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Nous sommes le quintuple 2, c’est à dire le 02 02 2022. Oh! rien de spécial à fêter sinon la Chandeleur sans crêpes, celles-ci étant différées à dimanche où quelques-uns des enfants et mootua seront en principe réunis. Libellant un chèque, cette succession de 2 m’a d’autant plus amusée que ce jour ne marquera pas…

À Papeete et ailleurs où des portraits de Tchang Kai Cheik décoraient les murs des échoppes. Ça pétaradait aussi en ce jour anniversaire du soulèvement du 10 octobre 1911 qui entraîna la chute de la dynastie Qing, la fin du régime impérial chinois. C’était fête à Taïwan, Pékin et ici aussi pour des non français. Aujourd’hui, c’est le 1er jour de l’année du Tigre d’eau fêté par leurs descendants devenus français la veille des élections évinçant Pouvana’a a ‘O’opa. Ils ne fêtent plus les événements politiques de leurs Chines d’origine mais continuent à célébrer leurs ancêtres ici, où les ancêtres indigènes furent bannis par Pomare II et les missionnaires. Qu’ils en ont de la chance tous ceux dont les ancêtres sont ici révérés !

Le quartier de l’Union sacrée ainsi nommé il y a 100 ans par la France, en exortation à unir les forces contre l’ennemi est, par une étrange coïncidence, le lieu où se rassemble le sacré de tous les immigrés en terre tahitienne. Qu’ils soient chinois, juifs, mormons, sanitos, catholiques ou protestants, ils sont tous honorés. Leurs fils et filles obéissent au 4e commandement donné à Moïse : « Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent dans le pays que Dieu te donne ! » Ils prospèrent sur cette terre devenue la leur.

Un seul groupe ethnique et culturel n’y a pas de place pour ses ancêtres : les Polynésiens.

Les anciens Polynésiens n’étaient pas propriétaires de la terre nourricière sans laquelle ils ne pouvaient vivre, échanger, et partager dignement avec autrui les fruits de leur art et de leurs expertises. Ils appartenaient à la terre qu’ils avaient appris à connaître, décrire, aimer, célébrer, exploiter, gérer.

En pleines épidémies meurtrières, Pomare II a profané les marae qui sacralisaient la terre qu’il a rendue vénale. Les missionnaires ont diabolisé les ancêtres. Le sacré ancestral devenu dangereux et maléfique, les endeuillés déboussolés ont cédé à la loi de Vérité instaurant la vénalité de la terre. Au cours du temps, ils s’en sont défaits à des prix dérisoires. Aujourd’hui, où certains de leurs descendants veulent en racheter une infime parcelle, les prix ont tellement flambé qu’ils n’ont plus qu’à se rabattre sur ces ensembles immobiliers copies conformes des nids à désespoirs et activités mafieuses des banlieues européennes, asiatiques et américaines civilisées.

Avaient-ils eu le choix celles et ceux qui ont dit « oui » à la diabolisation de leur sol ? En avaient-ils imaginé les conséquences ?

Un éminent professeur universitaire ironise sur une « colonisation consentie« . Recommandons-lui la lecture de Vanessa Springora : Le consentement.

Employer les mots justes est essentiel pour penser juste ou prendre le chemin d’une pensée cohérente. C’est fou comme l’on utilise les mots à contresens et en dépit du bon sens avec aplomb.

Ainsi, l’on s’entête à qualifier d' »exotiques » les plantes qui foisonnement et surgissent du sol après des semaines de pluies diluviennes. Or, ici, ne sont normalement exotiques, que les plantes exogènes au sol de nos jardins telles les pommes et poires… L’expliquer aux fleuristes et autres marchands me vaut des regards suspectant un dérangement cérébral sous mes cheveux blancs.

En tahitien non plus, ça n’est pas toujours super.

Ainsi, aux infos, alors que ‘Ō‘ovi est le mot pour dire la lèpre, les journalistes de la télévision se contentent de mal prononcer « lèpre » en disant repera! Et ça se revendique ma’ohi. Aueeee !

Quotidiennement nos journalistes nous disent « au revoir » en nous disant parahi = assis.

Or, en tahitien, selon que l’on parte ou que l’on reste le mot « au revoir » est différent. Ainsi une personne qui se lève dit Parahi = « Reste assise » à la personne qui reste assise. Celle-ci répond : Haere = « Va » à celle qui s’en va. 

Quand deux personnes se lèvent et s’en vont dans des directions différentes, elles se disent : Haere = Vaou Haere ana’e = Allons, partons.

En toute logique, les journalistes désireux de dire « au revoir » aux auditeurs devraient dire : « Parahi tei parahi, haere tei haere« . Sous-entendant : « Demeurez en paix, partez en paix. » Ou devraient se contenter de dire : Ia maita’i = « Portez-vous bien »

Autre chose aussi m’écorche les oreilles sur les télés locales et nationales c’est l’expression : « les un an ». Pourtant on ne dit pas « les un chien » ou « les une fleur« . Même des lettrés s’expriment mal. Logiquement on fête son 1er anniversaire ou « son un an » mais pas « ses un an »! Sapristi.

J’ai aussi entendu des journalistes dire les « neuf zyeux » alors qu’il n’y a pas d’s à neuf pas plus qu’a quatre, huit, vingt ou cent. Il y a d’autres énormités qui devraient inciter les directions des radios et télés à exiger des journalistes qu’ils suivent des cours de remise à niveau en langues française et tahitiennes élémentaires. En anglais aussi d’ailleurs où hidden se prononce i et non ai. Aie aie aie les oreilles !

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