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L’hypothèse d’une remise en question des dispositifs de retraite en Métropole et les défis posés par l’endettement de l’Etat sont l’occasion pour les économistes, la Direction de la recherche et statistiques (DRESS) et les membres du Conseil d’orientation des retraites (COR) de relancer le débat sur la réalité du niveau de vie des retraités en comparaison avec celui des actifs.

En Métropole, la situation laisse apparaître une apparente contradiction étant donné que les pensions des retraités sont souvent inférieures aux salaires des actifs. En moyenne, le revenu disponible des retraités ne représente que 80 % de celui des Français selon la DRESS. Cependant, dans une étude récente, plusieurs facteurs de différenciation ont été mis en évidence notamment l’importance du patrimoine immobilier et la composition des ménages.

En Métropole, les ménages retraités sont souvent plus réduits en taille et vivent seuls ou en couple, sans enfants à charge (ce n’est pas toujours vrai), ce qui diminue les dépenses courantes.

De plus, les retraités n’ont généralement plus à supporter des coûts liés à l’éducation ou à l’achat de biens importants, comme c’est le cas pour de nombreux actifs qui doivent ajouter de lourds frais de transports. En tenant compte des dettes et emprunts, le patrimoine global des retraités est supérieur de 35 % à celui des actifs. Les retraités ont historiquement bénéficié de conditions d’acquisition de l’immobilier beaucoup plus favorables que la génération actuelle. L’explosion du prix de l’immobilier depuis 2000 a abouti à une revalorisation forte de leur patrimoine. Par contre, pour les actifs, cela constitue une charge grandissante.

Un autre élément renverse la balance en faveur des retraités. Beaucoup de retraités sont propriétaires de leur logement (60 % des + de 60 ans sont propriétaires de leur logement avec plus aucune charge contre 17 % des moins de 50 ans dont beaucoup ont des remboursements conséquents)

Il est donc probablement vrai que les retraités dont beaucoup sont sortis de la période favorable des 30 Glorieuses ont en moyenne, une retraite et un niveau de vie leur permettant de vivre dans une plus grande aisance que beaucoup d’actifs.

Cela a été vrai jusqu’en 2017/2018, années à partir desquelles le niveau de vie des retraités a commencé à se dégrader par rapport aux actifs. Les avancées sociales sur les salaires et les exonérations fiscales sur les heures supplémentaires ont, en partie, gommé les écarts retraités /actifs. Selon les prévisions des économistes, du DRESS et du COR,  le niveau de vie des retraités s’est dégradé depuis 5/6 ans et continuera à se dégrader dans les prochaines décennies. Il faut aussi prendre en compte la baisse du pouvoir d’achat des actifs dont la fatigue les pousse à prendre leur retraite par anticipation avec les abattements qui y sont liés. L’hypothèse sérieuse de report de 6 mois de la revalorisation des pensions de la S.Sociale en juillet 2025 est un élément supplémentaire  de baisse de pouvoir d’achat des retraités.

En conséquence, la différence de niveau de revenus entre les retraités et les actifs est actuellement minime. Le dernier rapport du COR de juin dernier, qui porte sur l’année 2021 évalue le niveau de vie individuel moyen des retraités à 2 188 euros par mois contre 2 428 euros pour les actifs et 2 218 euros pour l’ensemble des Français. Si l’on tient compte des dépenses de logement, les retraités ont même un niveau de vie égal à 105 % de celui des Français. Nous assistons à un phénomène de rééquilibrage sur les revenus moyens mais avec une accentuation des écarts entre les bénéficiaires de hauts revenus et les travailleurs aux salaires médiocres et aux conditions de travail pénibles et entre les retraités à hauts revenus et les retraités bénéficiaires de petites retraites victimes de l’inflation et des probables mesures limitant les revalorisations.

Les réactions, en Métropole, face au projet du gouvernement, sont significatives de l’état d’esprit des citoyens et des replis défensifs sur les avantages acquis. Le journal Le Progrès a exposé les réactions de deux retraités dont l’un fonctionnaire bénéficie d’une pension de 2900 euros payée par l’Etat, l’autre qui touche une retraite de 900 euros. La retraitée à 2 900 euros reconnaît que pour elle, cela se passe assez bien mais elle entend se battre sur le principe même si sa maison est payée et que ses enfants volent de leurs propres ailes. Elle se dit « inquiète » et prétend « ressentir » une menace (290 000 X 1,8 % x 6 mois   = 313,20 euros d’efforts soit 52,20 euros/mois). La retraitée touchant 900 euros se contente de dire qu’elle devra se serrer la ceinture. Elle n’a pas d’autre déclaration à faire et n’a pas la possibilité d’aller crier dans la rue.

Une étude mériterait d’être menée en Polynésie pour obtenir une comparaison fiable entre les revenus des actifs et des retraités vivant sur le territoire. Si le COSR polynésien a conduit des études sur la situation des retraites et des retraités dans le cadre de la CPS, il n’a pas procédé à des comparaisons approfondies

– entre les revenus des retraités et des actifs sur le territoire

– entre les retraités de Polynésie et ceux de métropole

– entre les revenus des retraités fonctionnaires vivant en Polynésie et des retraités de la CPS

– entre les divers retraités inscrits et à la charge de la CPS disposant de retraites   de métropole et ceux ne bénéficiant que de la seule CPS

– entre les retraités bénéficiant que de la seule tranche À et ceux bénéficiant de la tranche À + la tranche B

Une chose est certaine : les écarts de revenus entre les retraités et les actifs, entre les actifs entre eux et entre les retraités entre eux sont beaucoup plus affirmés en Polynésie qu’en métropole. Des retraités vivent dans l’aisance avec des revenus bien supérieurs à la moyenne des actifs. Par opposition, plus de 70 % des retraités polynésiens disposent de revenus biens inférieurs aux actifs avec une frange importante en dessous du minimum vital. Le COSR n’a pas voulu mettre sur la table l’ensemble des composantes permettant d’appréhender la réalité des niveaux de pensions sur le territoire. La comparaison avec les actifs est totalement faussée.

