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« Un thème sensible qui ne mérite aucune polémique et encore moins de critique… Les divers gouvernements ont fait tout ce qui est concevable et réalisable. » Dans un article du 12 juin 2025 paru dans Tahiti infos, un compte-rendu de la séance de questions à l’assemblée a présenté les analyses et les questions des représentants des principaux partis à madame la ministre de la Solidarité sur la situation préoccupante des SDF en Polynésie, et plus particulièrement à Tahiti. Ce compte-rendu est assez étonnant…

Le commentaire de la représentante du Tavini donne en effet un satisfecit global sur l’action des différents gouvernements en faveur des personnes en errance. « Chacun a fait et fait tout ce qui est concevable et réalisable », tout en constatant que la situation se dégrade.

La représentante du Tapura aborde quant à elle le problème des SDF essentiellement sur l’angle des nuisances et de l’insécurité notamment autour de la Cathédrale. Le vécu et la situation de ceux qu’on a appelé « les oiseaux de la rue » n’est manifestement pas au cœur des préoccupations et des débats. En un mot, cette population, en errance, dérange le voisinage politique, commerçant et la société aisée et bien-pensante. On semble découvrir un phénomène qui existe depuis des années mais dont l’ampleur se révèle de jours en jours. En bonne politique d’opposition, la leader politique appelle à des « mesures concrètes, immédiates et efficaces ».

Si j’ose m’exprimer aujourd’hui sur ce dossier, c’est pour plusieurs raisons :

. Tout d’abord au nom des responsabilités qui ont été les miennes il y a une dizaine d’années. Comme membre du bureau de la Croix-Rouge de Polynésie et en lien avec la section Outre-mer de la Croix-Rouge, on m’a confié la responsabilité de chef de projet pour étudier la possibilité de créer un SAMU SOCIAL polynésien pour répondre aux besoins des populations en situation d’errance et de précarité.

Ma démarche et celle d’un petit groupe de travail a été de s’appuyer sur les analyses et les actions conduites sur le terrain par diverses associations locales investies auprès des jeunes, des handicapés, du monde de la rue, de l’éducation, de la justice. De nombreuses réunions regroupant la majorité des associations ont permis de répertorier les types de populations en errance mais aussi de définir des pistes d’action, de proposer des structures (notamment en psychiatrie) et des moyens en formation d’assistants et accompagnateurs de ces personnes en errance. Cela a donné lieu à la rédaction d’un document complet appelé Te TAI’ VEVO qui a été remis officiellement au président du Pays en décembre 2015 et au Haut-commissaire. Ce document était très riche car la somme de toutes les analyses et des réflexions de la quasi-totalité des associations du Pays et acteurs sur le terrain.

Il est donc navrant de voir, qu’aujourd’hui, la représentante d’un grand parti politique puisse demander à madame Minarii Galenon : « quelles mesures concrètes , immédiates et efficaces », elle comptait prendre, comme si le rapport du collectif Te TA’I VEVO était ignoré de nos décideurs ou planqué au fond de tiroirs ministériels.

. J’invite également le plus grand nombre à lire l’article publié par mes soins dans PPM en avril 2023 intitulé « TARAHOI CITY et ses périphéries : du monde de l’aisance au monde de l’errance » où j’évoquais et décrivais les « boulevards de l’errance et de la précarité » allant de la Présidence à la CPS, en passant devant le CESEC, la place TARAHOI, l’Assemblée de la Polynésie et la rue commerçante. Dans cet article, j’opposais le monde de l’aisance au monde de l’errance avec des acteurs qui étaient géographiquement proches de la misère mais dans une grande distance existentielle. Cet article avait pour objectif de secouer le cocotier et de faire prendre conscience de la précarité et de la misère grandissante en Polynésie face à laquelle plus de 30 % d’une population aisée se contenterait de regarder ou de dénigrer en se lamentant des embarras qu’elle pouvait causer. Cette population errante donnerait une mauvaise image aux visiteurs de ce paradis sur terre que serait la Polynésie.

