L’enjeu stratégique du « Carbone Bleu », ou comment la France peut sauver un puits de carbone crucial du Pacifique Nord-Oriental, menacé par la pêche illégale…
L’atoll français de La Passion-Clipperton est bien plus qu’une possession ultramarine isolée, dans le Pacifique nord-oriental. Sa Zone Economique Exclusive (ZEE) renferme un puits de carbone bleu d’une importance critique pour l’atténuation climatique mondiale. Pourtant, la protection actuelle – une Aire Marine Protégée (AMP) de seulement 12 milles nautiques – est largement insuffisante face à la surpêche intensive et illégale. Cet article soutient que la France doit affirmer un véritable leadership international en intégrant la conservation maritime dans ses objectifs de neutralité carbone. La proposition est claire : extension immédiate de l’AMP à un minimum de 50 milles nautiques, complétée par la création d’une Aire Marine Gérée (AMG) sur le reste de la ZEE. Une mesure concrète et urgente pour sécuriser nos actifs climatiques.
I. Fondements juridiques : le droit, instrument d’une souveraineté climatique
« Le droit est le royaume de la liberté réalisée, le monde de l’Esprit produit à partir de lui-même comme une seconde nature. » Hegel (1821 : préface § 4)
Pour Hegel, l’histoire humaine est le long processus par lequel les sociétés apprennent à donner une forme collective et rationnelle à la liberté. L’État de droit moderne représente l’aboutissement de ce mouvement. Si le droit est bien « une seconde nature », il reste un édifice vivant qui doit se renforcer pour garantir les libertés fondamentales face aux crises.
Dans le cas de Clipperton, cette réflexion prend une portée très concrète. Protéger la ZEE par des dispositifs juridiques structurés (comme une AMP ou une AMG) et une surveillance efficace, ce n’est pas qu’un choix scientifique : c’est un acte de souveraineté juridique et climatique. C’est ainsi que le droit devient « liberté réalisée » : par la capacité de la France à défendre un bien commun mondial, l’océan, contre la prédation et l’illégalité. Défendre Clipperton, c’est donc inscrire la protection du vivant et du climat dans la responsabilité envers les générations futures.
L’atoll de La Passion – Clipperton, unique possession française dans le Pacifique Nord-Oriental, représente par sa ZEE de 435 612 km² (créée autour de l’atoll, d’un rayon de 200 milles nautiques) un territoire stratégique pour la biodiversité[1] et l’avenir climatique de la France et du monde. C’est pourquoi l’État doit affirmer son statut et intégrer la protection de cette ZEE comme une mesure climatique concrète et urgente.
Alors que l’Etat doit affirmer son rôle et son statut[2] dans la protection des océans et atteindre ses objectifs de neutralité carbone, cet article expose une réflexion stratégique en vue d’une mesure climatique concrète et urgente : celle d’intégrer la protection de la ZEE par l’extension d’une AMP, complétée par la création d’une AMG sur le reste de la ZEE, en s’appuyant sur l’argument du « carbone bleu »[3].
II. L’or bleu oublié : le rôle déterminant du carbone océanique
L’argument central est celui du « carbone bleu »[4]. L’expression fait référence à la molécule[5] de CO₂ qui est capturée et stockée par les écosystèmes marins, principalement dans leurs sédiments. Ces écosystèmes (mangroves, marais salants[6], herbiers marins, les macroalgues, les marécages, les tourbières)[7] constituent des puits de carbone très efficaces sur le long terme[8].
Malgré leur taille minuscule – leur biomasse aérienne ne représente qu’à peine 0,05% de la biomasse terrestre[9] – les habitats végétaux de l’océan sont responsables de la capture de plus de la moitié (55%) du carbone biologique séquestré mondialement par les organismes vivants (Nellemann et al., 2009).
Le potentiel de stockage de ces systèmes est comparable à celui des forêts et pourrait atteindre jusqu’à 70 % du carbone stocké dans l’ensemble des sédiments océaniques[10]. L’océan est un réservoir de carbone d’une ampleur et d’une stabilité supérieures à celles des grands écosystèmes continentaux, comme la forêt amazonienne[11]. Il est cependant crucial de noter que les estimations de cette capacité d’enfouissement à très long terme demeurent incertaines (Mcleod et al., 2011).
