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Incroyable ! Je vous avais raconté le mois dernier qu’un universitaire de l’UPF étudiait mes prétentions littéraires (lire ici : https://www.pacific-pirates-media.com/le-phenomene-maeva-takin-vu-de-luniversite/). J’en étais fort aise, amusée de surcroît ! Ne voilà-t-il pas qu’après mon dernier billet, je reçus une lettre d’une représentante de l’assemblée de la Polynésie française (APF) qui me stupéfia au point que je crus à une fake news, voire à une manipulation des services secrets des îles Salomon. Mon informatrice m’expliqua que l’APF se préoccupait du succès rencontré par des influenceurs et influenceuses, ces dernières étant beaucoup plus craintes que les premiers.

L’APF s’inquiétait également des dérives sectaires et/ou complotistes avec les groupes qui prétendaient que la terre avait en réalité la forme d’un chou de Bruxelles ou encore que les Mā’ohi avaient évangélisé les Anglais avant que ceux-ci ne nous envoient des missionnaires[1].

J’appris alors que l’APF redoutant que les électeurs fussent pris en main par des charlatans (les honorables représentants à l’APF ne pouvant en aucun cas être rangés dans cette catégorie), elle avait alors décidé la création d’une Commission d’enquête secrète sur toute personne ou groupement répandant des idées qui n’entraient pas dans les catégories partisanes de la vie politique. Ainsi, l’amicale des propriétaires de tire-bouchons à infra-rouge, l’association des petits branleurs de la commune X…, les blondes d’origine asiatique et surtout les détecteurs de places gratuites pour les compétitions de surf de Teahupo’o et de nombreux mouvements confidentiels, mais actifs sur les réseaux sociaux où ils ne s’encombrent pas de respecter la langue de Molière, furent « épinglés » par l’APF. Au début de ce mois, mes écrits passèrent sur le gril. Qui finançait cette mystérieuse Calédo-Polynésienne qui avait un avis sur à peu près tout et déconcertait par la justesse de ses analyses et son style percutant. J’ai donc reçu le verbatim de la réunion.

  • Le président : Madame la rapporteuse, vous avez la parole pour la synthèse de notre enquête.
  • (Madame X) : Je proteste, Monsieur le Président, pour votre usage inadéquat de langue de Molière et, qui plus est, se révèle insultant.
  • Le Président : Je suis allé à l’école, moi, Madame !
  • Madame X : Et vous n’en avez retenu que des clichés. Une femme, dans votre esprit, est une rapporteuse, ce qui, en bon français veut dire « cafteuse ». Or, Mesdames et Messieurs de la Commission secrète, j’exige la correction du PV, je ne suis pas « rapporteuse », mais « rapporteure ».
  • Le Président : Vous l’écrivez comment ?
  • Avec un e comme dans onyx.  
  • Comme dans onyx… ?
  • Oui, comme dans « onyx soit qui mal y pense » ![2]  
  • Le Président : Venez-en aux faits Madame la chargée de la synthèse !  
  • La rapporteure : Les billets de Maeva Takin, publiés sur son blog ou dans Pacific Pirates Média ont ceci de différent avec tous les cas étudiés précédemment, qu’ils sont écrits comme le ferait un prof de littérature française à l’UPF, langage décrypté avec talent par l’Intelligence superficielle qui annote les billets[3]. La conclusion unanime des membres de cette commission a été qu’il fallait donc les prendre au sérieux, bien loin des « torchons » sortis de la cour d’un roi fantoche ou d’une officine conspirationniste déjantée. Cependant, chaque groupe politique a d’abord émis un avis négatif, estimant que lesdits billets les visaient davantage que les deux autres. Le groupe le plus minoritaire croyait déceler des attaques trop évidentes dans les diatribes contre les antivax et les ralliements à la candidate bleu marine. Le groupe majoritaire s’agaçait de la proximité revendiquée entre Maeva Takin et le président Macron, mais aussi se sentait visé – au moins certains de ses membres – par les chroniques contre les antivax et un certain mépris pour la pharmacopée locale. Ne parlons pas du billet humoristique (enfin d’un humour que tous ne partageaient pas) sur le lavalava du président Brotherson. Ce qui suscitait des questions, c’était la vraie nature des relations entre Maeva et Emmanuel. Était-elle « l’œil de l’Élysée » à Papeete ? Que signifiait l’expression « la visiteuse du matin » ? Le groupe anciennement majoritaire se scandalisa de ses diatribes contre un ministre qui, à force d’être Alpha, devenait un gros Bêta (le tout écrit en grec dans le billet : α > δ = β)[4]. Ce groupe n’en pouvait plus des « raffinades » de Maeva qui visaient un éminent ex-ministre des Finances. De plus, les attaques contre le bas niveau du SMIG laissaient penser qu’elle soutenait trop les syndicalistes sous prétexte de soulager la misère. Passées les premières récriminations, chaque groupe chercha à évaluer ce que les billets de Maeva apportaient au débat politique. Seul le groupe ultra minoritaire ne trouva rien de positif, ses arrière-pensées politiques ayant été dévoilées par Maeva. L’ex-majorité estima qu’en approfondissant la lecture de l’œuvre de Maeva, on trouvait aussi de la sympathie, par exemple dans la nouvelle intitulée « Moi, Peretiteni »[5]. De plus, ses liens avec le président Macron laissaient supposer qu’elle souhaitait maintenir des liens avec la France. In fine, ce groupe ne regretta pas les « raffinades » en raison des distances prises avec l’ancien ministre. L’une des dirigeantes du groupe mit également en avant les positions féministes de Maeva Takin et en particulier son billet « Liberté-égalité-sororité[6] ». A contrario, le groupe majoritaire trouva des textes de Maeva en faveur de la souveraineté dans « La nuit coloniale »[7] qui s’achève sur une magnifique citation d’Henri Hiro :