Quant aux actions concrètes, si les représentants à l’assemblée s’interrogent et ne se sentent pas aptes à les concevoir, il faut s’adresser aux gens de la rue. Ils vous diront : aidez-nous à construire et rechercher ensemble :

– un emploi et un salaire décent ;

– un logement digne ;

– une éducation solide ;

– un soutien et un accompagnement de travailleurs sociaux ;

– une formation professionnelle minimale ;

– un accompagnement médical et sanitaire.

SI JE RECONNAIS QUE LA REINSERTION DES PERSONNES en ERRANCE EST UNE TACHE DIFFICILE, il est nécessaire que les responsables politiques arrêtent de se draper dans l’autosatisfaction, dans des exercices de « parades » à usage de propagande (type repas politico-caritatifs).

Non, les responsables politiques n’ont pas tout fait ce qui est concevable et réalisable. La promotion humaine de ce monde de l’errance reste à faire. Cela demande de la ténacité, du courage, du temps et des sacrifices pour certains. Il faut former plus des accompagnateurs sociaux, améliorer les logements et s’attaquer aux problèmes des inégalités fortes dans ce Pays.

S’il veut vraiment s’engager, le pouvoir politique a deux références possibles et des supports pour agir et réduire cette misère :

– c’est d’abord, les analyses et conclusions du rapport du collectif TE TA’I VEVO paru il y a 10 ans mais dont une bonne part des propositions restent valables pour des actions concrètes ;

– le rapport du CESEC sur la pauvreté (tout récent). Beaucoup de propositions appelaient à des actions concrètes et efficaces.

Si les initiatives du Père Christophe et de ses équipes ont sensibilisé les médias, une part de la population et des politiques, l’œuvre accomplie et en cours reste dans le champ de la vocation de l’Église à servir les plus pauvres (avec soutien du politique et quelques acteurs privés). Cependant, il faut reconnaître que cet engagement, si admirable soit-il, ne pourra, à lui seul, résoudre les défis de l’errance et de la précarité grandissante. Ce sujet concerne tous les citoyens Polynésiens et tous les partis politiques dans la recherche d’une société plus juste et plus fraternelle.

Le temps n’est plus à l’autosatisfaction, aux lamentations et aux interrogations permanentes.

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3 réflexions au sujet de “Situation des SDF en question à Tarahoi : de qui se moque-t-on ?”

  1. Hélas ! Roland ! Tout n’a pas été fait. Et une petite musique actuellement laisse croire que la Polynésie souveraine trouverait les moyens de développer le pays. Autant dire aux pauvres qu’il leur suffit d’attendre des lendemains qui chantent…

  2. Comme le dit Roland Clavreul, « Tout n’a pas été fait ». Les inégalités sociales sont pour beaucoup dans cette spirale de la misère(à quand un impôt sur le revenu pour ceux qui gagnent suffisamment leur vie par exemple ?. Le Père Christophe et son équipe font tout ce qu’ils peuvent pour que ce ne soit pas pire mais leurs moyens sont limités. Au lieu de construire une nouvelle Assemblée de Pays ne pourrait-on pas construire des centres d’hébergement et des centres de formation qui complètent ce que le père Christophe a mis en place qui permettent à ces personnes de ne plus dormir dans la rue et de pouvoir prétendre à un emploi. En plus cela créerait des emplois! Déjà un centre hébergement pour les mineurs! Un pour les femmes avec enfants. Vu la hausse du prix des loyers ces dernières années, se loger devient de plus en plus difficile. Par contre beaucoup de personnes louent un logement sans le déclarer et payer un impôt, les Airbnb fleurissent partout (pas une petite chambre chez l’habitant mais des maisons entières achetées par des gens très nantis qui spéculent!) Régulation? Lois de Pays pour contrôler tout cela, encadrer les achats. Renforcer les contrôles permettraient de récupérer beaucoup d’argent. Etc. Etc

  3. Oui, les inégalités sociales se sont largement creusées…
    Autres idées :
    Il me semble qu’un foyer pour jeunes travailleurs avait été créé puis affecté à d’autres usagers…
    Une réactualisation des impôts fonciers pour cause d’extension, création d’une piscine…pourraient se faire rapidement avec une exploitation de données satellite. Sans doute, quelques centaines de millions à la clé…

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