A. L’atout : le « carbone bleu » de Clipperton
Dans le cas de Clipperton, le « carbone bleu » repose sur les sédiments profonds et l’activité biologique associée aux monts sous-marins (Cermeno, Queiros)[12], faisant de cet ensemble une composante essentielle de la stratégie nationale d’atténuation du changement climatique.


Ces reliefs jouent un rôle de puits de carbone de longue durée, alimenté par la chaîne trophique océanique. En protégeant la ZEE, la France ne fait pas que préserver la biodiversité : elle sécurise un stock de carbone stable et fondamental.
B. La « pompe à carbone » des grandes baleines
A ce sujet, les grandes baleines (celles à fanons et les cachalots)[14] jouent un rôle biogéochimique majeur, longtemps sous-estimé, dans le cycle du carbone océanique. À travers le mécanisme dit des « cadavres de baleines » (whale falls), la mort naturelle d’un individu entraîne un transfert massif de carbone vers les sédiments profonds, représentant en moyenne l’équivalent de 33 tonnes de dioxyde de carbone (CO₂)[15] immobilisées dans les réservoirs profonds de l’océan (Roman et al., 2014).
Ainsi, lorsqu’une grande baleine meurt, son corps coule au fond de l’océan, emportant le CO₂ séquestré pour plusieurs siècles dans les sédiments. Ce processus, désigné sous l’appellation « pompe à carbone des baleines », contribue ainsi au stockage durable du carbone dans l’océan profond. Par ailleurs, leurs excréments enrichissent les eaux de surface en nutriments, stimulant la production primaire du phytoplancton et, par conséquent, l’importante absorption du CO₂ atmosphérique. Une ZEE fonctionnelle et préservée conditionne donc la santé et la productivité de l’ensemble de la mégafaune marine.
C. La menace : la destruction des puits de carbone par le chalutage
Cette importance vitale est confrontée à une menace concrète : l’érosion des habitats marins. Ces zones disparaissent à un rythme plus rapide que tout autre écosystème de la planète, soit une perte annuelle estimée entre 2 et 7% (Macreadie et al., 2013).
La menace est aggravée par les pratiques de pêche destructrices, dont le chalutage de fond qui perturbe gravement les fonds marins et remet en suspension le carbone stocké dans les sédiments. De nombreuses études confirment que ces perturbations induisent une reminéralisation importante du carbone organique, provoquant une émission nette de dioxyde de carbone (Atwood et al., 2020 ; Turns, 2024). A l’échelle mondiale, le chalutage pourrait libérer jusqu’à 30 millions de tonnes de CO₂ par an (Zhang et al., 2024).

Légende : (a) couplage bentho-pélagique dans un système naturel (benthic–pelagic coupling in a natural system), illustre le cycle normal du carbone organique entre sédiments et colonne d’eau ; (b) processus impliqués dans le chalutage de fond (processes involved in bottom trawling), montre comment le chalutage perturbe les sédiments et libère du carbone ; (c) termes sources et puits estimés du carbone organique dans les sédiments de surface selon le modèle pour les scénarios « pas de chalutage » et « chalutage » (model-estimated source and sink terms…), fournit une estimation quantitative de l’impact du chalutage sur le stockage du carbone (remplissage plein, n = 67 valeurs annuelles pour 1950-2016) et avec chalutage (remplissage en motif, n = 67 valeurs moyennes pour 1950-2016) en mer du Nord. (Source : Phys Org, 2024)

Les engins de pêche de type traînant, destinés à capturer les espèces benthiques ou proches du fond, restent en contact constant avec le substrat. Ils sont équipés de dispositifs de lest et d’écartement, tels que des panneaux ou perches, ainsi que de composants raclant le fond – bourrelets, chaînes, dents ou racasseurs – qui soulèvent ou déterrent les organismes ciblés. Les captures sont ensuite recueillies à l’aide de filets ou grilles, le tout étant tracté par le navire via des câbles métalliques. Parmi ces dispositifs, certaines parties sont particulièrement destructrices pour les fonds marins : les racasseurs pénètrent plusieurs centimètres dans les sédiments, tandis que les panneaux des chaluts, parfois extrêmement lourds, exercent une pression concentrée pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres dans les sédiments meubles. La surface affectée par une opération de pêche dépend de la taille de l’engin et de la durée du chalutage, et peut couvrir plusieurs centaines de milliers de mètres carrés (Vaz, Laffargue, 2021).
