Retour
Réservé aux abonnés

Pour mon cinquième voyage à Clipperton en dix ans, je suis parti en février à bord d’un voilier catamaran Jeanneau français. A bord, une Française de La Rochelle faisait partie de l’équipage. Tout cela était de bons augures et le port de départ était la magnifique ville d’Acapulco, au Mexique. Pourquoi Clipperton ? Je ne sais toujours pas. Il faut y aller et y passer quelques jours pour me comprendre, et il me faudrait plus d’espace pour exprimer ma passion et l’écrire. Pendant cinq jours à travers le Pacifique, ses tempêtes et trombes d’eau alternées aux doldrums, ces périodes où la mer ressemble à un miroir et reflète le ciel, j’ai passé mon temps assis sur la proue d’une des coques, les pieds au-dessus de l’eau, scrutant l’horizon, admirant des ciels embrasés le matin et le soir, et une immense voie lactée la nuit. Plus de Covid, pas de news, le ciel, la mer, la voile, et le tout en direction de Clipperton. J’étais aux anges !

Mon ombre

Clayton est un journaliste free-lance de la BBC et un plongeur. Lors d’un trip de plongée, à bord d’un bateau qui m’avait emmené plusieurs fois à Clipperton, il a entendu parler de moi, de ce français bizarre qui ne va pas à Clipperton pour y plonger avec les requins ou y pêcher des thons, mais s’y rend régulièrement pour passer son temps sur la couronne, avec les oiseaux, les crabes, et parfois les rats. Il m‘a contacté avant ce voyage : il irait avec moi et pour moi, pour m’interviewer et me filmer, documenter ma passion pour cet atoll. Je serai interviewé dans son studio pendant près de 5 heures, à Mexico city. Puis il sera mon « ombre » pendant le voyage aller et retour. Il passera aussi deux jours et une nuit sur l’atoll pour m’y filmer en train de faire « my things », ce que j’y fais quand j’y vais : exploration, documentation, « survie »… Il est difficile d’ignorer la caméra, de faire comme si elle n’existait pas. Il est difficile de parler de soi-même. Il est impossible de se balader « à poil » pour le bain matinal et en fin de journée, et séchage au soleil. C’était son premier séjour sur l’atoll et il lui a fallu aussi y aller et en sortir à la nage avec son matériel. Sa seule nuit a été un peu stressante et il a peu dormi. En effet, la présence permanente des crabes orange et des crabes marins qui viennent voir ce qui est comestible, et la menace de la visite des rats, l’ont empêché de dormir, de profiter du bruit des vagues et de la voie lactée… Mais c’est un Clippertonien maintenant et il veut y retourner …

Partage