Le nouveau centre Te Vai-ete du Père Christophe prêt à accueillir les personnes de la rue

Une simple et émouvante inauguration du nouveau centre d’accueil Te Vai-ete pour les personnes de la rue a eu lieu vendredi 30 juin, à Mamao. Le Père Christophe a ainsi tenu sa promesse, contre vents et marées !

Rappelons qu’il s’agit d’un centre de restauration, d’hygiène (avec WC, douches et machines à laver) et de formation pour les personnes de la rue. Un lieu de convivialité qui accueille les SDF en journée (il n’était pas possible, pour le moment, de concevoir un centre d’hébergement de nuit en plus). Les sans-abris pourront aussi bénéficier d’un soutien médical (psychiatrique notamment, étant donné que 20 à 25 % des personnes à la rue ont des problèmes de cet ordre d’après Père Christophe) et juridique, fourni par des bénévoles (comme dans l’ancien centre).

Vendredi matin, à 10 heures, une centaine de personnes, essentiellement des bénévoles, des personnes de la rue et des personnalités qui ont aidé l’association étaient réunies et ont écouté les divers intervenants avant que le représentant de l’archevêque (Monseigneur Cottanceau étant en voyage en France actuellement) n’ouvre la porte du centre et que les personnes ne puissent visiter les divers lieux (les salles de formation sont au premier étage) et partager une petite collation fort sympathique. La presse et les télévisions étaient bien sûr présentes.

Le Père Christophe a rappelé sans micro, avec sa voix de stentor, son humour mais aussi sa grande humanité, les circonstances de cette construction mais a également rendu hommage à ceux qui l’ont aidé dans ce projet à commencer par son architecte Éric Raffis et son épouse Nelly se présentant lui-même comme le commanditaire d’un projet qui n’a été réalisable qu’avec l’aide de tous ceux qui se sont investis. Avec humour (en latin), il a cité César qui écrivait dans ses mémoires : « J’ai construit un pont » (afin d’envahir les Germains de l’autre côté du Rhin) et expliqué qu’il fallait bien sûr comprendre : « J’ai fait construire un pont ! ». Même César n’aurait pas pu sans de multiples aides construire tout seul un pont…

Trois grandes familles ont été les principales donatrices 

Il a d’ailleurs donné au début la parole à son architecte qui a expliqué les conditions de la réalisation de cette construction. Puis le Père a rappelé que le Pays avait accepté de louer pour 30 ans (renouvelables) le terrain pour 150 000 Fcfp par an et que la construction avait coûté à peu près la somme prévue 259 millions de Fcfp et avait duré un an. Que la somme était constituée entièrement par des dons et de l’argent avancé par l’évêché qui sera remboursé. En effet, le Père tient absolument à ce que ni les contribuables, ni les fidèles qui ne sont pas d’accord avec ce projet ne soient mis à contribution. Trois grandes familles ont été les principales donatrices : la famille d’Albert Moux, la famille Siu et la famille Coppenrath, qui a cédé des droits sur les héritages de MGR Michel et de MGR Hubert. Divers organismes comme l’ordre de Malte (et même le village du Père Christophe !) ont fait des dons, ainsi que des personnes individuelles, et les dons allaient de plusieurs millions de francs à 5 00 Fcfp ! Il a précisé que toutes les factures dues étaient payées dans les 15 jours après réception, l’association se faisant un devoir d’honorer ses factures rapidement.

Des remerciements chaleureux et émouvants

Après ces rappels, le Père a tenu à  couronner trois personnes : Éric et Nelly qui ont été des architectes mais aussi des bénévoles tant ils ont aidé, et ses deux plus proches collaborateurs : Stéphane dont il dit qu’il est « à la fois son bras droit et son bras gauche » depuis 5 ans, Johnny qui est responsable de l’intendance et qui est le seul, à part le Père, à avoir les clés du local, après avoir vécu dans la rue, preuve vivante de la possibilité de se réinsérer après des mois ou des années de galère et à mériter une entière confiance. Il a remercié aussi ses secrétaires qui supportent son caractère tempétueux ! Il a également remercié Isabelle Sachet, ministre dans l’ancien gouvernement qui s’est battue pour soutenir le projet de Te Vai-ete et que l’association obtienne la location du terrain, convoité pour d’autres projets.

