Le point sur les dernières nouvelles du front énergétique, avec quelques informations exclusives…
Plan Climat de Polynésie française (PCPF)
La réunion du comité de suivi du PCPF du 4 avril dernier a permis de faire le point sur la feuille de route du Pays : 200 actions envisagées par le Pays (42 %), le secteur privé (19 %), l’État (9 %), les communes (7 %), les associations (9 %)… Ces actions permettraient de passer “seulement” de 11 à 9 tonnes de CO2e/hab/an à l’horizon 2030, loin de l’objectif affiché de 5,5 tonnes. Le manque d’actions structurantes fortes ainsi que d’actions règlementaires et fiscales en sont les causes principales.
Rappelons que l’un des enjeux du PCPF est de “valoriser au niveau national (voire international) le travail réalisé en Polynésie en matière de décarbonation et d’adaptation au changement climatique”… afin, notamment, d’obtenir le soutien financier de l’État ou d’autres bailleurs de fonds. Les objectifs du Pays rejoignent les stratégies nationales dites “Bas Carbone”, “Biodiversité” et “Adaptation”.
La stratégie locale s’appuie sur cinq piliers : 1) Développer des territoires de proximité résilients, 2) Connaître, préserver, restaurer et valoriser les richesses naturelles, 3) Vivre et consommer durable, 4) Produire local et décarboné et 5) Déployer une gouvernance transversale.

De nombreuses fiches actions sont à préciser par les différents acteurs (budget, calendrier…) ou doivent trouver un pilote.
De manière unanime, selon les Directions du Pays, un frein majeur est le manque de moyens humains pour encadrer et suivre tous les nouveaux projets envisagés. Ou comment concilier rigueur budgétaire de fonctionnement du Pays et déploiement de nouvelles actions ?
L’équipe du PCPF souligne aussi que certains projets gouvernementaux, non présents dans ce plan, pourraient contrecarrer les efforts envisagés : aéroport international des Marquises, datacenter, objectif de 600 000 touristes… Ou comment déconnecter le développement économique de la production de gaz à effet de serre et des atteintes à l’environnement ?
Selon la Direction polynésienne de l’énergie, si les actions envisagées, très diverses, aboutissent, le taux de pénétration des EnR (Énergies renouvelables) devrait être de 55 à 60 % en 2030, soit +60 % en 10 ans. Pour faire davantage, l’équipe du PCPF préconise de relancer un programme hydroélectrique et d’engager une politique ambitieuse de sobriété.
La prochaine étape est la validation en comité de pilotage fin juin avant passage au CESEC, puis à l’Assemblée locale.
Deuxième appel à projets (AAP) pour le Fonds de transition énergétique (FTE) dit ”Macron”
Le premier AAP avait recueilli 28 dossiers pour 4,3 milliards de francs d’aide demandée. En décembre 2023, huit projets avaient été retenus pour 1,2 milliard d’aide, essentiellement des centrales hybrides photovoltaïque/gazole et des unités de production photovoltaïque sur toiture avec stockage, réparties dans les archipels : Maiao, Tahaa, Taputapuatea, Tikehau, Hao, Tahuata et Rurutu.
Le deuxième AAP devrait recouvrir davantage de diversité dans les projets et concerner aussi Tahiti avec, en sus du photovoltaïque, de la production d’énergie électrique et de chaleur à partir de biomasse ou de la production de froid (SWAC), ainsi que du stockage d’énergie.
En ce qui concerne ce dernier point, les bruits de couloirs nous indiquent que :
- la TEP (Transport d’énergie électrique en Polynésie) aurait déposé un projet d’études complémentaires pour deux batteries électrochimiques de 15 MW-60 MWh chacune, qui seraient à terme probablement positionnées aux postes d’interconnexion d’Arue et de Faaone ; ceci fait suite à l’étude RTEi (Réseau de transport d’électricité, international) évoquée dans notre article de février dernier ; le calendrier est serré si l’objectif est une mise en service d’au moins une batterie en 2027 ;
- Marama Nui aurait proposé deux projets du type Station de Transfert d’Energie par Pompage (STEP) soit en études, soit en investissement ; voir davantage de détails plus bas dans cet article.
