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Une vaste opération a été menée entre Houaïlou, Bourail, Nouméa et l’agglomération. Douze personnes ont été arrêtées, plusieurs kilos d’herbe et des armes ont été saisis en perquisition. Riche à millions, aussi discret que méfiant, celui qui est devenu le roi du cannabis a été finalement interpellé. (Photo de Une : J.-A.G.-L./LNC)

C’est une saisie aussi rare qu’exceptionnelle au pays. Selon nos confrères et partenaires des Nouvelles Calédoniennes, un coup de filet inédit de la police nationale opéré entre Houaïlou et Nouméa, en début de semaine, a mis hors circuit l’un des plus gros réseaux de production et de revente d’herbe de cannabis qui alimentait les dealers et fumeurs de la capitale et de l’agglomération.

Il aura fallu des mois d’enquête à la brigade des stupéfiants pour conduire cette vaste opération qui a abouti à l’interpellation de douze personnes et la saisie de plusieurs kilos de drogue, d’armes et de nombreux avoirs criminels dont de l’argent liquide et des véhicules de grande valeur. Les suspects ont été placés en garde à vue au commissariat central et leurs auditions conduites dans le cadre juridique de la criminalité organisée peuvent durer 96 heures maximum.

« Opération letchis »

L’affaire, baptisée « Opération letchis » par les enquêteurs, a commencé il y a plusieurs mois en toute discrétion. D’abord dans le cadre d’une enquête préliminaire, avant, face à l’ampleur du dossier, de basculer sur commission rogatoire dans le cadre d’une information judiciaire. Les multiples surveillances et filatures ont permis de confirmer les tuyaux de la police judiciaire : à la tête de ce réseau, un clan familial soudé qui possédait de nombreux champs de cannabis à Houaïlou, dont la variété était particulièrement appréciée des fumeurs et qui leur permettait de se démarquer des autres. Les trafiquants avaient également développé la culture en intérieur à l’aide de lumière artificielle pour accélérer la croissance des plants.

La marchandise était ensuite acheminée en grande quantité jusque dans les points de deal des cités de Nouméa en convois avec une voiture « ouvreuse », qui précède la voiture transportant la drogue, pour déjouer les tentatives d’interception des forces de l’ordre et prévenir les complices d’un éventuel contrôle. Quand elle n’était pas vendue, l’herbe était stockée chez des nourrices. Sous ses allures artisanales, l’organisation utilisait des méthodes censées leur permettre de passer sous les radars. Mais les policiers leur ont signifié la fin de la partie.

Des liasses de billets

Au cœur de cette affaire, la tête de ce réseau, cible numéro un des enquêteurs. Riche à millions, aussi discret que méfiant, ce trentenaire avait su s’entourer de fidèles « lieutenants » pour devenir l’un des rois du cannabis au pays. Son activité générait des dizaines de millions de francs.

C’est la deuxième étape de l’enquête des « stups » : retracer les flux financiers. Outre des kilos d’herbe et plus de 300 pieds, les perquisitions ont permis de découvrir pas moins de vingt millions de francs en petites coupures cachés dans une propriété de Houaïlou, ce qui démontrerait les gros profits générés par ce trafic. Le comptage des liasses de billets, fastidieux, a duré plusieurs heures. La saisie, exceptionnelle et record, est considérée comme la plus importante jamais réalisée par la police ces dernières années. Au moins sept véhicules de luxe, qui auraient été achetés avec l’argent de la drogue, ont également été saisis.

Jusqu’à vendredi matin, les enquêteurs du service territorial de police judiciaire (STPJ) peuvent interroger les suspects. Ils seront ensuite déférés et mis en examen par la juge d’instruction si les charges sont suffisantes.


En bref…

Mobilisation

L’opération a mobilisé une vingtaine d’enquêteurs du Service territorial de police judiciaire (STPJ), une trentaine de policiers de la Brigade anticriminalité et de la brigade spécialisée de terrain (BST) et deux équipes de l’unité d’élite du Raid.

Peines

La production de cannabis, la consommation et le trafic peuvent faire l’objet de condamnations pénales. La vente est punie de cinq ans de prison. Les plus gros trafiquants encourent des peines beaucoup plus lourdes, de 10 ans de prison « en cas d’importation, d’exportation, de transport, de détention, d’offre, de vente et/ou d’achat de stupéfiants ». La peine peut être portée à vingt ans de réclusion criminelle « en cas de production ou de fabrication illicite de stupéfiants et 30 ans en cas de trafic en bande organisée ».

Avoirs criminels

L’Agence de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc), chargée de saisir les avoirs des criminels, a connu des chiffres records en 2021 au niveau national. Les recouvrements nets ont atteint 484 millions d’euros d’avoirs saisis, en hausse de 200 millions sur un an. Les saisies confirmées par un jugement se sont établies à 150 millions d’euros, le double du montant de 2020. Une fois ces avoirs criminels saisis, 514 véhicules et 15 bateaux ont été vendus par l’Agrasc.

Source : Les Nouvelles Calédoniennes

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