En considérant le suivi de la ZEE – qu’il soit satellitaire ou réalisé par voie maritime –, comme un instrument de protection climatique, cette démarche souligne l’urgence d’une action coordonnée : la France doit veiller à ce que son patrimoine océanique ne devienne pas une source supplémentaire de perturbation du climat. Cette approche intégrée, alliant protection juridique, gestion écologique et préservation des puits de carbone, prépare le terrain pour examiner les enjeux stratégiques et les leviers d’action publique permettant de concrétiser ces mesures dans la ZEE de Clipperton.
III. La solution : étendre la protection pour sauver l’actif climatique
L’architecture de protection actuelle est inopérante. L’AMP de Clipperton ne couvre que 12 milles nautiques, soit 0,4% de la ZEE. Notre association La Passion – Clipperton plaide pour un dispositif de gouvernance double et structuré :
1. Extension de l’AMP à 50 milles nautiques minimum est absolument cruciale, car elle permet de couvrir environ 6 % de la ZEE. Surtout, elle engloberait les monts sous-marins Cermeno, au nord-est, et Queiros, au sud-est, qui sont juste en dehors de la limite est du cercle des 24 milles nautiques (délimitant la zone contigüe). Ces reliefs sont de véritables « oasis de vie » de la dorsale Clipperton[16], offrant un habitat essentiel et abritant des écosystèmes profonds qui sont des réservoirs majeurs de carbone stocké sur le long terme. Ces zones abritent des espèces sédentaires essentielles comme les coraux d’eau profonde et des communautés benthiques uniques, toutes impliquées dans le cycle du carbone.
2. Création d’une AMG sur le reste de la ZEE, jusqu’à 200 milles nautiques, entrainerait que la pêche ne serait autorisée qu’en dehors des périodes de migration et de reproduction de la faune halieutique, à l’image du modèle de l’île colombienne de Malpélo. Cette restriction garantirait la santé et la diversité des populations, dont les requins, thonidés, régulièrement observés. Elle assurerait par ricochet la résilience de l’ensemble de la chaîne alimentaire, notamment la faune aviaire (les fous bruns, frégates, Sternes – dont Clipperton abrite la plus grande colonie mondiale). Les oiseaux n’auraient plus à s’éloigner dangereusement pour se nourrir, ainsi que leurs petits restés sur la couronne coralienne.
Ces deux dispositifs garantiraient l’intégrité écologique et la stabilité des stocks de carbone organique dans les sédiments profonds.
IV. Perspectives : sécuriser l’avenir et le financement
L’argument dépasse largement le simple contrôle de la pêche légale (le tonnage mexicain ne représente que 0,5 % de l’effort de pêche) pour se concentrer sur la préservation d’un puits de carbone critique pour le climat mondial. La sécurisation de ces stocks dans le Pacifique positionne la France comme une puissance océanique responsable.
A terme, cette protection pourrait s’accompagner de mécanismes de financement innovants fondés sur les crédits « carbone bleu ». Chaque tonne de CO₂ séquestrée ou protégée dans les sédiments profonds, les monts sous-marins ou par la biomasse marine pourrait théoriquement être quantifiée, certifiée et convertie en crédit monétisable. Ces crédits, échangeables sur les marchés climatiques volontaires ou réglementés[17], permettraient de générer des ressources durables pour financer la conservation, le suivi scientifique et la régulation de la pêche dans la ZEE. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD, 2025) distingue à ce titre les marchés réglementés, fondés sur des obligations légales, et les marchés volontaires, mobilisés par des entreprises dans une logique de compensation ou de contribution climatique.
