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Ce 29 juin 2023, la stèle de Tavararo érigée en 1985 par la commune de Faa’a en mémoire « des guerriers de Faa’a tués en 1844 lors des combats contre des soldats français pour protéger leur pays et leur indépendance » était à l’honneur avec la présence du Haut-commissaire de la République en Polynésie française. Le texte…

Le 31 janvier 1844, la Reine Pomare en réaction au protectorat s’est réfugiée à bord du ketch anglais Le Basilisk commandé par le capitaine Hunt. Tahiti se soulève. Le 24 avril 1845, la reine Pomare IV déchue de ses droits souverains s’échappe de Tahiti à bord du Carysfort pour l’île de Raiatea. Lord Paulet commandant le Carysfort enfreint son engagement à Bruat de mener directement la reine aux Iles Sous-le-Vent : la reine rencontre les chefs insurgés à Ha’apape. Ses instructions sont les suivantes : « il faut que vous restiez où vous êtes jusqu’à ce que je retourne (…) il ne faut pas troubler les Français : si cinq hommes armés viennent vers vous, laissez-les passer et ne les troublez pas : mais si vous en voyez venir une centaine, il faut les combattre, car ils viendront pour vous combattre ».

Fanau’e, chef du district de Mahaena et frère de Rava’ai, chef de Mataiea, accueille les dissidents. Ha’avare, chef de Ha’apape, les suit dans la lutte armée contre les Français. Puna, chef de Mataoae et de Teahotu, les rejoint.

Piapa a Punuapaoa’a ou Piapa, juge du district de Papeno’o et descendant d’une famille de ra’atira, est aussi l’ennemi déclaré du protectorat. Bruat le fait arrêter. Gracié et libéré, il rejoindra les insurgés.

La cheffesse de Paea (Mano rua) Noho vahine rallie d’abord Bruat alors que son père Papaiau dit Maro est déposé. Maro sera l’un des principaux acteurs à la dissidence de Manotahi (Punaauia) et de Manorua (Paea). Il prêchera la révolte jusqu’à Moore’a et à Atimaha en gagnant à leur cause sa cheffesse Tauirua vahine et son mari Taumua. Il sera l’un des chefs avec Utami du camp de Punaauia. Le 30 juin 1844, à la tête des hommes de Punaauia et de Paea, il attaque le camp de l’Uranie. Sa fille Noho vahine se ravisera et gagnera à son tour le camp retranché de Punaauia.

Bruat porte alors son choix sur Ruarei descendant d’Amo pour la remplacer.

Ruarei ou Teto’ofa ou Tevahitua a Hopoie ou Amo est le fils de Hopoie petit cousin du chef Tati de Papara. En 1844, Amo a rejoint les dissidents de Punaru’u mais après l’attaque de ce dernier le 30 mai 1844, il se soumet au protectorat au mois de juillet.

TaravaoL’étincelle du 21 mars 1844

Bruat ordonne l’installation d’un camp sur l’isthme de Taravao pour couper tout passage avec la Presqu’île et l’isoler. 

Les populations locales ralliées à leurs chefs dissidents dont Tavini, grand juge de Taiarapu, Pitoïmai, chef de Papeari, et Fa’atohia, chef de Tautira, décident d’évacuer Taiarapu pour rejoindre les insurgés de Hitiaa auprès de la grande cheffesse Teri’itua vahine qui accueille dans son district à Merehu, tous les réfractaires.  Elle est l’instigatrice de l’attaque du Fort de Taravao. Les réfractaires tentent de forcer le blocus en s’emparant du fort de Taravao mais échouent face à la résistance de la petite garnison française du fort.

Dans leurs rangs se trouvent Huruino a Pahutiti ou Huruino, chef du district de Vairao, Pitoma’i a Puhuri ou Pitoma’i[1], le chef de Papeari, Teihotua a Aro’a ou Rava’ai, chef du district de Mataiea, et Fareahu a Fareahu ou Farehau.[2]

Leurs rangs se complètent du juge et pasteur du district d’Afa’ahiti Mataitai a Pa’apa’aina[3] et surtout de Pe’eueue a Vehiatua i te matai ou Tematahiapo, grand chef deTeahupoo.

Pe’eueue est né en 1795. Il descend de la grande lignée des chefs de la famille Vehiatua. Lors de l’assemblée des chefs tenue à Papara en décembre 1843, il se prononce parmi les premiers pour l’insurrection.

