La drôle d’Association des retraités du CEA…

Pour ceux qui ne la connaissent pas ou qui n’en ont jamais entendu parler, l’Association des retraités du CEA (ARCEA) est une association métropolitaine – loi 1901 – qui s’adresse à tous les retraités du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)…

Elle comprend plusieurs milliers de membres répartis en 11 sections, parmi lesquelles celle de l’Île-de-France qui regroupe une grande partie des agents du CEA ayant participé de près ou de loin à la réalisation des tirs nucléaires effectués pendant 30 ans à Moruroa et Fangataufa.

L’ARCEA est présidée par Jacques Penneroux, et la section Île-de-France par Jeannine Paris. Tous deux ont fait leur carrière au CEA. M. Penneroux a bien connu le site de Moruroa où, en 1984, il a travaillé plusieurs mois au démantèlement de la fameuse installation Meknès.

Les statuts de l’association sont très clairs. Ils précisent que l’ARCEA se place uniquement sur le plan moral et social en excluant toute activité politique syndicale ou confessionnelle. 

C’est en 2005 que, jeune retraité, j’ai adhéré pour la première fois à l’ARCEA. À la même époque, j’ai commencé à publier des articles sur des sujets historiques qui me passionnaient depuis longtemps et qui concernaient tout particulièrement la découverte de la Polynésie par les Européens, le choc entre les cultures maories et chrétiennes, ou la fameuse mutinerie de la Bounty…Ces articles et mes premières conférences sur ces différents sujets me valurent d’être nommé secrétaire général du Centre d’étude sur l’île de Pâques et la Polynésie (CEIPP), alors présidé par le professeur Dausset, prix Nobel de médecine. C’est ainsi que, de fil en aiguille, j’ai eu par la suite la chance d’être souvent sollicité pour venir faire des conférences dans les universités et sur des bateaux de croisière, dont plusieurs avaient leur port d’attache à Papeete en particulier l’Aranui et le Gauguin. Ces belles croisières m’ont permis de découvrir et de visiter des archipels très éloignés, en particulier les Marquises et les Gambier, ou des îles lointaines comme Pitcairn et l’île de Pâques.

Redécouvrir Tahiti et la Polynésie est chaque fois pour moi un immense plaisir. Depuis une dizaine d’années, grâce à ces croisières, j’ai la chance de résider plusieurs mois par an dans ce qui est devenu pour moi une deuxième patrie. Au fur et à mesure de ces nombreux séjours, j’ai eu rapidement l’opportunité de retrouver plusieurs de mes anciens camarades polynésiens qui avaient travaillé avec moi à Moruroa. Et c’est ainsi que j’ai rapidement pris conscience que les 193 essais de bombes atomiques réalisés par la France en Polynésie laissaient des traces profondes et quasi indélébiles sur la population polynésienne, et éprouvé tout particulièrement une forte inquiétude ou une vive suspicion face aux propos peu convaincants et aux explications faussement rassurantes diffusées par les autorités militaires en place sur le territoire.

« Le CEA portera toujours l’entière responsabilité des conséquences des essais »

En 2011, sur les conseils de mon ami Alex du Prel, j’ai écrit pour Tahiti Pacifique Magazine un premier article intitulé « 15 ans après », dans lequel je faisais part de mes observations sur les conséquences des essais nucléaires… Persuadé que cet article allait en Métropole intéresser les retraités du CEA ayant travaillé à Moruroa, j’ai cru bon de l’envoyer à Jeannine Paris, présidente de la section Île-de-France de l’ARCEA afin qu’il puisse paraitre dans le journal de son association. La réponse immédiate fut une fin de non-recevoir : cet article discréditait le CEA… En conséquence, il ne paraîtrait pas dans ce journal !

Je souhaite à ce sujet rappeler ce qui, depuis des années, est le fil conducteur de mon action : pour les essais réalisés à Moruroa et Fangataufa, le CEA était maître d’œuvre ; cela signifie qu’en tant que responsable de ces essais, le CEA portera toujours l’entière responsabilité de leurs conséquences. Je considère que le CEA a fui cette responsabilité en évitant notamment de prendre en compte les deux points essentiels suivants qui sont, d’une part, les maladies radio-induites et, d’autre part, l’assainissement des sites de tir, en particulier ceux de la zone nord de Moruroa. Les inquiétudes des Polynésiens sont pour moi tout à fait justifiées et doivent être respectées.

Accusé de « cracher dans la soupe »

À la même époque, j’ai pris connaissance de témoignages indiscutables concernant un nombre important de cancers de la thyroïde aux îles Gambier et dans plusieurs atolls proches des sites de tirs. L’ARCEA faisant toujours mine d’ignorer cette réalité, j’ai, en vain, et à plusieurs reprises, essayé souvent d’attirer l’attention de ses responsables et j’ai dû hélas finir par admettre qu’à leurs yeux j’étais persona non grata.

Je resterai toujours personnellement très reconnaissant à Alex du Prel qui m’a aidé à éditer mon premier livre Secrets de Moruroa dans lequel je dénonçais quelques-uns des faits les plus marquants que j’avais observé lors des campagnes de tirs nucléaires. Ce livre me valut un flot de critiques et d’injures de la part de mes détracteurs – généralement des retraités du CEA – qui sont allés jusqu’à m’accuser de cracher dans la soupe ! Inversement, j’ai été très sensible à de nombreuses félicitations venant de personnalités militaires ou politiques…

Oscar Temaru : un soutien dérangeant

Mais le summum de sectarisme proféré à mon égard par l’ARCEA vient d’être atteint ce dernier mois. Voici les faits : fin janvier 2022, j’ai envoyé à Jeannine Paris et Jacques Penneroux, les deux responsables de cette association, une lettre pour leur dire que j’étais candidat pour faire partie du bureau de l’ARCEA. Je précisais également dans cette lettre que je souhaitais faire partie de ce bureau car cette position allait me permettre de mieux défendre les Polynésiens victimes directes ou indirectes des conséquences sanitaires ou environnementales des 193 tirs nucléaires réalisés pendant 30 ans par la France à Moruroa et à Fangataufa… Bien entendu, j’ai joint à cette lettre un chèque d’adhésion. En réponse, j’ai reçu une fin de non-recevoir que je n’hésite pas à qualifier de lamentable et ridicule car non seulement ma candidature à ce poste était refusée mais mon chèque d’adhésion m’était renvoyé car je n’étais pas jugé digne de faire partie de l’ARCEA ; une des principales raisons évoquées était le fait que j’étais soutenu par mon ami Oscar Temaru, président du Tavini. Voilà, chers amis lecteurs de PPM, les détails de cette affaire que je voulais vous raconter car elle m’affecte profondément… Soyez assurés que je n’en resterai pas là et que je ferai tout pour continuer à défendre les Polynésiens.