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Surprises en série samedi 18 juin avec le second tour des élections législatives au Fenua. Comme il se doit en démocratie, les vainqueurs doivent être félicités quoi qu’on pense de leur campagne et des étonnants ralliements qui leur ont donné la victoire. Bravo donc… ce qui n’empêche pas de réfléchir (peut-être pour infléchir le cours…

D’abord une différence de loi électorale

La loi électorale relative aux législatives est (dans les circonstances actuelles) défavorable au Tapura. L’obligation de recueillir 12,5 % des inscrits, quand la participation électorale n’atteint pas 50 %, rend quasi impossible la confrontation de trois candidats. Seuls deux restent en lice et, naturellement, si les battus du suffrage universel veulent prendre une revanche sur le parti au pouvoir et recommandent le vote sanction contre lui, quel que soit le candidat d’opposition, l’arithmétique électorale laisse présager la défaite des candidats du pouvoir en place. Dans une certaine mesure, le même mécanisme s’est enclenché en Métropole contre le camp du président de la République.

Or, la loi de 2007, révisée en 2011, sur les élections territoriales est bien différente. Pour parvenir au second tour, il ne faut que 12,5 % des suffrages exprimés. Les listes ayant obtenu entre 12,5 % et 5 % peuvent fusionner avec celles qui ont été retenues pour le second tour. Celles en-dessous du seuil de 5 % sont éliminées.

Et cela change déjà tout. La probabilité d’avoir trois, voire quatre listes au second tour est envisageable.

Du scrutin majoritaire au scrutin proportionnel

Il n’y eut plus, après 2011, qu’une seule circonscription divisée en huit sections. Pour espérer une majorité forte, il est obligatoire de présenter une liste comprenant des candidats des huit sections.

La liste qui aurait la majorité absolue au premier tour ou la majorité relative au second tour obtient une prime de 19 sièges après le calcul de la part de chacune des listes en jeu (une part calculée à la proportionnelle).

Donc plusieurs listes probables en concurrence au second tour

Prenons l’exemple des élections territoriales de 2018, avec trois listes au second tour.

Le Tapura obtint 49,18 % des voix, le Tavini 23,1 % et le Tahoera’a 27,7 %. Les deux dernières listes étaient majoritaires en voix, mais divisées elles ne purent encaisser la prime.

Résumons-nous. Aux territoriales, il paraîtra difficile au Tavini d’envisager une fusion, soit avec l’autre liste indépendantiste (ou du moins qui le prétend) le Amuitahira’a ou l’autre liste autonomiste probable A Here ia Porinetia. Autrement dit, cette fois, dans une triangulaire, voire quadrangulaire, le Tapura, même s’il était bien affaibli, resterait en tête et empocherait la prime majoritaire.

Mais dans dix mois, qu’en sera-t-il ?

De nombreuses inconnues pointent leur nez. Énumérons-les rapidement, sans prétendre les envisager toutes.

  • La dynamique du Tavini sera-t-elle durable ? Comment se comporteront ses élus à l’Assemblée nationale.
  • L’affaiblissement du Tapura sera-t-il irrémédiable ? Tirera-t-il la leçon de la non-exemplarité de certains de ses élus ? La lutte contre les inégalités sociales sera-t-elle drastique ? Ou ne produira-t-elle que des cataplasmes ?
  • Quelle sera la participation électorale ? Sans doute environ 20 % de plus qu’aux législatives, mais ce n’est pas garanti.
  • Quelles seront désormais les relations Fritch/Macron ? Que pourra encore faire le Gouvernement central pour aider celui de Polynésie ?
  • Quelles seront les situations internationale (en Europe avec l’Ukraine, dans l’Asie Pacifique avec la pression chinoise), française (le pays sera-t-il gouvernable ?) et locale.
  • Localement, où en serons-nous sur le plan économique ? Ici comme ailleurs, il faut s’attendre à des difficultés grandissantes nées de la situation internationale. Le gouvernement d’ici comme ceux d’ailleurs seront jugés responsables de la dégradation, même si les crises viennent de l’extérieur. Auront-ils des marges d’action pour atténuer les épreuves ?
  • Quel mystérieux virus pourrait-il être à l’œuvre dans quelques mois et quelle poudre de perlimpinpin proposeront certains savants auto-proclamés ?
  • Les partis politiques se renouvelleront-ils suffisamment ?

Bref, la prévision électorale est difficile dans tous les pays du monde… Elle l’est encore plus en Polynésie quand l’actualité nous apprend presque chaque jour des trahisons et des retournements de veste… pour le bien du nūna’a (« nation », « peuple », nldr) évidemment !  

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