Le rapport de la Direction générale du Trésor (Pasteau et al., 2025) souligne que les crédits « carbone » constituent aujourd’hui un instrument majeur de mobilisation de la finance privée au service des objectifs climatiques. Leur marché représentait environ 500 millions de dollars en 2024, mais traverse une phase de forte remise en question liée à des problèmes de qualité des projets, d’additionalité, de permanence du stockage et à plusieurs scandales d’« écoblanchiment » (greenwashing)[18]. Face à ces dérives, des initiatives internationales visent à renforcer leur encadrement, notamment à travers les discussions engagées dans le cadre de l’Accord de Paris et de la COP 30[19], tenue à Belém (au Brésil) en novembre dernier (2025). D’ailleurs, lors de cette dernière Conférence des Nations Unis sur les changements climatiques la protection des grands puits de carbone terrestres et marins a été affirmée comme un levier central pour le respect de l’objectif de maintenir le réchauffement planétaire de 1,5°C (Réné, 2025). En effet, la COP 30 a confirmé la volonté des Etats-parties de renforcer la prise en compte de l’océan et des écosystèmes marins dans les stratégies climatiques nationales. Un communiqué officiel indique que l’objectif « bien en dessous de 2°C – avec l’ambition de 1,5°C – d’ici la fin du siècle » reste central, notamment via des mesures de protection des grands puits de carbone marins et terrestres (Ministère de la Transition écologique, 2025 : 11).
L’Union européenne prévoit d’ailleurs un recours limité à ces crédits internationaux de haute qualité dans sa trajectoire climatique à l’horizon 2040, tout en envisageant l’intégration de projets d’absorption carbone dans son propre marché.

L’extension de ces mécanismes aux écosystèmes marins, sous la forme de crédits « carbone bleu », suscite toutefois de vives controverses. Selon un rapport de la Fondation européenne Surfrider (2025), ces dispositifs souffrent aujourd’hui d’un déficit de crédibilité lié aux incertitudes scientifiques, aux difficultés de vérification, aux coûts d’accréditation et aux enjeux de gouvernance. Ces mécanismes ne sauraient, en tout état de cause, se substituer à des politiques publiques ambitieuses de protection des écosystèmes. C’est pourquoi l’approche du « carbone bleu » doit avant tout être perçue comme un levier politique et financier qui transforme le débat en un enjeu de haute stratégie d’État.

En consolidant la ZEE de Clipperton comme un puits de carbone stratégique et en mobilisant à la fois les instruments juridiques, les leviers financiers et les acteurs étatiques, la France dispose d’une opportunité unique de conjuguer conservation marine et politique climatique. L’intégration des crédits « carbone bleu » renforce ce levier, en transformant la protection écologique en un outil financier concret et durable, capable de soutenir à long terme la surveillance, la gestion et la recherche scientifique.
Cette perspective ouvre désormais le chemin vers une réflexion prospective sur la gouvernance des océans et le rôle des États dans la protection des puits de carbone à l’échelle mondiale, tout en consolidant la position de la France comme puissance maritime responsable et innovante.
Conclusion : La Passion-Clipperton, le levier d’une puissance éclairée
L’analyse menée sur la ZEE de La Passion-Clipperton démontre que sa protection ne se limite pas à un enjeu écologique ou halieutique : elle constitue un outil stratégique à la croisée de la souveraineté nationale, de la conservation marine et de la lutte contre le changement climatique.
En cela, Clipperton illustre la dialectique hégélienne entre l’intérêt particulier et universel : l’action nationale pour la protection de la ZEE se trouve simultanément au service de la régulation climatique globale. Ce projet ne relève pas de la simple préservation, mais devient le symbole d’une puissance d’État éclairée, où la conservation écologique et le leadership stratégique se rejoignent.
Prospectivement, la sécurisation de ces puits de carbone marins ouvre des pistes innovantes pour la gouvernance et le financement de l’océan. Les crédits « carbone bleu », s’ils sont rigoureusement encadrés, peuvent constituer un outil de mobilisation des financements privés et publics, garantissant la surveillance, la gestion et la recherche scientifique. Cette approche pourrait servir de modèle reproductible dans d’autres ZEE françaises et internationales.
Face à la crise climatique, la préservation des puits de carbone profonds est un enjeu collectif pour la planète. En ce sens, protéger Clipperton, c’est agir concrètement pour la résilience climatique mondiale tout en consolidant le leadership maritime et environnemental de la France.
