Le poète Kenneth White vient de mourir

Figure majeure de la littérature contemporaine, l’écrivain d’origine écossaise Kenneth White est décédé le 11 août dernier, dans sa maison de Trebeurden dans les Côtes d’Armor, qui était devenue, depuis quarante ans, sa demeure dans laquelle il faisait retour après les nombreux voyages qui scandaient son expérience humaine et fournissaient la matière vivante de sa création poétique.

Poète et essayiste, professeur des universités françaises, auteur notamment d’Errances asiatiques en 1980, de L’archipel du songe, journal de voyage aux Caraïbes, La route bleue sur son voyage au Canada qui obtient le Prix Médicis en 1983, il est à l’origine de l’Institut international de Géopoétique, conçu comme fondement commun pour White des cultures du monde, théorisé dans ses essais et mis en œuvre dans ses récits et ses poèmes. L’esprit du voyageur, aux antipodes du touriste moderne et des intellectuels identitaires, ne se contente pas de traverser les lieux et les cultures ou de les garder fermées sur elles-mêmes, mais il interroge l’espace et ses signes, il demeure somme toute étranger, gardant la distance respectueuse et passionnée avec les lieux de rencontre. À travers l’écriture et la création artistique, il essaie de rétablir le rapport de l’Homme et de la terre, depuis longtemps brisé.

Ces éléments ont conduit à sa rencontre avec l’œuvre du voyageur Gauguin et à la participation au colloque pour le centenaire de sa mort à l’Université de la Polynésie française, début mars 2003, qui lui permit de partager l’admiration commune pour le peintre des autres participants comme le poète Michel Deguy et l’écrivain Michel Butor, récemment disparus, ainsi que de nombreux universitaires et historiens de l’art présents au colloque. Son étude « Parvenir à la béatitude » met en lumière chez Gauguin, surtout dans les dernières œuvres, l’intention de faire parvenir l’esprit à la béatitude, mettant l’accent sur le rapport fondamental au sacré de toute la création de Paul Gauguin.

Quelques années après, il avait donné sa contribution au numéro de la revue éditée à Tahiti Confluences avec un article intitulé « La stratégie du passage », permettant ainsi aux lecteurs tahitiens de méditer un texte important de la littérature contemporaine.