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Nos lecteurs se rappellent l’arrêté par lequel le gouverneur a cru devoir défendre la upaupa (Messager de Tahiti du 13 mars 1853), danse toujours accompagnée et suivie d’excès regrettables. La ronde que nous publions aujourd’hui en donnera l’idée, bien affaiblie toutefois par la décence du langage.

LA HOUPAHOUPAH. (Ute no te upaupa).

RONDE DES ARIOYS[1]

Air noté par M. Noctua…

(ou des Bohémiens)

Oah ! le pahou[2] bat, oah[3]

Jour de joie,

Où tout deuil se noie ;

Oah ! le pahou bat, oah !

Courons à la houpa-houpa[4].

Chalumeaux de Tautira,

L’air frissonne

Aux doux vents d’automne ;

Chalumeaux de Tautira,

Sonnez, le bonheur nous luira.

Fraîche et parfumée entrera,

Toute belle

Qu’amour appelle,

Fraîche et parfumée entrera,

Dès qu’un amant la nommera[5].

Aux jaloux disons « ahoua ! »[6]

Hors la ronde

L’époux qui gronde !

Aux jaloux disons « ahoua ! »

Dieu même à l’enfer les voua.

Quand sur son cocotier monta

Mammatroffre [sic]

Qu’un mari coffre,

Quand sur son cocotier monta

Puis du haut se précipita[7].

Voltige, nymphe de Para,

D’œil, de geste

Et de jambe leste ;

Voltige, nymphe de Para,

Sème tes fleurs, désir naîtra.

Bondis, crins [sic] épars, dans l’houra[8]

Gorge nue,

Eblouis la vue ;

Bondis, cris [sic] épars, dans l’houra :

Ta ceinture s’y dénoûra.

Tournoyez, filles de Mara ;

Comme trombe

Ahou[9] vole et tombe ;

Tournoyez, filles de Mara,

Sans voiles, la beauté vaincra[10].

II

Oah ! le pahou bat, oah !

Jour de joie,

Où tout deuil se noie !

Oah ! le pahou bat, oah !

Humectons la houppahoupah.

Dents blanches ont mâché l’ava[11]

Dans sa tourne [tonne ?]

Ardent il bouillonne ;

Dents blanches ont mâché l’ava,

D’un coup défonçons l’apoua[12] !

Vierges, plongez-y le taha[13] :

Coupe emplie,

Aux baisers s’allie ;

Vierges, plongez-y le taha ;

Sur vos lèvres l’amour boira.

Beauté qui craint s’enivrera,

Dans l’ivresse

Est franche caresse ;

Beauté qui craint s’enivrera,

Et d’ardeurs son sein enflera.

L’Urû[14] m’inspire : « oaoa[15] »

« Pêle-mêle

« Qu’on s’entremêle »

L’Urù m’inspire : « oaoa »

« Volupté, sois notre Atoua[16] ! »

« Si l’amour s’égare, il rira :

Nouvelle âme,

Nouvelle flamme ;

Si l’amour s’égare, il rira :

Son feu dans tout troc [sic] doublera. »

« Tournons, tournons, sonne l’apa[17],

Qu’on s’unisse !

L’heure est propice ;

Tournons, tournons, sonne l’apa !

En festons le chœur s’enlaça ! »

Le jour s’éteint ; soudain voilà

Qu’en liesse

Un couple s’affaisse ;

Le jour s’éteint ; soudain voilà

Sein contre sein que tout roula.

Le vent dort, pahou plus ne bat ;

Nuit soupire

Un mourant délire ;

Le vent dort, pahou plus ne bat ;

Ci finit le joyeux sabbat.

Réveillez la mémoire des vieux chefs qui, dans leurs beaux jours, ont dansé cette houpahoupah échevelée, vous verrez leur visage s’épanouir, leurs lèvres se gonfler, le plaisir briller dans leurs yeux, et du fond du cœur ils vous diront : c’était bien amusant. Et pourtant ils en ont tous demandé et voté la suppression comme du symbole du paganisme.


[1] Arioys, sorte de Bohémiens de haut rang, qui formaient une association dont la débauche étaient [sic] l’unique règle.

[2] Pahu, espèce de tambour ; long cylindre dont l’une des extrémités est recouverte d’une peau de requin bien tendue sur laquelle on frappe avec les doigts.

[3] Oa ! cri de joie ; l’oéh ! des poètes anacréontiques.

[4] Upaua, danse frénétique.

[5] … Au moindre signe toute femme devait se prêter à ce qu’on demandait d’elle. C’était la loi du lieu.

[6] Ahua ! Cri de malédiction.

[7] … On raconte encore à Tahiti l’histoire de cette jeune fille, pour donner une idée de la passion des Tahitiennes pour la upaupa.

[8] Hura, figure de danse dont les mouvements sont vifs et lascifs.

[9] Ahu, tout vêtement jusqu’au dernier.

[10] … A la fin de la pirouette les danseuses se trouvent dans l’état d’Hina (l’ève tahitienne) quand elle sortit des mains du Créateur.

[11] Ava, plante dont la racine mâchée et fermentée donne une liqueur enivrante.

[12] Apua, vieux mot qui signifie une espèce de jarre.

[13] Taha, coupe faite d’une noix de coco.

[14] Urû, souffle divin dont se prétendaient inspirés les prophètes tahitiens.

[15] Oaoa, cri de joie délirante ; l’évohé des bacchantes.

[16] Atua, Dieu.

[17] Apa, entrelacement des mains.

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