A un moment où les budgets sont en souffrance et qu’une réforme de la PSG s’annonce, il serait temps qu’un observatoire indépendant puisse déterminer le niveau et les composantes du revenu des Polynésiens (salaires, pensions, patrimoine). Le manque de transparence est un obstacle à la justice sociale.

En Polynésie, une catégorie de retraités ayant profité des revalorisations des pensions en compensation de l’inflation (fonctionnaires + bénéficiaires des retraites complémentaires ARRCO/AGIRC) a obtenu une majoration de plus de 10 % sur 3 ans qui a permis d’assurer et même améliorer leur pouvoir d’achat alors qu’ils étaient déjà les plus favorisés. Dans le même temps, les pensionnés de la CPS dont 50 % disposent de moins de 110 000 Fcfp/mois n’ont obtenu qu’une revalorisation de 2,67 % pour une inflation de 8,5 % minimum. Il y a donc eu une dégradation globale de la situation du plus grand nombre de retraités en Polynésie disposant de faibles pensions.  Certains considèrent que les retraités de la CPS doivent s’estimer heureux que la CPS leur verse encore régulièrement des retraites. C’est une réponse de nantis refusant de prendre en compte la situation de plus en plus difficile d’une masse de Polynésiens.

Dans le cadre des efforts exigés par le gouvernement central dans le prochain budget, seuls les retraités fonctionnaires d’Etat, en Polynésie, sont concernés par le report de revalorisation des pensions en juillet 2025. Les autres catégories de retraités ne sont pas concernées (pensions CPS + retraites complémentaires ARRCO/AGIRC).

Les concepteurs de la future réforme des retraites à la CPS et le CESEC sont invités à préparer les outils permettant de restaurer les équilibres mais aussi la justice sociale. Il faudra beaucoup d’écoute et de concertation avant de faire des préconisations.

Pour revenir à l’objet de l’article sur les écarts entre actifs et retraités en Polynésie, le problème n’est pas tant d’opposer les revenus des travailleurs en exercice et les retraités, mais il s’agit surtout de mesurer les écarts très importants entre les salaires et revenus des salariés entre eux et des retraités entre eux. Ces inégalités expliquent tout le reste.

Quant aux comportements et réactions face aux efforts actuels demandés en Métropole et futurs en Polynésie, il y a 3 types de citoyens :

– ceux qui sont dans l’aisance et qui sont souvent les plus « indignés » et « outrés » quand on leur demande un petit effort qui égratigne leur confort

– ceux qui sont impactés par les mesures qui ne remettent pas en cause fondamentalement leurs revenus mais qui obligent malgré tout à des sacrifices réels pour eux ou pour leurs enfants. La colère de cette catégorie face aux efforts imprévus demandés est compréhensible et ces personnes ont droit à une explication claire et sérieuse pour justifier ce qui est demandé.

– ceux qui sont en bas de l’échelle, qui sont déjà dans la précarité et la misère et à qui on demande aussi de faire un effort (ex : non revalorisation de la pension pendant 6 mois en Métropole ou non revalorisation selon le coût de la vie pour les retraités en Polynésie. Ces gens-là, les plus pénalisés, en général, ne parlent pas, ne « gueulent pas » . Ils subissent.

Ils n’en ont pas les moyens ni la force ni le temps de s’opposer. C’est le silence des « sans voix » qui malheureusement n’ont pas beaucoup de porte-paroles et défenseurs.

Dans cette période de réflexion et de maturation de la réforme nécessaire, acceptons tous de nous nourrir de cette citation inspirante de Nelson Mandela : « Tant que la pauvreté, l’injustice et les inégalités flagrantes persistent dans notre monde, aucun de nous ne peut vraiment se reposer ».

Terminons cette analyse en évoquant les débats récents sur une revalorisation des petites retraites CPS. Le CA de la CPS aurait proposé il y a quelque temps une revalorisation de 2 % des pensions en tranche A. Selon les bruits de couloir, le président du Pays aurait refusé cette augmentation et aurait proposé à la place d’accorder une prime unique de 24 000 Fcfp à chacun des retraités en tranche A. Évidemment, le résultat n’est pas le même au niveau du pourcentage de revalorisation et de la masse financière engagée. Le président ne souhaite manifestement pas prendre d’engagements lourds avant la réforme des retraites prévue dans 2 ou 3 ans.

 C’est ainsi que pour un retraité ayant une pension de 60 000 Fcfp par mois (720 000 Fcfp/an), une prime de 24 000 Fcfp constitue une augmentation de 3,3 % sur 1 an. Pour un retraité ayant 160 000 Fcfp en tranche A, l’augmentation sur 1 an est de 1,25 %. L’objectif est de favoriser les petites retraites. C’est louable. La revalorisation proposée via la présidence reste cependant notoirement insuffisante. Il faudrait au moins doubler la prime pour assurer un minimum de rattrapage de pouvoir d’achat. Par exemple, on peut accorder 24 000 Fcfp au 1/01/2025, à nouveau 24 000 Fcfp au 1/01/2026.

L’avantage de la prime temporaire est de favoriser davantage proportionnellement les bénéficiaires de petites retraites. La réforme prévue des retraites aura pour mission de rétablir les grands équilibres et une plus grande équité.

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