Pourtant une composante centrale de l’identité polynésienne, la navigation traditionnelle a disparu pendant près de 200 ans en Polynésie française. Aujourd’hui, la discipline connaît un renouveau grâce, notamment, à la pirogue traditionnelle Fa’afa’ite.
La navigation traditionnelle, un savoir-faire ancestral oublié
À l’arrivée des Européens, la navigation traditionnelle faisait partie intégrante de la vie des Polynésiens. Si les Occidentaux ont témoigné de beaucoup de choses, notamment sur la thématique des embarcations qui rendaient la navigation possible ou sur l’utilisation des astres pour naviguer, ils n’ont pas su répertorier de façon exhaustive les techniques de navigation ancestrales.
Il est possible que ces dernières aient été gardées secrètes par les maîtres qui détenaient les connaissances. On sait également que le sacré avait un rôle central dans la vie des Polynésiens d’antan et que tout travail de documentation n’aurait su encapsuler la dimension mystique (présages, intuitions, etc.) qui aurait rendu nombre de ces traversées possibles.

C’est ainsi qu’au fil des années, les connaissances sur la navigation traditionnelle se sont estompées. Les seules traces écrites que l’on en garde sont relatées, entre les lignes, dans les mythes polynésiens chantés recueillis dans le fameux livre de Teuira Henry, Tahiti aux Temps Anciens.
La navigation traditionnelle remise au goût du jour
L’histoire du renouveau de la navigation ancestrale polynésienne débute dans les années 1950, lorsque l’académicien et navigateur David Lewis, originaire de Rarotonga décide de retrouver les quelques garants de la navigation traditionnelle encore en vie. C’est sur l’île de Satawal, en Micronésie, qu’il rencontre six grands maîtres navigateurs, dont le bien connu Mau Piailug. À cette époque, ils n’effectuaient que des trajets de courte distance… rien de comparable aux grands voyages de 2 000 kilomètres ou plus.
De fil en aiguille né le projet de la Polynesian Voyaging Society, un organisme basé à Hawaii dont la toute première mission aura été de montrer au monde qu’il aurait été possible pour les Polynésiens d’effectuer de très longs voyages grâce à leurs techniques de navigation traditionnelle et à leurs grandes pirogues doubles à voile. Une première réplique voit le jour : Hokule’a (voir photo mise en avant). En 1976, l’équipage de Hokule’a, guidé par Mau Piailug, réussi une traversée de 4 500 kilomètres reliant Hawaii à Tahiti.

Une chose en menant à une autre, au cours des années 2000, l’engouement pour la navigation ancestrale était tel que Dieter Paulmann, mécène allemand passionné, créa Okéanos et fit construire huit pirogues traditionnelles en Nouvelle-Zélande. De 2009 à 2011, il organisera une grande expédition à l’issue de laquelle il remettra la pirogue Fa’afa’ite à la Polynésie française. Fa’afa’ite, qui signifie « réconciliation », symbolise la réconciliation avec le passé.
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Jean-Claude Teriierooiterai, une vie dédiée à la navigation traditionnelle
Feu Jean-Claude Teriierooiterai, docteur en linguistique et anthropologie, et ancien président de l’association Fa’afa’ite, a dédié sa vie à la navigation traditionnelle. Selon lui, la complexité de la navigation traditionnelle, qui s’appuie sur la lecture des astres et de la nature environnante, relève d’une véritable démarche scientifique. De son vivant, il a défendu la notion importante que « la navigation ancestrale polynésienne vient rompre l’idée qu’une société traditionnelle orale ne peut pas avoir accès à la science et ne serait qu’au stade du mythe ».

