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Une taxe progressive sur les produits sucrés vient d’être adoptée à la majorité par le Congrès de Nouvelle-Calédonie malgré l’opposition des groupes Rassemblement et Loyalistes qui s’inquiètent pour le pouvoir d’achat de la population. Cette mesure, dont l’objectif est de changer les habitudes de consommation, devrait rapporter plus de 3 milliards de Fcfp par an afin de financer les politiques de prévention des risques sanitaires.

Après un bras de fer qui aura duré sept ans, trois projets de loi et des dizaines de débats en commissions, les élus du Congrès ont voté à la majorité le projet de création d’une taxe sur les produits contenant du sucre. Si les groupes Loyalistes et Rassemblement estiment que cette mesure envoie un mauvais signal en période inflationniste et souhaitaient repousser une nouvelle fois l’examen de texte, elle a bien été adoptée.

Il faut dire que le bilan sanitaire, à l’image de la Polynésie française (lire ci-contre), est alarmant en Nouvelle-Calédonie. Les chiffres diffèrent selon les sources. Le quotidien numérique Les Nouvelles Calédoniennes (LNC) évoque un baromètre santé 2022 qui fait état de « 38 % d’obésité et 32 % de surpoids », responsable de 15 500 cas de diabète (dont 95 % de type 2), première pathologie du territoire calédonien. Et nos confrères de préciser : « Au-delà des conséquences humaines qu’elle engendre, cette maladie représente d’importantes dépenses de santé (7,7 milliards de francs par an) ».  

L’Agence France Presse (AFP) affirme quant à elle que « deux tiers des habitants de l’archipel sont en surpoids ou obèses, 11 % sont diabétiques et 54 % reconnaissent consommer des boissons sucrées au moins une fois par jour », selon une enquête de l’Agence sanitaire et sociale publiée en janvier dernier.

Cette taxe, dont le rendement est estimé à 3,3 milliards de Fcfp, sera évolutive en fonction du taux de sucre des produits visés, afin d’inviter les industriels du secteur à revoir leurs recettes. Elle sera basée sur des taux par tranche, en fonction de la teneur en sucre de chaque produit (voir ci-dessous).

« En misant sur une diminution ambitieuse de 20 % de la consommation des produits concernés, le rendement de la taxe s’établirait à 2,6 milliards de francs par an », précise aussi LNC.

Et en Polynésie, on attend quoi ?

Rappelons qu’une loi votée en 2013, dite loi Lurel, interdit la distribution de produits plus sucrés qu’en métropole dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), mais elle ne s’applique pas à la Nouvelle-Calédonie, seule compétente en la matière. C’est le même fonctionnement qu’en Polynésie française, avec les lois du pays adoptées par le Congrès calédonien, assemblée délibérante de l’archipel créée par l’Accord de Nouméa en 1998.

Alors, le gouvernement local attend quoi pour passer à l’action ? Au Fenua, les chiffres sont encore plus inquiétants : 70 % de la population est en surpoids et 40 % souffre d’obésité. Le sucre est une alimentation hautement addictive. Le sucre appelle le sucre… Il est grand temps de prendre ce problème de santé publique à bras le corps et de changer de braquet. On pourrait commencer par arrêter de placer des distributeurs de boissons sucrées dans les quartiers populaires !

Combien de temps encore les industriels de notre pays continueront à faire plier nos dirigeants et à empoisonner nos enfants ?

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