Anthony Tchekemian, Vice-président chargé de la coordination scientifique pour l’association loi 1901 « La Passion Clipperton » (SIREN : 892 880 386), siège social au 27 rue des Marines – 17480 Le Château-d’Oléron
UMR 228 Espace pour le Développement (Espace-Dev)
———
Notes :
[1] Cf. « La faible diversité de la flore et de la faune terrestre, avec d’importantes relations interspécifiques » (Tchekemian, 2023 : 37-48).
[2] En liant explicitement la gestion d’une ZEE lointaine à la séquestration de carbone pour atteindre des objectifs de neutralité carbone, la France se positionnerait en pionnière et leader dans l’intégration des solutions océaniques.
[3] « Carbone Bleu » (ou Blue Carbon) est une expression qui désigne le carbone capturé et stocké par les écosystèmes côtiers et marins du monde (mangroves, herbiers marins et, par extension, les sédiments des zones profondes comme ceux des monts sous-marins). Ces puits de carbone sont très efficaces pour stocker le CO2 à long terme.
[4] « Carbone Bleu » (ou Blue Carbon) est une expression qui désigne le carbone capturé et stocké par les écosystèmes côtiers et marins du monde (mangroves, herbiers marins et, par extension, les sédiments des zones profondes comme ceux des monts sous-marins). Ces puits de carbone sont très efficaces pour stocker le CO2 à long terme
[5] Corps simple métalloïde (symbole C, numéro atomique 6, masse atomique 12,01, point de fusion 3 650°C, point d’ébullition 4 827°C) abondant dans la nature sous plusieurs formes, élément essentiel du charbon et de tous les tissus animaux ou végétaux.
[6] Appelées encore marais intertidaux, marais salés, prés salés ou schorres (en géographie littorale).
[7] Sont énoncés pour l’argumentation différents mécanismes (herbiers, sédiments profonds, baleines, chaîne trophique…), mais il conviendrait de bien distinguer ce qui relève d’un stockage durable ou temporaire, et ce qui est prouvé localement. Pour ce faire, il faudrait séparer clairement les catégories : 1. carbone stocké dans sédiments côtiers/océaniques ; 2. carbone biogénique via biomasse animale/végétale + effet « pompe biologique » ; 3. risques liés à la perturbation (chalutage, pêche…). Lire Duarte et al. (2013), Chastain et al. (2022).
[8] Cf. Evaluation Française des Ecosystèmes et des Services Ecosystémiques (2019) sur la séquestration de carbone par les écosystèmes, partie « sédiments marins » : ce rapport national montre que les sédiments aquatiques, en profondeur supérieure à 1 000 m, constituent un compartiment stable pour plusieurs siècles, potentiellement millénaires.
[9] Pour avoir une base comparée aux écosystèmes côtiers, voir Hayes et al. (2021).
[10] Cf. Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (2019).
[11] Attention, si l’analogie avec l’Amazonie est rhétoriquement forte, scientifiquement elle peut être critiquée. Car, si l’idée est vraie à l’échelle planétaire, elle n’est pas démontrée localement. Pour ce faire, il nous faudrait étudies les flux mesurés à La Passion – Clipperton.
[12] Les monts sous-marins Cermeno et Queiros sont localisés immédiatement autour de l’atoll de La Passion – Clipperton et relèvent de la structure géologique associée à la fracture de Clipperton, c’est-à-dire de la branche sud de la vaste zone Clarion-Clipperton.
[13] L’auteur remercie Jean‑François Beaulieu (association La Passion‑Clipperton) pour sa relecture du modèle numérique de terrain fourni par le SHOM.
[14] Les baleines à fanons et les cachalots, regroupés sous le terme de « grandes baleines », figurent parmi les plus grands organismes de la biosphère. En raison de leurs besoins métaboliques élevés et de leurs abondances historiques, elles ont exercé une influence majeure sur le fonctionnement des écosystèmes marins, à la fois comme consommateurs de niveaux trophiques intermédiaires, comme vecteurs verticaux et horizontaux de nutriments, et comme sources d’énergie dans les environnements profonds. Le déclin global de leurs populations, estimé entre 66% et 90% depuis l’ère préindustrielle, a profondément modifié la structure et la dynamique des océans, tandis que leur rétablissement progressif est susceptible d’entraîner de nouveaux changements fonctionnels à l’échelle planétaire (Roman et al., 2014).