Il conduit l’attaque du Fort de Taravao puis avec ses trois fils, gagne le camp de Mahaena.

Enfin, les insurgés comptent les sujets du district de Pueu emmenés par le ra’atira Tupuna. La régence est assumée par sa mère connue sous le nom de Fateata a Rimapi’i a mai ou Maraeta’ata Vahine[4]. Bruat la connaît sous le nom de Tetuanuimaraeta’ata vahine. La régente n’est pas personnellement hostile aux Français. Son second mari rallie en revanche avec son fils les insurgés de Papenoo. 

Edmond de Ginoux indique que trois Français ont été tués et que cinq cadavres tahitiens ont été relevés sur le terrain. Il estime que les pertes tahitiennes se montent à une trentaine d’hommes que leurs frères d’armes ont enlevés.

Bruat informé de ces grands rassemblements découvre à Mahaena une ligne de fortifications de plus de mille cinq cents mètres sur laquelle flotte le pavillon de Pomare.

Mahaena – 17 avril 1844

Bruat, homme de guerre, décide de frapper et de passer à l’offensive.

Les troupes françaises en opération à Taravao sont réembarquées. Il dispose d’une force de 441 soldats qui vont débarquer de vive-force sous la protection des canons des navires.

Les redoutes des Tahitiens au nombre de 3 sont enlevées au prix de terribles combats au corps à corps.

Les pertes françaises se montent à 16 tués et 52 blessés dont nombreux d’entre eux vont décéder de leurs blessures. Les blessures sont généralement très graves car les balles utilisées sont de gros calibre. On se battait au corps à corps et beaucoup de combattants se servaient de tromblons.

Les rangs des insurgés accusent quelques 102 Tahitiens tués.

Ha’avare, fils du chef rebelle Pe’eueue, a été tué. Il était venu au camp de Mahaena avec son père et ses trois frères Aifenua, Puhia et Tari’iri’i[5]. Ils sont issus du premier lit de Pe’eueue avec Teahuraro a Aino. Tapufaua est aussi tué au combat. Tapufaua est le frère duchef de Papenoo Ori a Tati avec lequel il a rejoint le camp de Mahaena. Les Iles Sous-le-Vent qui embrassent la cause des insurgés tahitiens donne plusieurs de ses fils. Les deux princes d’Opoa : Teriiruru Maona et Mateha sont tués à Mahaena.

Farehau[6], meneur de l’attaque du fort de Taravao avec les chefs Pitoma’i[7], Fanau’e et Pe’eueue, a été grièvement blessé à une cuisse. Il se réfugie dans la vallée de Papeno’o où il organise le camp des rebelles.  

Piapa a Punuapaoa’a est l’un des orateurs les plus virulents du camp de Papeno’o.

Hapape – 29 juin 1844

Les incursions des rebelles tahitiens jusque dans les faubourgs de Papeete incite Bruat à passer de nouveau à l’action pour réduire le camp de Papenoo. Mais à Ha’apape, ses troupes sont accrochées.

 Le missionnaire McKean résident de Ha’apape et partisan des rebelles tahitiens est tué d’une balle en plein front.

Tari’iri’i a Vehiatua i te mai, chef du district de Ha’apape, et son frère Aifenua sont de ceux qui font feu contre les Français pour venger leur frère Haavare, fils de Peeueue tombé à Mahaena : 10 soldats français sont tués et de nombreux autres blessés.

Dans leur retraite, les insurgés tahitiens n’ont pu emporter 9 de leurs tués. Le fils de Nu’utere a Tahitu grand juge du Porionu’u à Arue[8] en embuscade avec les insurgés tahitiens, est tué à ses côtés. Nu’utere ne veut abandonner son corps sur le champ de bataille qu’il va porter en direction de Papeno’o.

Les rebelles tahitiens de Punaauia informés du départ de la colonne française sur Ha’apape décident de marcher sur Papeete.

Faa’a29-30 juin 1844

Le capitaine de corvette, commandant de l’Uranie, chargé de la défense de Papeete décide de passer à l’offensive avec 150 hommes. Il sera arrêté dans l’embuscade que lui tendent les partisans de Punaauia et de Fa’aa réunis. Bonard est blessé et doit se replier avec ses morts et blessés.

Les pertes dans les rangs tahitiens ne nous sont pas connues.

Les insurgés de Taharahi et de Faa’a vont multiplier leurs escarmouches qui n’ont de cesse de se rapprocher des faubourgs de l’est de Papeete et du camp de l’Uranie.