« Peuple mā’ohi, reviens chez toi. Reviens sur ta terre, dans ta maison. Parle ta langue. N’oublie pas ton passé. Sois fier de ton histoire ».

Un membre de la majorité exprima même cette pensée : « à nous d’utiliser ses récits à notre profit comme vont le faire nos frères kanak et espérons que son intimité avec le chef de la puissance coloniale lui permettra de nous obtenir de l’argent magique ». Une membre de l’ex-majorité rétorqua alors : « vous n’aurez personne capable de détourner la pensée subtile de Maeva qui est tout entière tournée vers l’avenir, c’est-à-dire vers la France ». Le membre de la majorité déplora que la DGSI (les nouveaux renseignements généraux) ait refusé d’enquêter sur Maeva Takin, sans doute en raison de ses relations avec le président de la République, mais la nouvelle directrice du média d’investigations Mediapart aurait promis de déléguer une mission d’information en Polynésie.

En conclusion, Mesdames et Messieurs les représentant(e)s de cette digne assemblée, il semblerait que Maeva Takin ne représenterait de danger que pour ceux qui seraient tentés de fricoter avec de l’argent sale venu d’ailleurs.

Notre Commission estime que le Fenua peut se féliciter d’avoir une personnalité aussi brillante qui va donner une impulsion nouvelle à la littérature francophone et mā’ohiphone. Y a-t-il des questions ?

  • Un représentant de la majorité : Est-ce que le nouveau profil de Maeva Takin vous aurait incité finalement à autant d’indulgence envers elle ? Les Messieurs seraient-ils séduits par son look et les femmes désireuses de lui ressembler ?
  • Une représentante de l’ex-majorité : Je vais vous donner un conseil, chers collègues masculins : ne cherchez pas à harceler Maeva, vous ne savez pas encore ce qu’elle pourrait vous répliquer. Toc !
  • Merci chère collègue, un homme averti reverdit, comme disait Verdi dans « Les Quatre saisons »[8].

Ma « source » m’adressa quelques compliments complémentaires. Elle était enthousiaste à l’idée que les jeunes générations puissent disposer de deux modèles en littérature française : l’un provenant d’une Calédo-Polynésienne, l’autre d’une Franco-Malienne. J’en suis toute bouleversée. Me voilà l’égale d’Aya Nakamura ! Djadja !


Notes :

Heureusement, une fois encore, moi, l’Intelligence superficielle, je viens au secours des lecteurs que le vocabulaire de Maeva rebute.

[1] Ce n’est pas une vérité d’Évangile, mais cette absurdité a bien été proférée par le haut dignitaire d’une Église ayant pignon sur le lagon.

[2] La « source » de Maeva (« gorge profonde » ?) lui précisa que la rapporteure détestait le président de la Commission auquel elle reprochait son inculture. La formule « onyx soit… » était une boutade que le président n’était pas en capacité de comprendre.

[3] Cocorico !

[4] Heureusement que je suis là ! La formule signifiait que si Alpha se croit supérieur à Delta (le nom du virus qui fit des ravages en Polynésie), il devient un gros Bêta.

[5] Voir dans le premier livre de Maeva : Les noix de coco ne tombent que sur les imbéciles, ouvrage paru en 2019, page 83 et suivantes.

[6] Pour rappel, sororité est le pendant du mot fraternité (supposé concerner les frères), alors que sororité concerneraient les sœurs.

[7] Même ouvrage, lire la nouvelle conçue comme une pièce de théâtre : « La nuit coloniale », p. 151 et suivantes. Maeva espère toujours que ce projet théâtral sera repris par une équipe de comédiens.

[8] Chacun aura noté que ce n’est pas Verdi qui a écrit « Les Quatre saisons », mais Vivaldi !

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