De chronique en chronique, nous n’avons pas cessé, à notre grand regret, de dénoncer les décisions des responsables de l’Éducation. Échec et mat : les choses perdurent. On ne lit pas Pacific Pirates Média, en haut lieu. Par contre, nos lecteurs n’auront pas oublié nos points de vue exprimés dans : « Une rentrée scolaire āpī « , « Fin programmée de l’école publique », « Vente d’école à la découpe », « Apprendre le respect »… pour ne citer que quelques articles parus dans la rubrique « Chroniques/Cap sur l’éducation ».
Nous avons observé la destruction patiente de cette école « coloniale », malgré le fait qu’elle ait été celle où furent formées les chefferies d’aujourd’hui. Au gré des courants aériens, nous avons survolé l’École des brouillards et druides bretons, celles des marges hexagonales, du Pays Basque à la Corse, celle de Singapour aussi, avec cette envie avouée de profiter des conseils et soutiens « associatifs » d’un pays pétrolier dont nul n’ignore qu’il est une dictature effective… En même temps, au « fenua », nos responsables inventaient des modes festives, qualifiées de « pédagogiques », en « immersion » dans des piscines, culturelles mais vides, ciblant, ici et là, quelques pratiques isolées pour faire image à la télé…
Nous avons en vain attendu que s’affirme une école d’ici, susceptible de nous donner, un jour, des fruits pour un Pays de souveraineté réelle, ou d’un État indépendant. Pauvres de nous : c’était en pure perte : notre système éducatif semble sourd, à l’image de celui de la Métropole, chacun, pour ce qui le concerne, cachant ses poussières sous le tapis, pratiquant une manière d’omerta dont nous allons payer les douloureux dividendes. Je persiste et je signe : l’état de médiocrité des écoles, en Métropole et chez nous, est le résultat combiné de l’échec d’un système sourd et muet, de la disparition du devoir d’éduquer les enfants dans des familles « diversifiées », d’un manque évident de moyens, d’une crise des recrutements et formation d’enseignants et de leur abandon par une institution évanescente. Et ce n’est pas fini !
Pour cette rentrée scolaire, nous l’avions annoncé, la consultation, qualifiée de « démocratique », débouche sur l’impossibilité de décider d’une école publique et gratuite ajustée aux besoins. Les parents, comme on s’y attendait, optent, et c’est bien normal, selon leur contrainte professionnelle. Les enseignants, et c’est tout aussi normal, font de même. Chacun voyant midi à sa porte, il en résulte une diversité d’options qui laisse présager des conséquences problématiques. De plus, les transports scolaires sont en grande difficulté, tandis que des abribus seraient à rénover. Alors, que faire ? Tout simplement passer cette « patate chaude » aux municipalités dont la plupart n’ont pas les moyens de s’occuper valablement des écoliers, à la fermeture des cours. On peut déjà imaginer ce que seront les garderies d’urgences. Qui s’en occupera ? Comment ? A quel prix ? On en reviendra, c’est à craindre, à ce que furent les « salles d’asile », il y a plus d’un siècle, quand les mamans, devenues ouvrières, durent confier leurs petits à des gardiennages, qui, un jour, grâce à une inspectrice générale, Herbinière-Lebert, devinrent, peu à peu, des maternelles où l’on éduque…
Pour tout ce qui précède et pour ce qui va suivre, il semble que le temps soit venu de se poser quelques questions de base. Qui dirige vraiment notre ministère ? Monsieur le Ministre, agrégé de reo tahiti ? La structure DGEE, qui pilote primaire et secondaire, sous double responsabilité au sommet ? Et que vient faire un vice-recteur, dans une école « tahitianisée » depuis belle lurette ? Pendant combien de temps Paris participera-t-il au fonctionnement de ce primaire où l’enseignement des disciplines, dans les langues locales, met en situation d’incompétence cadres et enseignants venus d’ailleurs ? Qui portera la responsabilité d’un échec annoncé des écoles « municipalisées » ? Paris ou Tahiti ? Quand sortirons-nous de cette situation ambigüe, pour un temps nécessaire, où chacun dit le plus grand bien de l’autre et, « dans le même temps », s’en méfie ?
Sauf se moquer de tout le monde, nous avons besoin de clarté.