Ha’apape, Papeete19, 20 et 22 mars 1846

En février 1846, la princesse Ariitaimai[9] tente de réconcilier les forces en présence.

Les lignes françaises franchies, Ariitaimai reconnue est conduite auprès d’Ori a Tati, demi-frère de son père, chef de Papenoo. Ses interlocuteurs seront les suivants : Pihato, fils du vieux chef de Papenoo, Arato, beau-frère d’Ori, et les chefs de Hitiaa et de Tiarei : Manua, Teriitua, Aru, Taute, Aiani, Hama, Teohu et Tumoehamia et la cheffesse de Hitia’a Teriitua vahine, tante d’Ariitaimai. Teriitua Vahine est l’âme de l’appel à la résistance armée.

Les Pomare sont notamment représentés par Teaatoro et Nuutere.

Les chefs ne traiteront cependant avec Bruat qu’une fois seulement la reine revenue à Tahiti.

L’engagement de troupes à Huahine[10] aux Iles Sous-le-Vent a considérablement affaibli les garnisons de Papeete repliée entre les deux camps tahitiens de Papeno’o et de Punaauia qui comptent désormais plus d’un millier de combattants.

Ha’apape est attaqué le 19, puis Papeete les 20 et 22 mars 1846. Vaitotia, le chef de Fautaua, conduit une partie des insurgés jusqu’aux portes de la ville.

25 mai 1846Papenoo

Le gouverneur décide de passer à l’offensive avec l’attaque de Papenoo pour répondre aux incursions des rebelles dans la ville de Papeete. Les insurgés tahitiens sont délogés de leurs positions de Papana, Ahonu et Tapahi et 4 forts français sont élevés à Papenoo. Charles Giraud pose de son crayon le décor de la bataille de Papenoo[11].

Bruat accuse lui trois morts et treize blessés.

Les pertes dans les rangs tahitiens ne nous sont pas connues.

Punaauia, Ta’apuna – 12 avril 1846

Le 12 avril 1846, le commandant Bruat débarque un corps expéditionnaire à Punaauia.

Le navire à vapeur Faito[12]s’avance dans la passe de Taapuna et débarque des troupes. L’engagement se produit sur la propriété de Madame Guillasse juste en face de la passe de Taapuna, entre les bornes kilométriques 11 et 12, où les insurgés tahitiens ont édifié un retranchement. Les 600 guerriers tahitiens attendent que les Français soient à terre et progressent vers leurs retranchements. Lorsqu’ils sont à portée de leurs armes, ils déclenchent leurs salves meurtrières, avant de leur livrer dans la cocoteraie un combat au fusil et à l’arme blanche. Les Français ont sept tués et dix-huit blessés. Ils regagnent leurs embarcations et se retirent sous le feu de couverture des pièces du Phaëton.

Punaru’u27-28 juin

Les 27 et 28 mai 1846, un nouveau débarquement est engagé entre la pointe des pêcheurs et l’embouchure de la rivière Punaru’u. Les éléments débarqués sont protégés par des troupes venues par le littoral. Elles ont bivouaqué à Outumaoro : 800 hommes et 216 supplétifs tahitiens ralliés. Les retranchements tahitiens de Ta’apuna et de Atihue ont été investis sans coup férir.

Le 30, les soldats français marchent sur le camp retranché de Punaru’u appelé Hereriiau. Ils doivent emprunter un passage large que de 40 mètres entre deux éperons rocheux.

Les insurgés tahitiens en embuscade ouvrent un feu soutenu et des jets de pierres tombent sur la colonne venue grossir les rangs de ses avant-gardes accrochées.

Le commandant De Bréa est tué, le chef d’état-major de Bruat, Malmenche, la jambe brisée par une balle doit être amputé. Bruat a son chapeau percé de deux balles. L’élève de 1e classe de marine Perotte est tué d’une balle en plein front. Les pertes françaises s’élèvent à 30 soldats et quelques 45 blessés dont 25 graves. Si les pertes dans les rangs tahitiens ne sont pas connues, elles sont estimées au tiers de celles des Français. Un Maori le visage tatoué, qui a rejoint les rangs des insurgés, a été tué.

Un blockhaus est alors établi pour une occupation et un contrôle permanent du point d’accès. Bruat renonce à prendre d’assaut cette forteresse naturelle inexpugnable. Il préfère le blocus de Punaru’u où des munitions et des renforts peuvent être apportés aux insurgés de Punaru’u voire menacer l’île de Moorea.

