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La transition énergétique nécessite de très importants investissements en un court laps de temps. En Polynésie française, compte tenu de la dispersion de nos îles et de l’absence de connexion entre elles, les montants d’investissement en jeu sont considérables. Aussi, il est heureux que des investisseurs et opérateurs métropolitains s’intéressent à nos concessions d’énergie électrique.…

Akuo[1], entreprise française née en 2003, se veut un opérateur d’énergie uniquement renouvelable : éolien, solaire et stockage associé. Elle maîtrise en interne toutes les étapes d’un projet : « du développement au financement, de la construction à l’exploitation jusqu’à la vente d’énergie ». Elle semble avoir le goût de l’innovation et le sens du développement durable des territoires. Elle est présente dans plus de 20 pays. Elle déclare être l’inventeur du concept d’Agrinergie, appelé plus communément agrivoltaïsme qui allie production photovoltaïque et production agricole. Les modules photovoltaïques sont, en principe, au service d’une agriculture, y compris élevage, plus sûre (protection contre les aléas climatiques) et plus performante. Akuo revendique plus de 30 projets d’agrivoltaïsme en construction et en exploitation, correspondant à plus de 200 MWc. Akuo a déjà initié de nombreux projets en Nouvelle-Calédonie et aux Tonga (voir encadré ci-dessous). Par ailleurs, Akuo a répondu au premier appel d’offres du Pays pour des fermes solaires (30 MW ; voir notre article du 1er mars 2022), mais son offre n’a pas été retenue, semble-t-il, pour des difficultés d’ordre foncier.

Les deux premiers projets d’Akuo en Polynésie française seront livrés en contrepartie d’un accord de rachat de la production par le concessionnaire. Malgré plusieurs tentatives, nous n’avons pas pu entrer en contact avec Akuo. Aussi, nous n’avons pas confirmation du bouclage du financement, ni de la date de démarrage des travaux des deux projets présentés ci-après. Akuo attend-elle de pouvoir bénéficier du Fonds de transition énergétique, accessible uniquement par appel à projets non encore lancé par le Haut-commissariat ?

À Bora Bora

L’arrêté n°4472 MEF du 2 mai 2023 procure une autorisation préalable d’exploiter une unité de production photovoltaïque de 2,5 MWc. Cette unité ne sera pas couplée à des batteries de stockage.

Actuellement, environ 5 % du mix énergétique du réseau géré par Électricité de Polynésie (filiale d’EDT-Engie) est fourni par les installations solaires des hôtels, la plus grande part de leur production étant autoconsommée. Le reste est assuré par une centrale thermique disposant de huit groupes au gazole. Bora Bora, avec 45,2 GWh en 2019, est l’île la plus consommatrice après Tahiti.

Afin de faciliter le placement de l’énergie photovoltaïque à venir, EDP installera, près de sa centrale, un système de stockage de 5 MWh au 1er trimestre 2024, avec une mise en service prévue pour le second semestre 2024[2]. Selon EDP, cet outil de régulation du réseau permettra à terme l’exploitation de 5 MWc de production photovoltaïque, par nature, intermittente.

La commune envisage d’équiper une grande part des toitures de ses bâtiments en modules photovoltaïques. De plus, les hôtels de la place préparent des extensions de centrales solaires. Avec 5 MWc, la part du renouvelable atteindra alors (seulement) 20 %.

Au-delà, un développement plus conséquent du photovoltaïque se heurte au manque de surfaces de toitures ou de foncier ainsi qu’à la nécessaire préservation des paysages de cette île qui vit essentiellement du tourisme.

La centrale photovoltaïque sera située sur le motu Tevairoa de Bora Bora, terre Farapu (propriété, semble-t-il, privée). L’emprise au sol sera de 2,5 à 4 ha.

La connexion au réseau se fera au poste source situé à l’hôtel Bora Bora Pearl Beach au sud-est du motu.

Il s’agit d’un projet qui allie donc production photovoltaïque et production agricole, sans doute une combinaison de cultures maraîchères et florales sous serres ou sous tables photovoltaïques. Les terres sous les panneaux seront louées à des agriculteurs locaux, avec une vocation à l’insertion professionnelle.

Cette autorisation, demandée en juin 2022, est délivrée à la SARL Sweet (Solar and Sea Water Experiment for Energy Transition) créée en août 2021 à Papeete, filiale d’Akuo Energy. La société locale est gérée par Messieurs Jean Ballandras et Adrien Bock, respectivement directeur Asie-Pacifique et chef d’exploitation chez Akuo Energy.

