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Tandis que Gaston Flosse vient d’être éliminé aux portes des Territoriales 2023, après avoir été condamné pour fausse déclaration de bail et inscription indue sur une liste électorale à Papeete, dans l’affaire du studio qu’il disait louer au sein de la permanence de son parti politique (lire notre article ici), Édouard Fritch rêve, lui, d’un troisième mandat. L’actuel président de la Polynésie française et chef de file du Tapura souhaite en effet mener la liste du parti majoritaire aux prochaines élections, mais une question juridique est au cœur de tous les débats : peut-il se représenter encore une fois alors que le statut du Pays n’autorise que deux mandats de cinq ans successifs ? Fritch n’ayant succédé à Flosse que 4 ans lors de son premier mandat et terminant son second mandat de 5 ans, la réponse n’est pas si simple. Si la classe politique locale se tortille depuis longue date sur ce point crucial, le nouveau Haut-commissaire ne compte pas attendre et veut trancher avant les échéances électorales. Éric Spitz a ainsi annoncé à Radio 1 que le ministre de l’Intérieur saisirait le Conseil d’État au sujet de la légalité d’un éventuel troisième mandat de président pour « Doudou ». D’ailleurs, cette demande aurait même déjà été faite en début de semaine par le Gouvernement central à Paris.

Bien que le suspense ne soit pas vraiment à son comble, car on imagine que conserver le « pion » Fritch sur l’échiquier politique local ferait les affaires de la Macronie, on peut s’interroger sur le contexte dans lequel « Doudou » reprend son bâton de pèlerin.La défaite cuisante du Tapura aux dernières législatives ayant joué un rôle d’accélérateur de la crise politique, les élus quittent le groupe Tapura un à un, et le navire prend l’eau ! Après les élus Putai Taae (ex-maire de Papara, condamné pour détournement de fonds publics) et Ueva Hamblin (maire de Tautira), qui ont décidé de rejoindre le Tavini, Teva Rohfritsch, Nicole Bouteau et Philip Schyle ont annoncé quitter, eux aussi, le parti rouge et blanc, refusant de « continuer à évoluer dans cette spirale négative » (lire notre article ici)… Il y a quelques jours, c’était au tour du représentant Tapura de Rangiroa, Bernard Natua (tout juste condamné à dix mois de prison avec sursis pour « violences avec arme »), de démissionner du parti majoritaire pour rejoindre la formation A Here ia Porinetia. Encore un élu qui n’hésite pas à retourner sa veste plusieurs fois, car on se souvient qu’il avait déjà quitté le Tapura en 2020 afin d’intégrer les rangs de A Here Ia Porinetia, avant de retourner au Tapura moins d’un an après. Ils vont sûrement tous nous expliquer que « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », comme le disait Edgar Faure.

La question épineuse de la probité de nos chers élus

Aussi, la nouvelle et récente condamnation de Gaston Flosse, 91 ans, me permet de relancer une autre question épineuse que nous avions abordée avec mon équipe lorsque j’étais rédacteur en chef de Tahiti Pacifique Magazine : celle de la probité de nos chers élus ! Car n’oublions pas tout de même que notre actuel Président qui brigue donc un 3e mandat s’est déjà retrouvé quatre fois devant le tribunal dans le cadre de ses fonctions politiques. Pour rappel, « Doudou » est passé à la barre en 2016 pour « prise illégale d’intérêts » dans l’affaire Radio Maohi. Il n’avait pas alors écopé de peine d’inéligibilité, mais avait été condamné à 2 millions de Fcfp d’amende pour avoir attribué 15 millions de Fcfp de subventions à la radio politique du Tahoeraa, lorsqu’il était maire de Pirae en 2007. En outre, il a été relaxé en 2012 avec René Temeharo et Gaston Flosse pour une affaire de mise à disposition de fonctionnaires, ainsi qu’en 2014 dans le dossier Anuanuraro. Sa dernière affaire concerne des « détournements de fonds publics » autour de la citerne d’Erima, pour laquelle l’élève a été condamné aux côtés de son maître pour avoir fait supporter aux administrés de Pirae l’adduction en eau au domicile de Gaston Flosse, à Arue, pendant vingt ans. Le Vieux Lion a écopé de deux ans de prison avec sursis, 10 millions de Fcfp d’amende, ainsi qu’à 5 années d’inéligibilité, tandis que « Doudou » s’en est tiré avec une simple amende de 5 millions de Fcfp, sans avoir de peine de prison ni être rendu inéligible.

Au vu du nombre d’hommes politiques ou de responsables corrompus à Tahiti et dans les îles, on devrait lancer un concours : celui qui trempe le mieux le doigt dans la confiture ! D’ailleurs, souvent, ce n’est plus le doigt, mais le bras entier qui plonge dans le pot… Un colloque très instructif s’est tenu en mai 2021 à l’Université pour lutter contre le manque de probité et la corruption chez les politiciens, dont certains sont des « délinquants en col blanc ». On y a appris que le nombre d’affaires politico-financières dans le viseur de la justice oscille entre 21 et 47 chaque année au Fenua ! Aussi, la population a perdu confiance en ses élus et en l’institution judiciaire ; elle réclame une seule chose : de la transparence. Rien de plus légitime, n’est-ce pas ? Partout en France métropolitaine et en Outre-mer, il existe des organismes destinés à coordonner la lutte anti-fraude. Seule exception : la Polynésie française… Encore une spécificité locale ?

Ensemble, faisons bouger les lignes pour « un vent de liberté » !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

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