On rappelle que le développement du stockage d’énergie est indispensable en vue du renforcement de nos capacités de production en EnR et afin d’assurer l’adéquation offre/demande et la stabilité du réseau, ceci au-delà de l’horizon 2027/2030.
La date limite des dossiers finalisés est fixée au 31 juillet 2024.
Toujours du soutien aux hydrocarbures !
- Prix du kWh et soutien au prix du gazole
Le gouvernement par la voix de son ministre de l’Économie (interview sur TNTV du 29/04/2024) se félicite de son action de maintien du prix du kWh, au nom de la lutte contre la vie chère.
La contrepartie est le soutien par le budget du Pays au prix du gazole brûlé dans les centrales thermiques. Des montants considérables (2 milliards de Fcfp en 2023 ; 3,9 milliards de Fcfp rien que pour le 1er trimestre 2024 et 2 milliards inscrits au dernier collectif budgétaire) que les contribuables supportent, quel que soit leur profil de consommation d’électricité. Comme le dit Florent Venayre, dans son article du 1er juin 2024, “cela revient à subventionner par l’impôt de tous, le plein de grosses cylindrées coûteuses ou le fonctionnement de belles villas climatisées avec piscine. De quoi s’interroger sur le caractère social et juste de la mesure”.
Jusqu’à quand, se demandait Didier Pouzou, directeur général d’EDT, en février dernier ? Celui-ci proposait également la création d’un fonds de solidarité qui permettrait de compenser l’impact d’une augmentation des tarifs sur les foyers les plus démunis.
Une vérité des prix est souhaitable : ces subventions sont antinomiques avec la volonté de réduction des gaz à effet de serre, la sobriété et le développement des EnR ! A quand un changement de cap ?

- Déplacement du stockage des hydrocarbures
Le serpent de mer du déplacement du stockage des hydrocarbures refait surface. Un appel d’offres pour « étude technico-économique sur la faisabilité de relocaliser les dépôts d’hydrocarbures sur la côte Est de Tahiti » a été lancé par Grands Projets de Tahiti. La remise des offres a eu lieu le 11 mars dernier.
Bien que l’horizon d’études soit 2060, cette étude a de quoi surprendre quand de très lourds investissements sont en cours à Motu Uta et qu’à cet horizon, le poids des hydrocarbures devrait être considérablement réduit eu égard les objectifs annoncés par le Pays !
Frémissement du côté de l’hydroélectricité ?
- Où en est le projet de la « Cote 95 » ?
Le projet « Cote 95 » de Marama Nui dans la vallée de la Papenoo (un gain de 10 m de chute avec un nouveau bassin), conçu il y a plusieurs années, semble bien tarder. C’est un investissement évalué à 2,5 milliards de francs. Est-ce dû à des études complémentaires demandées par le Pays ou à la prudence du pouvoir face aux réactions des associations environnementales ? A moins que Marama Nui veuille profiter du FTE et attende l’attribution des subventions. Dans ce dernier cas, un temps précieux est perdu car nous pensons que cette société et son groupe Engie ont les moyens d’autofinancer ce projet…
- Projets de STEP
Marama Nui a également dans ses cartons deux projets de STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage). Ce type d’ouvrage permet un stockage d’énergie avec un rendement voisin de 75 %.
Ces projets complétant des ouvrages existants n’utilisent pas les turbines déjà posées en mode pompage car leurs positions en altitude sont au-dessus du niveau d’eau des bassins : ils nécessitent donc la mise en place de pompes (puissance maximale unitaire de 1 MW).

Une STEP, située dans la vallée de la Titaaviri (Papeari), fonctionnerait entre les deux bassins existants de la vallée :
- bassin aval de 40 000 m3 ;
- deux pompes de 1 MW qui utiliseraient lors du pompage la conduite existante ;
- bassin amont de 450 000 m3 ;
- turbine existante de 1 250 kW pour une hauteur de chute entre les bassins d’environ 130 m.
