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En 2017, John Banville, célèbre journaliste irlandais et critique acerbe de James Joyce, a publié dans le journal américain The Nation un long article qui accuse Ernest Hemingway d’avoir été surévalué et de représenter la masculinité devenue détestable. « En affirmant le fait que l’on puisse être un écrivain et un littérateur, en préservant en même…

Ces idioties progressistes, fidèles à l’air du temps, affirment l’impossibilité désormais d’être écrivain et viril, participant à la démasculinisation (sic) de la création artistique, au rejet du patriarcat au profit de l’uniformité culturelle, effaçant ainsi, parmi tant d’autres textes modernes, Martin Éden de Jack London ou Le hussard sur le toit de Jean Giono.

L’université des Highlands et des îles d’Inverness en Écosse a surenchéri, informant ses étudiants que le célèbre roman de Hemingway Le Vieil homme et la mer (The Old man and the Sea) écrit en 1951 présente de nombreux thèmes qui doivent être déconstruits. Le prix Nobel de littérature en 1954 raconte l’histoire d’un vieux pêcheur cubain aux prises avec un grand espadon dans la mer des Caraïbes. La célébrité du roman réside dans l’esprit d’endurance de l’humanité qui ne se plie pas devant l’adversité et qui affronte les forces du mal, comme le capitaine Achab dans Moby Dick de Melville. Cette ancienne valeur de la littérature occidentale depuis Homère pourrait selon l’université contemporaine troubler la jeunesse vouée à la religion du Bien, adepte de l’écologie opposée à la chasse et à la pêche. La glaciation de l’esprit semble aller de pair avec le militantisme contre le réchauffement climatique, même si ce dernier occupe désormais tout le terrain.

Les postures moralisatrices de la nouvelle institution universitaire ont suscité de nombreuses réactions. Mary Dearborn, biographe d’Hemingway, a déclaré : « C’est une bêtise que de penser que les étudiants puissent être encouragés à se tenir loin du livre. Le monde est un lieu violent et penser le contraire est mauvais. Une grande partie de la violence dans l’histoire est enracinée dans le monde naturel. C’est une loi de la nature. »

« L’apprentissage de la lecture critique du monde qui est l’essence même de la littérature a fait place à « l’information » qui se moule sur la mode du politically correct »


À son tour, l’université de Glasgow a mis en garde les étudiants du « haut contenu de violence » présent dans les nouvelles pour enfants des frères Grimm, de Blanche Neige, du Petit Chaperon rouge, et Hansel et Gretel.

L’université anglophone, américaine et canadienne en particulier, est devenue la porte-parole de la cancel culture, et déclare : « Nous avons fourni un avis de contenu sur la demande de nos propres étudiants qui aimeraient être informés en avance de telles choses. Nous avons donc le devoir de prendre soin de nos étudiants pour les aider à faire un choix informé. »
L’apprentissage de la lecture critique du monde qui est l’essence même de la littérature a fait place à « l’information » qui se moule sur la mode du politically correct, qui réalise enfin la docta ignorantia, l’ignorance des savants, public majoritaire de nos universités qui ne comprend pas la plupart du temps ce qu’il lit.

L’université française était jusqu’ici relativement épargnée par le « wokisme » et l’indigénisme, mais récemment la nomination comme ministre de l’Éducation nationale (sic) d’un représentant des nouvelles tendances de l’américanisme intellectuel fait, comme dirait Jean-Marc Regnault, que « Rome n’est plus dans Rome », grâce à Pap Ndiaye.

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