Si la navigation traditionnelle fait parler d’elle, rien n’aurait été possible sans les remarquables embarcations qui ont permis sa mise en œuvre. La pirogue double à voile, rappelant les grandes explorations qui ont permis le peuplement de nos îles, est le symbole du génie de la civilisation polynésienne. Comme en témoigne le drapeau de la Polynésie française, l’importance du va’a dans notre histoire le hisse au rang d’emblème national.
Ce que l’on sait des pirogues polynésiennes
À l’arrivée des Européens en Polynésie, les pirogues sont très fréquentes et font l’objet de nombreuses études. C’est grâce à ce travail approfondi que la thématique de la pirogue est très bien documentée, bien plus que l’est la thématique de la navigation traditionnelle.
Il en reste néanmoins que l’on dispose de très peu d’informations sur les grandes pirogues qui auraient servi au peuplement du Pacifique. En effet, lorsque les Occidentaux découvrent la région, l’époque du peuplement est largement révolue. Si les plus vieilles reliques, retrouvées à Hawai’i, Aotearoa (Nouvelle-Zélande) et Huahine, datent de 1050-1450, elles ne donnent qu’une vague idée de ce à quoi les pirogues de peuplement auraient pu ressembler. Il ne serait pas surprenant que les véritables pirogues de peuplement aient été encore plus colossales.
L’architecture navale polynésienne s’exporte dans le monde
L’architecture navale polynésienne repose sur un principe de base : on couple la coque principale avec un balancier. On retrouve ce même principe dans une pirogue double, bien que l’embarcation dispose de deux coques.

Cette technique, unique au monde, influencera grandement l’architecture navale occidentale. C’est ainsi que naissent, au XXe siècle, les catamarans et les multicoques. Ces derniers, encore aujourd’hui, sont les navires qui détiennent la plupart des records de vitesse pour des traversées transatlantiques.
Les différentes pirogues
Bien que chaque île ou archipel détienne ses propres spécificités, il existe quatre grandes catégories de pirogues communes à tout le monde polynésien.
Les pirogues simples à balancier et à pagaie, pū hō’ē, étaient utilisées pour la pêche dans le lagon et à proximité des récifs. Aujourd’hui, elles sont encore largement utilisées par les Polynésiens pour la pêche mais aussi pour les courses de va’a.
Les pirogues simples à balancier et à voile, va’a motu, étaient utilisées pour la pêche, la guerre et les voyages de courte distance. En fonction de leur utilisation finale, les va’a motu prenaient des formes particulières. Les pirogues dédiées à la guerre, par exemple, avaient des extrémités très relevées et décorées de têtes de tiki, des plateformes de combat à l’avant et à l’arrière, et des décorations glorieuses telles que des cheveux d’ennemis et des crânes humains.

Les pirogues doubles à pagaie étaient utilisées pour la pêche au thon (va’a tira) ou pour la guerre (pahī tama’i). Ces dernières, imposantes et très présentes à l’arrivée des Européens, ont fait l’objet de nombreuses gravures emblématiques. Lors du second voyage du Capitaine Cook, pas moins de 160 pahī tama’i furent recensées. Les plus petites versions, longues d’environ 17 mètres, pouvaient accueillir une quarantaine d’hommes. Les plus grandes versions, quant à elles, avaient une longueur d’environ 33 mètres et pouvaient accueillir 150 hommes.
Certaines pahī tama’i, avec la coque en V, servaient également pour les voyages.
Restent les fameuses pirogues doubles à voile, appelées tīpaerua ou tout simplement pahī, utilisées pour les grands voyages. On les distinguait des pirogues de guerres, car elles disposaient souvent d’un abri.
Le va’a sacré
La dimension mystique était très présente dans tous les aspects de la vie des Polynésiens d’antan. Il va sans dire que la pirogue était, elle aussi, intimement liée au sacré.
La confection d’une pirogue était dirigée par un tahu’a va’a, maître-charpentier spécialisé en construction navale. Le processus de construction, lui, faisait l’objet d’un rituel bien précis : l’écoulement de l’arbre après l’abattage indiquait s’il était bon ou non de continuer la construction, le matériel reposait sur le marae pour s’imprégner de son mana, des offrandes étaient faites, et la mise à l’eau était l’occasion pour une cérémonie.
Si les pirogues avaient des fonctions pratiques telles que la pêche, le voyage ou la guerre, certaines étaient réservées à des fonctions sacrées.
Certaines pirogues, appelées va’a ra’a, servaient uniquement à transporter des objets sacrés et étaient de véritables marae flottants. Le cahier des charges pour ces dernières était extrêmement exigeant. Le bois, par exemple, était issu d’un lieu sacré et la cérémonie de mise à l’eau impliquait de rouler la pirogue jusqu’à la mer sur le corps d’humains sacrifiés pour l’occasion.
Le va’a était également le dernier véhicule des défunts pour rejoindre l’au-delà, Te Pō. C’est ainsi qu’aux Marquises, on retrouve les papa tūpapaku, civières en forme de pirogue où repose le corps du défunt.
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La discipline sportive la plus emblématique de Polynésie
Le va’a, terme qui fait aussi référence aux courses de pirogues, est la discipline sportive la plus emblématique de Polynésie française. Chaque année au mois d’octobre, la Hawaiki Nui Va’a met en compétition des dizaines d’équipes de six rameurs qui s’affrontent lors une course de 128 kilomètres reliant Huahine, Raiatea, Taha’a et Bora Bora. L’arrivée festive sur la plage de Matira, le troisième jour de course, est l’un des évènements culturels les plus marquants du Pays.