Ce projet nécessite peu de travaux et aura un impact environnemental très limité. Nous ne connaissons pas le volume annuel d’énergie électrique concerné.
La deuxième STEP située dans la vallée de Vaiiha (Faaone) utiliserait :
- un bassin à créer en aval de la Vaiiha ;
- 16 pompes de 1 MW ;
- une nouvelle conduite à poser entre les bassins aval et amont, utilisée uniquement pour le pompage ;
- en amont, un des bassins existants de Faatautia (Faaone) de 600 000 m3 ;
- les deux turbines existantes de l’étage aval de Faatautia, 3 000 kW chacune pour une hauteur de chute d’environ 500 m.
Ce deuxième projet est d’une toute autre ampleur. La vallée de Vaiiha est celle qui présente le plus gros potentiel hydroélectrique à Tahiti. Néanmoins, elle abrite de nombreux sites archéologiques ainsi que des espèces protégées voire endémiques de la vallée. Afin d’atténuer l’impact des travaux, le bassin devra être positionné bien en aval afin de pouvoir faire de la haute vallée une zone protégée.
- Une centrale hydroélectrique à Tautira ?
Un projet de centrale hydroélectrique d’une puissance d’environ 7,2 MW est envisagée sur la Vaitapiha à Tautira. Il est porté par les sociétés Langa International (producteur EnR) et CEREG (bureau d’études en hydraulique) ainsi qu’une association de propriétaires fonciers, regroupés au sein d’un GIE.
Une grande attention semble avoir été portée aux desiderata des riverains : absence de tout barrage, préservation de l’environnement, désenclavement de la vallée (environ 8 km de pistes à créer), soutien à des projets de développement durable (agriculture, tourisme, culture) ainsi qu’une éventuelle fourniture d’eau potable à la commune.
Des prises d’eau par en-dessous alimenteraient deux centrales situées aux cotes 10 m et 160 m avec des hauteurs de chutes respectives de 140 m et 65 m. La première phase de travaux concernerait la centrale en aval. La production annuelle totale correspondrait à 4 % de celle de Tahiti. Le budget d’investissement serait de l’ordre de 5 à 6 milliards de francs.
Pour le raccordement au réseau de transport existant, une ligne moyenne tension d’une longueur de 12 km aboutissant au poste de Taravao est envisagée.
La mise en service de la première tranche pourrait intervenir fin 2026.
D’après une étude de 2015, la Vaitapiha atteint la quatrième place des vallées présentant le plus fort potentiel hydrologique. La basse vallée est essentiellement réservée à l’agriculture. La moyenne et la haute vallée, bien préservées, abritent un patrimoine culturel et naturel important. L’ensemble présente un fort intérêt touristique (baignade, randonnées, patrimoine…).
Du côté du photovoltaïque
- Centrales photovoltaïques pour revente
Suite aux demandes répétées des installateurs et des investisseurs, la Direction polynésienne de l’énergie étudie les modalités pour développer les équipements photovoltaïques sur toiture destinés à la seule revente. Suppression de l’abonnement EDT, tarifs d’achat et modalités sont en cours de discussion. La rentabilité de telles opérations sera améliorée et diminuera la pression sur le foncier au sol.
Une première tranche de 5 MWc serait envisagée et intégrée au deuxième AAP de fermes solaires qui prend bien du retard.
En outre, une remise à plat des conditions de raccordement de tout type de centrale photovoltaïque est en cours de discussion avec les installateurs et les délégataires de concessions, et devrait être actée en fin d’année.
Une bonne nouvelle pour le secteur d’activité et pour l’environnement !

- Aide à l’Investissement des Ménages (AIM) et photovoltaïque
Par arrêté n°501 du conseil des ministres du 18 avril dernier, les propriétaires des seules habitations non raccordées à un réseau électrique peuvent inclure dans leur demande d’AIM les coûts d’achat et d’installation d’équipements de production photovoltaïque. Une avancée intéressante mais somme toute assez limitée car le demandeur doit obligatoirement contracter un prêt immobilier auprès d’une banque, ce qui n’est pas possible pour de nombreux ménages vivant en site isolé.
