Ainsi le Haut-commissariat porte le texte instaurant une taxe dissuadant la spéculation immobilière insulaire au profit de Continentaux, devant le Conseil d’État (lire notre dossier « Marché immobilier tendu : des prix fous et une taxe attaquée par l’État et les professionnels du secteur ») ! Comme c’est étrange.
Pourtant il a laissé passer en 2004 la délibération autorisant le Pays à s’approprier arbitrairement les lits de rivière des propriétés familiales insulaires. Et les tribunaux légitimisent cette spoliation au mépris du Code civil et de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Comment ne pas vivre cela comme une discrimination péjorative contre les autochtones aux droits régulièrement bafoués et une discrimination positive pour les expatriés aux droits toujours défendus ?
Hors de toute attitude raciale ou racialiste, le bon sens invite à ne pas stupidement appliquer les lois continentales aux espaces insulaires restreints.
Tout marin le comprendrait.
On ne peut exiger l’application du principe de liberté d’aller et venir sur un paquebot à une pirogue ! Le naufrage de la pirogue serait assuré.
Et si les nouveaux venus peuvent retourner à bord de leur paquebot sans se sentir exilés, ce ne serait pas le cas du piroguier naufragé.
Si un continental peut vivre l’arrivée de nouveaux venus sur son sol pourtant immense comme une intrusion agressive dans son espace vital, à combien plus forte raison l’insulaire !
Si le Continental refuse d’entendre l’Insulaire en l’accusant de racisme, ne peut-on lui retourner son argument fallacieux en l’accusant de surdité et de cécité à une réalité où ses nobles principes ne peuvent être appliqués de la même manière sans faire preuve de racisme et de déni de réalité ?
Si le flot d’immigrés du Sud pillé par ses grands-parents cherche refuge sur le sol des ex-pillards européens, ce n’est pas une raison pour que des Européens d’aujourd’hui se mettent à accroître les conséquences d’une dépossession bicentenaire de l’accès à sa terre nourricière d’insulaires du Pacifique.
Car souvenons-nous. Autrefois la terre ‘Ai’a Fenua était sacrée. Terre nourricière, nul ne la possédait sinon les ancêtres. La destruction des marae par Pomare II et la diabolisation des ancêtres par les missionnaires l’ont rendue maudite car aliénable au plus offrant dans un système monétaire qui excluait les autochtones. L’argent n’entrait pas dans son système de valeurs ! Le peu qu’on lui offrait pour une terre était suffisante pour combler un besoin du moment. Mais plus jamais il ne retrouvera sa terre l’insulaire. Car l’argent, ce n’est toujours pas lui qui l’a.