L’investissement est supporté à 90 % par le programme européen IANOS (Integrated Solutions for the Decarbonization and Smartification of Islands)[3], le reste sans doute par Akuo.

Cette installation photovoltaïque constitue la première phase d’un important projet sur Bora Bora. Les phases suivantes seront relatives à la mise en place d’un réseau de transport lagunaire décarboné à base d’hydrogène, d’une unité de pyrolyse des déchets productrice d’électricité, ainsi que d’une centrale d’énergie thermique des mers (production d’électricité associée à une utilisation de l’eau de mer des profondeurs, notamment dans le secteur du bien-être et pour du dessalement).

À Huahine

L’arrêté n°4608 MEF du 5 mai 2023 procure une autorisation préalable d’exploiter une unité de production photovoltaïque de 3,24 MWc couplée à un système de stockage de 7,3 MWh, à Fare, sur l’île de Huahine. Cette autorisation est délivrée à la SARL Hine-Ra qui possède les mêmes caractéristiques et les mêmes gérants que la structure de Bora Bora.

Le terrain, propriété communale de 6 ha, est situé entre le village de Fare et son aéroport, près de la centrale thermique[4] et à l’arrière du CJA, et sera loué à Akuo. La mise en service de l’installation est prévue pour 2025.

L’énergie produite sera injectée en journée sur le réseau communal géré par le nouveau concessionnaire, SPL Te Uira Api no Raromatai [5], le stockage permettant de pallier à l’intermittence de la production. La puissance de pointe de 1,6 MW sera également écrêtée.

La production d’énergie solaire sera de 5 600 MWh/an, soit un taux de pénétration du renouvelable de près de 70 % sur le réseau de Huahine.

Selon la SPL, ce taux devrait être porté à 75 %, d’ici cinq ans, grâce à des installations photovoltaïques sur les toitures des bâtiments communaux. Le schéma directeur de la concession est finalisé et devrait être validé sous peu.

Selon la commune, les cultures envisagées sous les panneaux sont le melon et la pastèque. Les modules photovoltaïques seront installés à plusieurs mètres de hauteur et protègeront les cultures d’un soleil trop ardent et des pluies fortes. La commune louera les terres à des agriculteurs locaux à des conditions très avantageuses.

Jean-Claude Foglia

jean_claude_foglia@yahoo.fr

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Akuo dans les îles du Pacifique Sud

En Nouvelle-Calédonie, trois fermes solaires sont développées, construites et exploitées par Akuo :

  • Focola, La Foa, Province Sud, 1,7 MW sur serres (22 000 m²) ;
  • Ouaco, Voh, Province Nord, 5MW au sol et sur serres (7 000 m²) ;
  • Kwita Wije, Boulouparis, Province Sud, 9 MW au sol et sur serres avec 3 MWh de stockage par batteries.

De plus, Akuo a remporté en 2022 deux appels d’offres calédoniens : 35 MW en solaire et 30 MW en éolien.

Au Royaume de Tonga, Akuo a installé deux systèmes de batteries stationnaires :

  • Programme 1 : 5 MWh/10 MW pour la régulation de tension et de fréquence ;
  • Programme 2 : 23 MWh/7 MW pour le déplacement de charges, notamment en fin de journée.

Ces deux systèmes ont été financés par la Banque Asiatique, le Fonds Vert pour le Climat et le gouvernement australien, et sont exploités par Tonga Power Limited, gestionnaire du réseau.


Notes :

[1] https://www.akuoenergy.com/

[2] À l’instar de Putu Uira, générateur virtuel installé en 2022, et, après plusieurs mois d’essais, mis en service en janvier 2023 près de la centrale thermique de Punaruu.

[3] Il s’agit de la première pierre en Polynésie d’un vaste projet financé par l’Europe dans le cadre de l’opération IANOS https://ianos.eu/. Ce plan européen concerne :

  • Terceira (Portugal)et Ameland (Pays-Bas), îles dites « Lighthouse Islands », lieux de démonstration de solutions innovantes ;
  • Lampedusa (Italie), Nisyros (Grèce) et Bora Bora, îles dites « Fellow Islands », lieux de réplication de solutions.

[4] La centrale thermique est équipée de 3 groupes de 2 281 kVA.

[5] Cette récente Société Publique Locale gère les réseaux de Raiatea hors Uturoa, de Huahine et de Rurutu.

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2 réflexions au sujet de “Transition énergétique : deux premières fermes solaires en projet aux Raromatai !”

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