- Raccordement des installations photovoltaïques sur Moorea
Le 1er janvier 2023, la concession de Moorea était confiée à un nouveau gestionnaire : l’EPIC Te Ito Rau no Moorea-Maiao. Cet établissement annonçait alors une production d’électricité verte à 80 % à horizon 2030.
Toutefois, les clients nouvellement équipés d’une centrale photovoltaïque depuis janvier 2023, ont dû beaucoup patienter ! Le raccordement au réseau de ces centrales n’a repris que depuis le mois d’avril 2024. La liste d’attente semble être très longue !
En effet, selon un article de Tahiti Infos du 14 mai dernier, certaines zones de Moorea ont des réseaux électriques sous-dimensionnés et peuvent donc très difficilement accueillir de nouveaux producteurs, surtout ceux dont l’autoconsommation est faible. L’EPIC planche sur un schéma directeur général qui inclura nécessairement un renforcement conséquent de son réseau.
- Ferme solaire de Tikehau
Electricité de Polynésie (filiale d’EDT, délégataire de la concession de Rangiroa) a obtenu par arrêté du 13 mars 2024 l’autorisation préalable d’exploiter une centrale photovoltaïque de 1 MWc avec un stockage par batteries de 1 MVA – 3 MWh sur l’atoll de Tikehau, commune de Rangiroa. Le marché des travaux sera attribué en août prochain. Ce projet bénéficie de l’aide du FTE à hauteur de 25 % de l’investissement.
Ce projet fait partie d’un programme d’équipement photovoltaïque d’EDP sur l’ensemble des quatre îles composant la commune de Rangiroa. Programme qui semble se heurter à des problématiques de foncier.
- Renforcement de la centrale hybride de Makatea (arrêté 4506 du 6/05/2024)
La centrale hybride photovoltaïque/diesel de Makatea va être renforcée par Electricité de Polynésie. La puissance installée en modules photovoltaïques va passer de 45 kWc à 82 kWc. De plus, une batterie Lithium-Fer-Phosphate (LiFePO4) de 72 kW-262 kWh permettra de réduire davantage encore l’usage du groupe thermique et assurera une grande partie de la consommation nocturne.
Le choix de ce type de batteries au lieu des très fréquents Li-ion s’explique, malgré un coût plus élevé, par une durée de vie plus importante ainsi qu’une plus grande sûreté et stabilité thermique. Rappelons que Makatea, une cinquantaine d’habitants, n’est accessible que par voie maritime et de manière peu aisée.
- Nouvelle centrale hybride à Makemo (arrêté 4511 du 6/052024)
La société Électricité de Polynésie est autorisée à exploiter une unité de production d’énergie photovoltaïque de 420 kWc couplée à un stockage centralisé d’énergie électrique de 500 kVA – 500 kWh, et un groupe électrogène de 250 kVA en renouvellement d’un des groupes, à la centrale de Makemo.
EDP est le nouveau concessionnaire de l’île depuis mi-2023.
Une page s’est tournée après 15 ans de grandes difficultés qui ont malheureusement terni fortement l’image de l’énergie éolienne aux yeux des Polynésiens.
- Refus d’octroi de subventions pour des projets photovoltaïques
Une série d’arrêtés du conseil des ministres des 18 et 19 avril derniers refuse l’octroi du concours financier du Pays en faveur de :
- Commune de Arutua : remise à niveau et extension des installations de production et de distribution d’énergie électrique (études, réseau et équipements de production) ;
- Commune de Hereheretue (Rangiroa) : centrales solaires pour école et hangar ;
- Immeuble Faremiro du SIVMTG (Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple des Tuamotu-Gambier) : centrale photovoltaïque pour autoconsommation.
Il semblerait que la raison en est l’épuisement de la ligne budgétaire du Pays consacrée à ce type de projets.
Si la transition énergétique est gourmande en fonds d’investissement, elle l’est beaucoup moins en frais de fonctionnement.
Si les ressources du Pays ne sont pas inépuisables, la volonté politique ambitieuse affichée du Pays en matière de taux de pénétration des EnR et de réduction des GES devrait conduire celui-ci à prioriser ces projets.
