Retour

Cet article est paru dans le Bulletin de la Société des Études Océaniennes (BSEO) N° 117 de décembre 1956. Retrouvez chaque mois, dans notre rubrique « Culture/Patrimoine », un sujet rédigé par la Société des Études Océaniennes, notre partenaire. (Photo de Une : Maupiti)

Il est certes inutile que je vous présente M. Francis Mazière. C’est une figure déjà bien connue à Papeete et tout le monde sait que c’est un explorateur chevronné en même temps qu’un archéologue averti. M. Mazière a voulu nous donner quelque chose d’absolument inédit avec son film FATUHIVA ILE DE LEGENDE, et il y a pleinement réussi. Fatuhiva, du groupe Sud de l’archipel des Iles Marquises, a été choisie par M. Mazière, parce que la moins connue et aussi la plus proche des côtes américaines. En effet, entre Fatuhiva et les côtes sud-américaines, il n’y a que l’immense et houleux Pacifique, dont les vagues, inlassablement, viennent battre les falaises marquisiennes.

M. Mazière a donc exploré la côte Est de Fatuhiva, pratiquement inconnue jusqu’à ce jour des Européens, et il nous fait participer à des découvertes sensationnelles. Le film est un film d’amateur, c’est dire que les images ne sont pas toujours aussi bonnes qu’elles devraient l’être au point de vue technique, mais cela ne compte plus devant les beautés qui nous sont révélées.

Grâce à M. W. Grelet, chef de l’île de Fatuhiva, et aussi à la délicatesse apportée par M. Mazière dans ses rapports avec les indigènes de l’île, ce dernier a pu être conduit et guidé, sur la côte Est de l’île, vers ce que j’appellerai les « hauts lieux » de Fatuhiva. A cheval, par des sentiers vertigineux côtoyant des précipices immenses, puis progressant à la force du poignet le long de falaises abruptes, M. Mazière a pu visiter des grottes renfermant des sépultures anciennes ; dégageant par ailleurs des paepae envahis de brousse, il a découvert des pierres sculptées, et il nous fait profiter de toutes ses découvertes. Ce film est passionnant, non seulement pour tous ceux qui aiment nos îles mais surtout pour ceux qui se sont penchés sur leur passé. Pour ces derniers, il nous apporte des documents de choix, de véritables révélations. M. Mazière nous retrace ce qu’a été la vie des Marquisiens d’il y a deux ou trois cents ans.

Pour les autres, le film prodigue les paysages enchanteurs : côtes sauvages battues de la grande houle pacifique, vallées ombreuses aux clairs ruisseaux, crêtes étroites et pics aigus, coulées de lave figées en plein ciel. C’est beau, c’est prenant.

M. Mazière nous montre aussi l’homme, le Marquisien, qui l’a reçu, guidé, aidé ; c’est une figure que l’on ne peut oublier. Sur cette face d’homme de Fatuhiva dont le regard d’une étrange fixité semble tourné vers le passé, se lit cette tristesse, cette angoisse, que l’on éprouve aux Marquises devant ces paysages d’une écrasante beauté, ces vallées désertes, ces terres si peu habitées ; sur ce visage se lit la résignation devant une vie de plus en plus vide de sens, le regret de la vie ancienne, des fastes passés. Ce visage est beau, d’une beauté qui vous serre le cœur. M. Mazière a, là encore, fait une découverte et nous devons l’en féliciter.

Le deuxième film présenté s’intitule TEIVA PETIT PRINCE DES ILES. C’est l’histoire toute simple d’une journée de la vie d’un petit tahitien de Maupiti, l’île qui était si chère au cœur d’André ROPITEAU. Teiva est un enfant rieur, d’un brun petit bambino au sourire délicieux découvrant des dents éclatantes. Nous le voyons s’éveiller à l’aube d’une belle journée, s’amuser sur la plage avec ses petits frères et sœurs, prendre en famille le premier déjeuner. Puis, profitant du départ de son père pour la pêche, Teiva prend lui aussi sa petite pirogue, et va explorer, en compagnie de son fidèle et inséparable oiseau, le lagon, le récif aux multiples splendeurs. Il pêche. Puis, tenté, il décide de traverser le lagon pour découvrir la grande terre. Il y aborde, et va d’émerveillements en émerveillements. Il rentre chez lui à la nuit, fatigué mais heureux, et s’endort sur les genoux de son père, rêvant qu’il est devenu le petit prince des îles.

Tout cela est jeune, frais, vivant, bien fait pour plaire aux petits français que toutes ces belles images feront très certainement rêver. Ce petit bout d’homme a tenu son rôle avec une fraîcheur naïve qui vous enchante, une spontanéité et un naturel inégalables.

Puisse la vie ne pas le gâter et qu’il reste toujours l’adorable petit Teiva que nous voyons évoluer tout au long de ce beau livre d’images. Puisse-t-il aussi, aimable petit ambassadeur de nos îles de lumière, aller enchanter et faire rêver tous les petits enfants de France.

Yves Malardé

Texte : Société des Études Océaniennes

 

 

Précision : la rédaction de PPM a conservé la graphie originale des textes publiés par la SEO.

image_pdfPDFimage_printImprimer

Laisser un commentaire

Partage