Te pa O rupe, Fautaua – 17 décembre 1846

Le fort tahitien de la Fautau’a ferme les cols permettant de prendre à revers le camp de Punaauia. Il sera pris à revers par un commando franco-tahitien qui a escaladé sa paroi rocheuse. Aussitôt après l’occupation du fort, les avant-gardes françaises se portent à deux lieues vers l’intérieur. Du sommet appelé le Diadème[13], ils découvrent le camp et la vallée de la Punaru’u, avec laquelle le Pa de Fautau’a est relié.

La reddition de Punaauia

Le 17 décembre 1846, le fort de Fautau’a tombé, les insurgés de Punaru’u voient de leurs positions le drapeau français flotter sur Fautau’a et sur leurs arrières.

Des hauteurs de Fautau’a, les forces françaises descendent sur Punaru’u. Maro a Puaiaha ou Papaiau, l’un des chefs du camp de Punaauia organise une contre-attaque pour déloger les soldats français et volontaires tahitiens qui tiennent les passages du Diadème. Ses troupes insuffisantes lui font renoncer à son projet.

Le chef Tuahine du pa de Fautau’a est alors envoyé aux insurgés de Punaru’u pour leur soumettre un ultimatum de reddition.

Tuahine est né à Raiatea. Il a vécu avec les missionnaires anglais à Matavai avant de gagner Moorea auprès du pasteur Nott et de se convertir au protestantisme. Il va notamment assister Nott dans sa traduction de la bible.

En cas de refus, l’assaut final sera mené le lendemain. Les troupes françaises en position devant Punaru’u se sont déjà avancées dans la vallée pour leur couper toute retraite. Les insurgés de Punaauia se rendent conduits par les deux principaux chefs de l’insurrection : Utami et Maro.

Le camp de Papeno’o se soumet à son tour quelques jours plus tard.

Les principaux chefs qui feront leur soumission sont : Fanau’e, le chef inconditionnel du camp de Papeno’o. À ses côtés se tient son fils adoptif Ruatepua ou Taimetua ou Fanau’e, 3e enfant de Vaira’atoa, grand juge de Tautira et demi-frère de Ari’ipaea.  Les autres sont Pitoma’i a Puhuri et Nu’utere a Tahitu. La grande cheffesse Teri’itua vahine sera représentée par son mari.


Notes :

[1] Il a été le compagnon d’armes de Pomare II.

[2] Fareahu a Fareahu ou Farehau est descendant d’une puissante famille de l’île de Raiatea et l’époux de la cheffesse de Mataiea Tetuaraenui o Teva a Aro’a. Il fut un des premiers à prendre le parti de l’insurrection avec les chefs Pitoma’i et Pe’eueue dans l’ouest et la Presqu’île de Tahiti.

[3] Afaahiti est un district royal comme Pare et Papaoa.

[4] Elle est la fille de Rimapi’i a Mai et de Noinoi a Tahitia, descendante de Iatoa’i de Papara. Elle est l’épouse du frère cadet du chef Utami de Punaauia.

[5] Tari’iri’i compte avec lui dans la dissidence Ho’oau a Maopi, originaire de Raiatea.

[6] Fareahu a Fareahu

[7] Pitoma’i a Puhuri, fils de Puhuri, est le représentant de la cheffesse Atia vahine a Marama, du district de Papeari. Il fut un compagnon d’armes de Pomare II.

[8] À la demande de la Reine Pomare IV, Nu’utere dont il fut attaché à sa garde personnelle a rejoint le camp de Mahaena et a combattu les Français. Ce 29 juin, il participe à l’assaut contre les Français. Nu’utere était iatoa’i d’Arue et de Ha’apape. Son père fut l’exécuteur des victimes des sacrifices humains sur le marae.

[9] La princesse Ariitaimai ou Teriirere i otu rau ma torai ariioehau est la petite fille de Tati, grand chef du clan des Teva de Papara. Elle épouse en 1842 Alexandre Salmon. 

[10] Combat de Maeva où 18 soldats français sont tués.

[11] La bataille de la Papenoo, Tahiti 10 mai 1846 Paris, musée du Quai Branly fond dessin, n° inv 75.1993.5.17, 95-002780.

[12] Phaëton

[13] Ou mont Aora’i (le palais).

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