez, dimanche matin, je me suis empressée d’aller à la Présidence (toujours incognito) regarder le match avec les supporters de chez nous. Apprécier ainsi en grandeur nature ce que pourrait être une Qatarsis…

Le foot, bien sûr, je n’y connais grand-chose, mais maintenant je sais que Messi n’est pas Jésus-Christ, même s’il transforme des balles en buts, comme l’autre changeait l’eau en vin.

Dimanche, debout à 4 heures, une toilette quand même, une tenue sobre (quand on veut passer incognito c’est nécessaire) et direction la Présidence où étaient réunis pêle-mêle ceux qui voulaient rencontrer du monde (des fois qu’on les aurait oubliés pour figurer sur « la liste ») et ceux qui n’avaient pas les moyens de se payer une surconsommation d’électricité. C’était surtout dans l’air qu’il y avait de l’électricité.

À la mi-temps, j’étais déjà prête à écrire mon billet : « Qatarstrophe au Qatar, les Bleus se sont comportés en bleus ». Plusieurs personnes quittèrent la Présidence l’amertume aux lèvres. J’ai même entendu : « C’est la faute à Macron ! ».

Et puis, il y a eu Mbappé dans ses œuvres… Cette finale n’a pas été une Qatarstrophe, peut-être pas une Qatarsis, mais comme dit Emmanuel : « Les Bleus nous ont fait rêver ». Le rêve, c’est déjà une façon d’oublier…

Partage