Il a remercié aussi le président du Pays, Moetai Brotherson qui a fourni de l’aide pour défricher les alentours du terrain et a permis qu’en trois jours le projet de conformité du bâtiment soit examiné (il était conforme, précise le Père, pas de « triche » !) mais il fallait rapidement le certificat de conformité.

Il a d’ailleurs précisé que les trois membres du gouvernement présents : Le président Moetai Brotherson, la ministre Chantal Minarii Galenon et la déléguée interministérielle Nathalie Salmon-Hudry étaient invités non pas à cause de leurs actuelles fonctions mais à cause de leur investissement dans l’association en tant que bénévoles bien avant qu’ils ne soient Président ou ministres (Nathalie, par exemple, a réalisé pour la radio de nombreuses interviews de personnes vivant à la rue).

De gauche à droite : la déléguée interministérielle Nathalie Salmon-Hudry, Père Christophe, le président Moetai Brotherson et la ministre Chantal Minarii Galenon.

Il a remercié par avance le gouvernement de renouveler certains CAE (qui peuvent pour certains être transformés en CDI), d’aider à la formation professionnelle des personnes qui fréquenteront le centre, etc.

Le Père a également cité et remercié les artistes qui ont aidé à la construction en donnant des performances au profit de l’association comme O Tahiti E, le groupe de Makau Foster, ou celui de Tiare Trompette, et le chanteur Kevin Wong Kam qui a écrit une chanson pour le centre et réalisé un clip. Un des moments les plus émouvants de l’événement a d’ailleurs été la venue de Kevin, très ému devant le public. Il a précisé qu’en décidant de devenir chanteur, il avait choisi la pauvreté et chanté sa chanson en tahitien en s’accompagnant de sa guitare. Sa chanson est un témoignage touchant sur ce qu’il a pu percevoir de la vie des gens qui vivent dans la rue, et sur le soutien et l’amour qu’il leur apporte.

Moetai Brotherson : « En Polynésie, le religieux et le politique ne sont pas vraiment séparés »

Le Président a pris très rapidement la parole en remerciant tous ceux qui ont aidé le projet à voir le jour, entre autres des personnes de l’ancien gouvernement et en précisant qu’enfant, il détestait les marges des cahiers et ne comprenait pas leur existence et qu’adulte, il pense qu’il est temps d’intégrer les marges dans les feuilles ! Il a précisé aussi qu’en Polynésie, le religieux et le politique ne sont pas vraiment séparés, la laïcité n’étant pas vécue ici de la même façon qu’en France.

Cela fait trente ans que le Père Christophe prend sous son aile les personnes de la rue afin de les aider à s’insérer dans la société.

Père Christophe a ensuite évoqué deux personnes qui lui tiennent particulièrement à cœur et ne sont plus parmi nous : Monseigneur Michel qui l’a ordonné prêtre et lui a donné il y a trente ans la charge du Secours catholique (ainsi que Monseigneur Hubert qui l’a toujours soutenu) et Louise Carlson, qui, lorsqu’elle était maire de Papeete, lui a trouvé, comme elle a pu, des locaux pour commencer son travail d’accueil.

Ont suivi, avant l’ouverture du centre, des prières et des chants suivis d’un « Notre Père » collectif et d’une bénédiction.

Une dame a dit en tahitien sa joie de voir ce centre ouvrir pour elle et tous les gens de la rue, et le représentant de MGR Cottanceau ayant ouvert les portes, la visite a pu commencer.

Longue vie au centre d’accueil TE Vai-ete et merci au Père Christophe d’avoir fait vivre par sa parole un moment d’émotion et de sentiment de fraternité !