[15] Le dioxyde de carbone, aussi appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, le CO2 qui est, avec la vapeur d’eau, le principal (en quantité) gaz à effet de serre produit par l’activité humaine, avec environ 74 % du total (tous modes d’émissions réunis).
[16] L’exploration de la dorsale révèle une faune d’une richesse insoupçonnée, méconnue, inféodée à ces fonds, lesquels renferment des ressources en minéraux qui intéressent l’industrie minière (Chauveau, 2016).
[17] Cf. page Internet PUND (2025) « Qu’est-ce que les marchés du carbone et comment fonctionnent-ils ? », mis en ligne le 10 septembre 2025, [URL : https://climatepromise.undp.org/fr/news-and-stories/quest-ce-que-les-marches-du-carbone-et-comment-fonctionnent-ils?utm_source=chatgpt.com].
[18] L’« écoblanchiment » (greenwashing en anglais) désigne les pratiques de communication par lesquelles un acteur économique ou institutionnel met en avant un engagement environnemental exagéré, trompeur ou non vérifiable, dans le but d’améliorer son image sans que cela ne corresponde à des actions réelles, mesurables et durables. Dans le domaine des marchés carbone, l’écoblanchiment renvoie notamment au recours à des crédits de faible qualité, ne garantissant ni l’additionalité, ni la permanence du stockage, ni l’absence de double comptabilisation, ce qui conduit à une surestimation artificielle des bénéfices climatiques des projets financés.
[19] La COP (Conference Of the Parties) est la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Celle numéroté 30 s’est tenue à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. L’objectif des COP est de coordonner la réponse internationale à la crise climatique. Elles permettent de suivre l’évolution des émissions de gaz à effet de serre d’année en année, de renforcer les engagements des pays et de fixer des objectifs communs pour limiter le réchauffement climatique.
———
Bibliographie
Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (2019) Technologies d’émissions négatives et séquestration fiable : un programme de recherche. Washington, La presse des académies nationales, 510 p.
Chastain S., Kohfeld K., Pellatt M., Olid C., Gailis M. (2022) « Quantification of blue carbon in salt marshes of the Pacific coast of Canada », European Geosciences Union, 15 dec. 2022, [URL : https://doi.org/10.5194/bg-19-5751-2022].
Chauveau, L., 2016, « Inquiétudes pour la corne d’abondance du Pacifique », Sciences et avenir, « Nature et biodiversité », septembre 2016, n°835, p. 60.
Duarte C., Losada I., Hendriks I., Mazarrasa I., Marbà N. (2013) « The role of coastal plant communities for climate change mitigation and adaptation », Nat. Clim. Change, 3, pp. 961–968, [URL : https://doi.org/10.1038/nclimate1970].
Evaluation Française des Ecosystèmes et des Services Ecosystémiques (2019) La séquestration de carbone par les écosystèmes en France, Ed. Commissariat général au développement durable, Paris, mars 2019, 102 p., [URL : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/publications/Th%C3%A9ma%20-%20La%20sequestration%20de%20carbone%20par%20les%20ecosysteme.pdf?utm_source=chatgpt.com].
Hayes K.R., Dunstan P., Woolley S., Barrett N., Howe S.A., Samson C.R., Bowling R., Ryan M.P., Foster S., Monk J., Peel D., Hosack G.R., Francis S.O. (2021) Designing a Targeted Monitoring Program to Support Evidence Based Management of Australian Marine Parks: A Pilot on the South-East Marine Parks Network. Report to Parks Australia and the National Environmental Science Program, Marine Biodiversity Hub. Parks Australia, University of Tasmanian and CSIRO, Hobart, Australia.
Hegel G. W. F. (1821) Principes de la philosophie du droit, Préface, cité par Labarrière Pierre-Jean (1977) Hegel : une philosophie du droit », dans Communications, n°26, L’objet du droit. pp. 159-167, mis en ligne le 10 mai 2018, [URL : https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1977_num_26_1_1401], consulté le 7 décembre 2025.
Macreadie P., Hughes R., Kimbro D. (2013), « Loss of « blue carbon » from coastal salt marshes following habitat disturbance », Plos One, vol. 8, no 7, online 8 July 2013, [URL: https://doi.org/10.1371/journal.pone.0069244].
