Vanuatu, Mayotte, Nouvelle-Calédonie : multiples facettes de la vulnérabilité des petites économies insulaires

En cette fin d’année 2024, deux chocs sont venus rappeler la vulnérabilité des petits territoires insulaires au risques naturels majeurs. Au Vanuatu, le 17 décembre dernier, un séisme de magnitude 7,3 a eu lieu au large de la principale île du pays, non loin de la capitale Port Vila. De nombreuses répliques ont été enregistrées les jours suivants. Au total, on a dénombré 14 morts et près de 200 blessés, ainsi que d’importants dégâts matériels. A Mayotte, le cyclone Chido a durement frappé l’île, faisant plusieurs dizaines de morts (39 recensés à ce jour) et des centaines de blessés.

Le lourd bilan humain risque encore de s’aggraver dans les jours et semaines à venir, compte tenu des difficultés à soigner de nombreux blessés et des risques sanitaires persistants liés aux pénuries diverses (eau, alimentation, médicaments…). L’économie de Mayotte, déjà peu florissante, a été brutalement stoppée par le passage du cyclone, exigeant à présent une coûteuse reconstruction. La vulnérabilité des petits territoires insulaires ne concerne pas seulement l’exposition aux risques naturels. Le phénomène est multidimensionnel. L’insularité, la petite taille des territoires, l’éloignement des grands pays et des grands marchés internationaux, engendrent des risques économiques spécifiques, sous la forme d’une grande sensibilité aux chocs économiques externes : fluctuation des prix des matières premières, des produits alimentaires importés, de la demande et des prix des produits exportés (comme en ont fait l’expérience la Polynésie française dans le secteur de la perle noire ou dans le secteur du tourisme durant la crise sanitaire de 2020-2021 et la Nouvelle-Calédonie dans le secteur du nickel).

En Nouvelle-Calédonie, on a pu observer la grande sensibilité de l’économie à l’instabilité politique et sociale à la suite des événements de mai dernier…

La fragilité des pays risque aussi de provenir de conflits politiques et sociaux internes. La polarisation des groupes sociaux, en liaison avec des critères politiques, religieux, ethniques, socio-économiques (fortes inégalités de revenus et de patrimoine par exemple), peut constituer un facteur durable d’instabilité, de conflits violents et par conséquent de freins au développement économique. En Nouvelle-Calédonie, on a pu observer la grande sensibilité de l’économie à l’instabilité politique et sociale à la suite des événements de mai dernier (voir notre article « Le désastre économique en Nouvelle-Calédonie ne peut-il être que temporaire ? »).

Les trois sources de vulnérabilité rappelées ci-dessus évoquent des expositions aux risques naturels, économiques et sociaux, mais ne suffisent pas à établir la fragilité ou la faiblesse des différents territoires face à ces risques. En effet, un territoire peut être particulièrement exposé à des risques et avoir cependant des ressources pour savoir y faire face avec efficacité. Une telle résilience permet de réduire sensiblement la fragilité en question. Une ville résiste mieux à un tremblement de terre si les constructions sont antisismiques. De même, de solides constructions en dur résistent évidemment mieux aux cyclones que ne peuvent le faire des logements précaires bâtis avec des tôles et autres matériaux de récupération. Face aux risques économiques, des systèmes de diversification, dans le domaine de la production, du commerce (diversification des sources d’approvisionnement par exemple) ou au travers de mécanismes financiers, sont susceptibles de réduire sensiblement la vulnérabilité. Enfin, les risques de conflits sociaux peuvent être réduits par une bonne gouvernance, favorisant comme à Singapour par exemple une bonne coopération entre ethnies, religions et groupes sociaux différents.

Au Vanuatu, le 17 décembre dernier, un séisme de magnitude 7,3 a eu lieu au large de la principale île du pays, non loin de la capitale Port Vila.

Depuis le séisme au Vanuatu, l’aide internationale est soutenue. Des équipes des Nations unies, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et autres agences internationales travaillent aux côtés des autorités nationales pour répondre aux besoins d’urgence. A Mayotte, territoire français depuis 1841 devenu département et région d’Outre-mer français depuis le référendum de 2009 et sa mise en application en 2011, la solidarité nationale s’organise depuis le passage du cyclone, même si les Mahorais la trouvent pour le moment trop lente ou insuffisante. La dévastation du territoire nécessite une aide énorme, d’abord pour la réponse aux urgences (eau, communications, système de santé, etc.), puis dans la perspective d’une reconstruction sur des bases que l’on peut souhaiter plus solides.

Lutter contre la pauvreté et investir dans le capital humain

Mais on mesure bien avec ces deux cas de catastrophes naturelles, de même qu’avec la crise politique et sociale en Nouvelle-Calédonie, combien sont importants les investissements à plus long terme dans la résilience face aux grands risques évoqués plus haut. Une protection totale est illusoire dans ces territoires vulnérables, mais on réduirait fortement les risques si l’on investissait plus systématiquement dans des constructions résistantes, aux séismes à Vanuatu, aux cyclones dans toutes ces îles tropicales exposées. Plus fondamentalement, les politiques publiques devraient accorder une importance capitale à la lutte contre la pauvreté et aux investissements en capital humain (enseignement, formation), facteurs de réduction de tous les types de vulnérabilité. De ce point de vue, le maintien d’une relation forte avec un pays plus grand et plus avancé du point de vue économique est susceptible de constituer pour chaque petit territoire insulaire un atout contre les risques envisagés ci-dessus.

Le cyclone Chido a durement frappé l’île de Mayotte, faisant plusieurs dizaines de morts (39 recensés à ce jour) et des centaines de blessés.

Le cas de Mayotte est compliqué par la forte immigration en provenance de l’archipel des Comores. Sur plus de 300 000 habitants, un tiers environ sont des immigrés en situation illégale et l’attrait exercé par les avantages sociaux relatifs du département français engendre des flux constants de population. Tant que ce problème n’est pas traité d’une façon ou d’une autre, il est difficile d’envisager une solution durable au développement du territoire. Cela est dommage, car l’exemple de Maurice, plus à l’est dans la région, montre que le développement économique d’un petit territoire insulaire est possible avec les ressources locales et un bon accueil fait aux investissements étrangers. Le tourisme et d’autres activités productives de biens et services pourraient contribuer grandement au développement de Mayotte, à condition d’améliorer les investissements productifs et la gouvernance pour les accompagner (y compris le problème migratoire). En ces temps de fêtes de fin d’année et de Nouvel an, il n’est pas interdit de rêver.