Nous n’avons jamais oublié la multitude des savoirs absorbés, dans les diverses disciplines de nos écoles d’autrefois. Qu’en reste-t-il ? Très souvent peu de chose. À se demander si, parfois, on ne nous aurait pas proposé des choses inutiles.
Je crois le questionnement pertinent et je me risque même à confirmer qu’on pourrait largement alléger le fatras des programmes pour cibler l’essentiel qui tient, comme disaient mes maîtres, dans le creux de la main. Et il serait plus facile qu’on ne le croit de dégager cette substantifique moelle et la cibler dans les apprentissages.
Par contre, on a, sans le savoir ou le dire, balancé par-dessus bord l’apprentissage des « savoir-être » sans lesquels l’éducation des enfants ne tient pas. Il en résulte un ensauvagement qui de Papeete à Moscou, pour mille raisons diverses, pose problème. Il s’agit, osons l’avouer, d’éducation morale (qui n’est pas une confessionnalisation des consciences) et civique (qui n’est pas un bourrage de crânes). De fait, ici, on bat les femmes et on balance, par la portière, les chats ; ailleurs, en Ukraine lointaine, on bombarde les faibles qui refusent d’être soumis.
Qu’on ne me fasse pas dire qu’une morale, quelle qu’elle soit, pourrait permettre de faire cesser les combats. Les richesses du sous-sol ukrainien pèsent plus lourd que la morale dans les motivations des prédateurs. Qu’on reconnaisse, cependant, que, faute d’apprendre le respect, on se prive d’une arme précieuse pour réduire les conflits de personnes ou de peuples, tant il est clair qu’il n’y a pas de démocratie sans la pratique des vertus. Que les États se mobilisent pour régler ces problèmes ; que les responsables d’Écoles retrouvent, en plus, le chemin d’un enseignement de la morale et du civisme qui est, en définitive, l’apprentissage du respect.
En effet, si l’on me demandait ce qu’est une École, je dirais volontiers que c’est le lieu profane et sacré où l’on transmet à la génération qui vient l’héritage du passé et l’obligation du respect. Chapeautant un enseignement des savoirs (parler, écouter, écrire, s’exprimer, compter, mesurer, opérer, mémoriser, résoudre des problèmes, inventer…), il faut apprendre à être soi et ensemble (c’est la raison pour laquelle l’enfant devient écolier).
L’apprentissage du respect est la seule poutre maîtresse qui vaille car elle donne sens et unité aux séries des apprentissages nécessairement fragmentés selon leur logique propre (l’orthographe a la sienne, ainsi que le calcul, ainsi que la géographie…). Les pédagogues appellent ça, dans leur jargon, « les didactiques ».
Les didactiques ? Soit. Mais surtout ce qui suit.
Respect de soi
Qui ne voit qu’il y a, là derrière, tous les apprentissages de l’hygiène, de l’alimentation (équilibrée) ; le suivi médical (scolaire), les pesées mensuelles (à pratiquer), les vaccinations (obligatoires et occasionnelles), les soins dentaires ; les activités corporelles (gymnastique et sports collectifs) ; les protections contre les maladies vénériennes, les consommations interdites par la loi…
Respect des autres
Qui ne comprendrait qu’il y a, sous un tel vocable, ce qui relève du respect de son voisinage (bruits, animaux, entretien des haies et jardins) , de la santé des enfants (rythmes de sommeil et d’activités), des anciens (et de l’attention qui leur est due), des femmes ; l’intégration des transgenres, des étrangers (qui épousent les lois de la République), le respect des religieux, des agnostiques, des athées, des politiciens opposés, des dépositaires de l’autorité publique ; des animaux de l’air, de la terre, de l’eau, et de leurs habitats délicats…
Respect des environnements (naturel et artificiel)
Pour soigner les sols nourriciers, accepter le rythme des saisons ; nettoyer les berges des rivières, les plages, les fontaines ; développer les sages pratiques des pêches coutumières ; entretenir les itinéraires balisés, épargner les mobiliers communaux, les parcs, les clôtures, les signalisations routières, les espaces aménagés ; utiliser correctement les lieux de dépôts d’ordures… laisser le bureau, la classe, la cour impeccables, le soir…
Ne croyez-vous pas qu’il y aurait là de quoi nourrir des programmes scolaires, de l’élémentaire au secondaire, puis des circulaires ministérielles d’application leur donnant force et vigueur ?
J’ai pu rêver, parfois, que l’école, hors les récréations et les pratiques d’apprentissages, soit un lieu de silence et de vie intense (pour l’éveil des intelligences), aussi sacré qu’un lieu de prière, une Ambassade, une Université. Devant de telles retraites, on signalerait « Silence » au conducteur pressé qui ralentirait, réduisant le bruit du moteur, comme on le fait devant un hôpital, une parabole écoutant les étoiles, un berceau.
Alors, le respect souhaité aurait réduit… inconscience et violence. Ce jour viendra peut-être, même si nous ne sommes plus là pour le vivre, dans nos écoles respectées.
