Retour

Depuis plus d’un an, l’Afghanistan est tombé sous le joug des Talibans et les femmes ont perdu toute liberté. En Iran, depuis plus de quarante ans les femmes sont opprimées par un pouvoir tyrannique. La mort, le 16 septembre 2022, de la jeune Iranienne Mahsa Amini, tombée dans le coma deux heures après avoir été conduite dans un commissariat par la police des mœurs pour un voile pas assez ajusté a embrasé l’Iran où, malgré une répression féroce, les gens manifestent depuis trois semaines. Chaque jour, il y a des morts, des blessés, des arrestations. En Afghanistan, des femmes manifestent pour leurs droits mais aussi pour soutenir leurs sœurs iraniennes et les manifestants.
Ces manifestations sont peut-être le début d’une véritable révolution dans cette région du monde qui aura des répercussions, on peut l’espérer, dans le monde entier en ce qui concerne le droit des femmes.
J’ai voulu rendre hommage à cette jeune femme de 22 ans immolée par des barbares, au courage héroïque de ces femmes d’Iran et d’Afghanistan, et des hommes qui les accompagnent, en faisant ce que je peux : écrire des textes. Je confie à PPM deux de ces poèmes que j’ai écrits avec une grande émotion.

POUR MAHSA

Le 13 septembre 2022, en Iran, à Téhéran, une jeune fille de 22 ans, MAHSA AMINI, qui marchait dans la rue avec son frère, a été arrêtée par la Police des moeurs car, de son voile, s’échappait une mèche de cheveux. Conduite au commissariat, elle a été transportée dans le coma deux heures après dans un hôpital, où elle est morte au bout de trois jours. Son enterrement au Kurdistan iranien a été l’occasion d’une véritable manifestation puis tout l’Iran s’est embrasé et, malgré une répression féroce, les Iraniennes et Iraniens ne cessent de manifester, contre le port obligatoire du voile et contre le régime tyrannique de leur pays. Trois semaines après ces évènements, il y a plus de 100 morts et de nombreux blessés parmi les manifestants.

Toute une partie de mon cœur me fait mal ce soir :

MAHSA, tu aurais pu être ma sœur                                                                                                                    

Si le hasard m’avait fait naître iranienne,

Ma fille, si tu avais été conçue de mon amour pour un homme de ton pays,

Mon amie si je t’avais connue.

Ma culture vient de France mais mon cœur n’a pas de nation.

Il souffre avec celui de mes sœurs iraniennes maltraitées

Il souffre avec celui de mes sœurs afghanes enfermées

Il souffre avec celui de mes sœurs de RDC violées

Il souffre avec celui de mes sœurs kurdes d’Irak et de Syrie tuées au combat

Il souffre avec mes sœurs d’Ukraine qui découvrent le corps de leur enfant

Sous des décombres ou dans un charnier.

Il souffre avec celui de mes sœurs russes qui voient partir leur fils envoyé de force à la guerre.

Il souffre avec celui de tous les enfants du monde maltraités, avec celui de toutes les petites filles mariées de force, prostituées, violées,

Avec celui de tous les innocents emprisonnés, torturés, massacrés.

Il souffre de la cruauté du monde, du mal sans cesse en action, du patriarcat menaçant.

Mais ce soir il souffre au côté de l’Iran,

Car, ce soir, je pense au frère de MAHSA                                                                                                  

Qui a vu sa sœur arrêtée, qui l’a revue dans le coma puis morte,

Je pense aux parents de MAHSA, accablés de douleur, qui ont refusé de trahir leur fille en mentant1                                                                                                                                               

Je pense à sa famille, à ses amis,

À tous ceux qui ont suivi son cercueil au lieu de suivre ses noces,

Je pense aux manifestants qui risquent leur peau pour MAHSA

Car en Iran et dans le monde entier, MAHSA veut désormais dire LIBERTÉ.

Mais en Iran, on meurt pour avoir crié « Liberté ».

C’est bien peu de chose d’écrire pour toi, MAHSA,                                                                                         

Car, moi, je ne risque ni ma vie, ni la prison, ni de mauvais traitements.

Je voudrais juste, MAHSA, que de ces mots émanent un peu de lumière,

Q’ils fassent savoir à ceux qui les liront que,                                                                                               

Certes, ta mort est irréparable mais que ton message ne peut pas mourir.

Jeune fille d’Iran, promise à la vie, immolée par la brutalité, l’intolérance, la barbarie,

MAHSA, tu es morte pour nous toutes, toutes les femmes

Que le patriarcat menace, plus ou moins, selon les pays,                                                                      

Selon les régimes, selon les époques.

MAHSA qui aurais pu être ma sœur, ma fille, mon amie.

MAHSA tu es notre héroïne

Car en Iran et dans le monde entier, désormais, MAHSA veut dire LIBERTÉ !


Note :

1 Le pouvoir a demandé aux parents de MAHSA de déclarer que leur fille souffrait d’une maladie cardiaque qui aurait provoqué sa mort accidentelle mais ils ont refusé de mentir.


DANSE POUR MAHSA

Une magnifique jeune danseuse de Kaboul est allée sur sa terrasse cheveux au vent et a longuement dansé sur une chanson inspirée en hommage à MAHSA AMINI, jeune Iranienne morte dans un commissariat, pour un voile mal ajusté et en soutien aux manifestants iraniens. Le film a été diffusé sur les réseaux sociaux.

Danse, danse, jeune femme de Kaboul

Danse sur ta terrasse, à Kaboul,

Danse, danse pour MAHSA,

Ta sœur iranienne

Morte sous les coups

Pour une mèche de cheveux échappée du voile.

Danse, cheveux au vent,

Danse, visage découvert,                                                                                                           

Révélant ta beauté

Danse sur un chant de libération,

Danse avec tes pieds, avec ton cœur, avec ton âme,

Danse pour MAHSA,

Danse pour ton pays

Danse pour toutes les femmes du monde

Que ton courage éblouit.

Danse, ma sœur, puis va te cacher dans la cave la plus sombre

Pour échapper à la vengeance absurde

À la méchanceté obscène de ces hommes émasculés de toute dignité, de tout respect,

À ces hommes qui ont oublié qu’ils sont nés d’une femme, que leurs enfants naîtront d’une femme,

Que sans nous ils ne sont que sarments secs dans le champ de la vie,

Qu’ils sont négation de la vie.

Danse, belle jeune femme, tellement plus belle

Que toutes les stars d’Hollywood,

Que toutes les bimbos, les influenceuses

De notre monde en perte de valeur.

Tous les diamants de toutes les couronnes de toutes les reines du monde

Ne pourraient pas te donner plus de beauté

Que ta danse inspirée, que l’accord parfait de ton corps avec ton cœur,

Que ton courage assumé.

Danse, danse belle jeune femme de Kaboul,

Danse pour MAHSA,

Danse pour nous toutes

Si petites devant toi !

Danse pour la vie

Car tu ES la vie !


Vidéo de la jeune danseuse de Kaboul qui rend hommage à MAHSA AMINI

Partage