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Si nous ne vivions qu’une accélération de la vitesse, ce ne serait pas trop grave et nous pourrions, en suant beaucoup, nous y faire. Mais nous vivons aussi un vrai n’importe quoi, en matière de politique, certes, mais en matière d’éducation et de scolarisations diverses, aussi.

Il ne se passe pas une semaine sans que telle ou tel, d’ici, de là-bas, nous propose une « vision » dans ce domaine, dont on se demande s’il s’agit d’une plaisanterie, d’une fantaisie de fin de semaine, d’une mode soudaine, d’un mélange de genres puisqu’enfin on mixte, sans retenue,  le SMS et l’écrit littéraire, la chanson et la pirouette sportive, le pédagogique et la peinture des murs des écoles, la gestion et l’innovation, la publicité, le fait divers et l’information, le patrimoine culturel et la culture qui s’élabore, le poétique et la joliesse, le sentiment et le sentimentalisme, l’apprentissage des savoirs et celui des savoir-faire, la  bouffe et la nutrition,  le tout au nom de la grande fête permanente des partages,  du ludique, des plaisirs du paradis sur terre que serait, paraît-il, Tahiti. Ceux qui vivent dans les vallées ne disent mot, s’abstiennent, ou pratiquent des rituels ancestraux, ou des prières quotidiennes dont l’immense vertu est de calmer, de compenser l’injustice, les manques. Ces prières qui sont aussi des résiliences.

Il en est ainsi des boutures d’écoles : celle des parents qui voudraient que leurs enfants aient quelques chances d’émerger ; celle de ceux qui savent que, faute d’être aidés en famille, leurs petits resteront fixés dans les vallées de leurs ancêtres ; celle des cadres mieux pourvus qui ont les moyens de payer, pour compenser le fonctionnement hasardeux des années scolaires qui filent, avec, ou non, des professeurs absents ; celle des classes « immergées » dans des opérations vaguement assistées, d’île en île, et selon les langues non maîtrisées du coin ; celles qui  proposent , en payant largement, des enseignements bilingues…

Veut-on former tous les enfants de ce pays, au mieux de leurs talents ?

Où sont l’école tahitienne et le projet de société qui justifient une telle profusion de choix ? Est-ce un signe de richesse pédagogique ou la preuve d’un sauve qui peut ? Veut-on former tout simplement une élite ? Veut-on former tous les enfants de ce pays, au mieux de leurs talents ? Veut-on, sous prétexte de cultures locales, cantonner les « petits » dans des langues locales qui sont, pour certaines d’entre elles, balbutiantes ?  Veut-on la promotion maximale de tous ceux qui veulent vraiment et qui savent que l’école est un lieu de travail et non une estrade pour des spectacles ou des élections de misses à venir ? Allons-nous continuer la dégringolade de l’école métropolitaine, que la gauche, et le centre, et la droite ont négligée ? L’instruction est-elle publique ou pour… les différents « publics » ? J’ai peur de vérifier que, sous des justifications de « libertés », la sinistre seconde hypothèse soit la bonne et que les « petits » en fassent les frais. Depuis Jospin, au moins, ce processus est en route. Et je ne parle pas de l’échec des collèges dont le cœur même devrait être le lieu de la détection de talents, pour des orientations réelles. Ni de l’absence, ou presque, des collèges des métiers. Ni de la confusion, à l’Université gestionnaire, entre les festivités « culturelles » et les recherches théoriques.

J’ai la faiblesse encore et toujours de penser que l’école, dans sa continuité, qu’elle soit laïque, privée sous contrat ou totalement libre, est le lieu privilégié des apprentissages des savoirs qui structurent, pour toute une vie, des enfants puis des adolescents qui se respecteront dans leurs diversités et sauront vivre ensemble et non pour des clientèles politiques locales. Au vu des abstentions faramineuses pour la présidentielle, nous avons du pain sur la planche ! L’individualisme et la médiocrité triomphent. Il faut se demander pourquoi, dès l’école.

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