Mcleod E., Chmura G., Bouillon S., Salm R., Björk M., Duarte C., Lovelock C., Schlesinger W., Silliman B. (2011) A blueprint for blue carbon: toward an improved understanding of the role of vegetated coastal habitats in sequestering CO2, Front Ecol Environ; 9(10), pp. 552–560, online 20 Jun 2011, [DOI: https://doi.org/10.1890/110004].
Ministère de la Transition écologique (2025) Dossier de presse : COP 30 Climat, 6 novembre, en ligne, 14 p., [URL : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/20251106_DP_COP30.pdf].
Nellemann C., Corcoran E., Duarte C., Valdes L. (2009) Blue Carbon. The role of healthy oceans in binding carbon. A Rapid Response Assessment. Arendal, Norway: UNEP/GRID-Arendal, 78 p., [URL : http://www.grida.no/files/publications/blue-carbon/BlueCarbon_screen.pdf].
Pasteau E., Krakovitch N., Hebert A. (2025) Le rôle des crédits carbone pour le financement des objectifs climatiques mondiaux », Trésor-Eco, Direction générale du Trésor, n°375mis en ligne le 20 novembre 2025, [URL : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/48927836-43e7-4391-bfcd-0e70b3b27357/files/09919a18-8dd3-487e-86f7-f1caa8b2bd1a].
Programme des Nations Unies pour le Développement (2025) « Qu’est-ce que les marchés du carbone et comment fonctionnent-ils ? », mis en ligne le 10 septembre 2025, [URL : https://climatepromise.undp.org/fr/news-and-stories/quest-ce-que-les-marches-du-carbone-et-comment-fonctionnent-ils?utm_source=chatgpt.com].
Réné C. (2025) « Le carbone bleu, océan d’opportunités pour le Pacifique », Radio 1, 25 novembre 2025, en ligne, [URL : https://www.radio1.pf/le-carbone-bleu-ocean-dopportunites-pour-le-pacifique].
Roman J., Estes J., Morissette L., Smith C., Costa D., McCarthy J., Nation J., Nicol S., Pershing A., Smetacek V. (2014) « Whales as marine ecosystem engineers », Frontiers in Ecology and the Environment, Vol. 12, Issue 7, pp. 377-385, online 03 July 2014, [DOI: https://doi.org/10.1890/130220].
Surfrider (2025) Crédits carbone bleu. Entre attentes et risques : étude sur la perception des parties prenantes concernant les crédits de carbone bleu, Rapport critique, Surfrider, Fondation Europe, 62 p., mis en ligne le 5 novembre 2025, [URL : https://www.actu-environnement.com/ae/news/credits-carbone-bleus-rapport-surfrider-47042.php4#xtor=EPR-50].
Tchekemian A. (2023) Clipperton, les restes de la Passion. Regards sur le seul atoll corallien français dans l’océan Pacifique nord-oriental, Ed. Presses Universitaires des Antilles, Coll. Espace, territoires et sociétés, 195 p., [URL : https://presses.univ-antilles.fr/collections/espace-territoires-et-societes/clipperton-les-restes-de-la-passion].
Turns A. (2024) « ‘Vast’ carbon sink of mud on seabed needs more protection, study shows », The Guardian, online 19 sept. 2024, [URL : https://www.theguardian.com/environment/2024/sep/19/vast-carbon-sink-of-mud-on-seabed-needs-more-protection-study-shows?utm_source=chatgpt.com].
Vaz S., Laffargue P. (2021) « Pêche : ce que la science nous dit de l’impact du chalutage sur les fonds marins », The Conversation, 14 p., mis en ligne le 15 décembre 2021, [URL : https://theconversation.com/peche-ce-que-la-science-nous-dit-de-limpact-du-chalutage-sur-les-fonds-marins-172325]. Zhang, W., Porz, L., Yilmaz, R. et al. (2024) Long-term carbon storage in shelf sea sediments reduced by intensive bottom trawling. Nature Geoscience 17, pp. 1268–1276, online 28 October 2024, [DOI: https://doi.org/10.1038/s41561-024-01581-4
