Comment s’y prendre, Monsieur le ministre de l’Éducation de Tahiti, pour que cesse la célébration permanente du « ‘aito », à tout propos ? Ce guerrier musculeux formaté pour la bagarre et l’usage de la violence ne me semble pas suffisant dès lors que, « dans le même temps », on prétend promouvoir une société fraternelle, de partage, de compassion, de cœur et d’esprit.
Vous savez bien, Monsieur le ministre, que la célébration de ce « ‘aito » plein de muscles, celui dont rêvaient les fascistes et les nazis, n’a rien à voir avec la célébration d’un « surhomme », imaginé par Nietzsche, le philosophe, qui était celui de l’esprit, des clartés méditerranéennes, de la musique et de la danse. Nos guerriers, pour l’instant, n’ont rien à voir avec les brutes, mais nous devons rester conscients de possibles dérives.
En effet, l’actualité quotidienne déverse dans nos oreilles et dans nos yeux des salves de violence et de vacarme. On pratique l’insulte minable sur les réseaux sociaux, on tue partout, y compris dans les jeux proposés aux enfants sur les smartphones, nids de querelles invasives. Sont-ils condamnés, nos enfants, à se nourrir de telles pitances et devenir des « sauvageons » ?
Que peut faire l’École pour prévenir cela ? À titre de propositions :
1/ Protéger les écoliers, en accordant les violons des familles, des associations, des ministères concernés, pour endiguer l’usage excessif des portables et le vacarme.
2/ Leur apprendre, dès l’école primaire, que le FICTIF n’est pas le RÉEL, et que celui qui meurt dans les jeux, sur la Toile, n’a rien à voir avec celui qui décède vraiment.
3/ Leur apprendre à différencier les FAITS et la SUPPOSITION.
4/ Leur apprendre à ne plus confondre ce qui est VÉRIFIABLE et ce qui est le fruit de l’IMAGINATION et des CROYANCES.
5/ Leur apprendre à pratiquer le RESPECT de soi-même, des autres et de leurs différences, des animaux de la terre, du ciel et de l’eau, de la nature et des mobiliers des communes.
Est-il nécessaire de rappeler qu’outre ces cinq propositions, propres à développer l’intelligence, il ne s’agit pas d’une discipline nouvelle qui s’ajouterait aux apprentissages des contenus de base pour : « parler, lire, écrire, compter », mais d’une exigence d’interdisciplinarité.
Cette liste, Monsieur le ministre, n’est certes pas exhaustive, mais pourrait, me semble-t-il, être entendue, critiquée, enrichie, rejetée.
Car tout est là : ne pas confondre l’analyse critique et l’opposition idéologique, une « logique » partisane, donc partielle et violente, et une écoute démocratique.
Je vous avoue avoir peu d’illusion sur l’attention portée par les responsables aux chroniques de Pacific Pirates Média, notamment à celles publiées dans la rubrique : « Cap sur l’Éducation ». Comme si le mutisme était un choix de gouvernance, comme si les politiques n’entendaient que les propos d’autosatisfaction, les récits des prouesses des « ‘aito » musclés, connectés sur des câbles et non les simples analyses.
C’est bien dommage.
