Pour ceux qui voudraient faire leur chemin en politique, il est quelques règles de base à apprendre ou à bien connaître. L’une d’elle et non des moindres est celle de la circulation de la parole ! Quel qu’en soit le sens des mots, positifs ou contraires, le fait de s’exprimer c’est déjà EXISTER. Mais informer n’est pas communiquer.
Moetai Brotherson est de ceux qui existent par la parole, ou par le verbe diront certains. Ouvert à l’usage de la technologie moderne, il a su séduire la jeunesse par ses interventions médiatisées. Son usage intensif du son et de l’image a contribué fortement à le propulser au plus haut niveau des responsabilités du Pays. Ne faudrait-il pas cependant y ajouter une dose de naïveté ?
En effet, quelques erreurs de débutant dans les premiers mois de son mandat ont ouvert la porte à certains qui ne se privent pas de verser de l’acidité dans les échanges au sein même des instances dirigeantes du Tavini.
Depuis son élection à la tête du gouvernement du Pays, il n’a cessé de paraître en communion avec la population tout en présentant son quotidien médiatisé. Probable erreur, en effet il ne suffit pas de se montrer Président, il convient surtout d’agir en Président.
Et c’est ici que les conceptions du rôle diffèrent de celles que retiennent les caciques du parti ! On s’accroche sur la composition du gouvernement, on formule des reproches sur la présentation d’un échéancier pour l’accession à l’indépendance, on estime que les discussions avec les représentants de l’État sont trop « cordiales »… on pollue les débats au sein de l’Assemblée par des réflexions sur l’emploi du temps d’un Président pour le moins voyageur.
Face à la bronca de certains de ces « amis » qui ne cessent de ternir l’image du gouvernement, mais aussi du parti, Moetai peut-il espérer sauver ce qui peut l’être ?
Les présidents des deux instances principales du Pays, Gouvernement et Assemblée, ont une fâcheuse tendance à privilégier les échanges au moyen de propos diffusés dans les médias de la place ou de liaisons internet.
Les représentants du groupe Tavini deviendront-ils des « geek1 » également ?
Le point critique semble bien avoir été le désaccord sur le projet de budget, lequel se doit d’être la vitrine de l’action future du gouvernement au travers des financements qui se trouvent votés (ou non !) par les représentants de l’Assemblée.
Confier ainsi l’avenir de son gouvernement dans les mains peu expérimentées du ministre des Finances représente une prise de risque non négligeable.
Le Président du Gouvernement serait-il joueur ?
S’il ne l’est pas, ou s’il revient aux réalités du terrain (la vie de Président n’est pas un long fleuve tranquille), il ne peut que chercher une porte de sortie honorable et prendre langue au sein du parti pour apaiser la situation. Réponse à son retour ?
Moetai, tout en récoltant les oignons de tulipe en Hollande, devrait se souvenir qu’il n’a pas été élu au suffrage universel ! Non ! Ce sont bien les représentants de l’APF qui « l’ont fait » Président.
Et les mêmes pourraient le « défaire » ! Cruel dilemme de la tragédie politique.
Moetai franchira-t-il le cap des 200 jours de mandat ? Le suspense devient insoutenable !
Le dernier épisode du projet de loi fiscale, proposé après « alignement des planètes », selon Tony Géros, démontre une fois de plus l’inexpérience de certains… En effet, les amendements déposés par AHIP ont disparu, et ne peuvent être redéposés, conformément au règlement de l’Assemblée ! Simplet ? Ou Machiavel ?
Remarquons cependant que Moetai a déjà largement battu les records d’illustres prédécesseurs, mieux qu’Oscar en 2004 (158 jours) et que Flosse en 2004-2005 (131 jours), c’est déjà une satisfaction non négligeable.
Selon toute vraisemblance, le Président Moetai sent que le parti dont il est issu ne peut se permettre une chicane dangereuse pour son avenir politique… Joueur ? Oui, mais pas trop !
Note :
1 Un geek est une personne très imaginative, adepte des technologies avec un intérêt particulier pour ce qui touche au domaine du fantastique. (Ils n’ont pas de particularité physique et ils ne sont plus vus comme des personnes asociales, l’image des geeks change, et il était temps !)

