C’est le 25 février 1792 que la longue histoire du motu COLETTE a débuté. C’est en effet ce jour-là, ou plus exactement dans la nuit sans lune du 24 au 25 février, que le baleinier anglais Matilda vint s’écraser sur les récifs qui bordent ce petit motu situé au nord de Moruroa (voir carte ci-dessus)…

Les traces de ce naufrage étaient encore visibles en 1965 lorsque les premiers navires de la Marine nationale pénétrèrent dans le lagon en vue d’installer un centre d’expérimentation nucléaire et de mise au point des bombes atomiques. Il y avait notamment sur ce motu une belle ancre de marine et deux beaux canons en bronze. En 1966, juste avant le premier tir, l’ancre a mystérieusement disparu… Sans doute a-t-elle été récupérée par un collectionneur peu scrupuleux ? Par contre, les deux canons, après nettoyage et restauration, sont désormais présentés et mis en valeur au Musée de Tahiti et des îles.
A cette époque, les militaires et les civils qui étaient en poste à Moruroa se rendaient souvent sur ce motu COLETTE avec l’espoir de trouver quelques vestiges du naufrage du Matilda, tels que des clous ou des objets métalliques. Bien entendu, ces recherches ponctuelles et improvisées s’arrêtèrent dès le début des expérimentations nucléaires.
Le 21 juillet 1966, l’Armée a procédé à un premier tir de sécurité sur le motu COLETTE. Il fallait vérifier qu’en cas de crash d’un avion transportant une bombe atomique, celle-ci n’allait pas exploser accidentellement. Une bombe fut donc lancée sur le motu depuis un avion volant à basse altitude. Elle n’explosa pas, mais tout le plutonium dont elle était constituée se répandit sur le sol. Un peu de goudron fut alors coulé aux endroits les plus contaminés pour éviter la dispersion de la radioactivité vers le lagon ou les motu avoisinants…
De 1972 à 1976, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique, NDLR) a réalisé quatre autres tirs de sécurité sur ce même motu COLETTE : du plutonium était posé en haut d’une petite tour métallique puis dispersé sur le motu depuis cette tour. Cela explique aujourd’hui la présence de plusieurs kilos de plutonium sur le sol de ce motu, qui mesure globalement 900 mètres de long et 200 mètres de large. Depuis cette époque, rien n’a été fait pour fixer cette très dangereuse contamination et éviter sa propagation. Pour aller sur place, il est indispensable de porter une tenue chaude et un masque, et surtout de respecter les consignes strictes de radioprotection relatives au plutonium. Cela est bien entendu absolument nécessaire. Je rappelle également que l’accès routier vers les installations de la zone nord de Mururoa est devenu risqué voire très dangereux en raison du risque d’effondrement de cette zone fragilisée par plusieurs tirs souterrains.
Le plutonium est extrêmement dangereux pour l’organisme humain

Il est important de rappeler que le plutonium est extrêmement dangereux pour l’organisme humain. En effet, l’ingestion ou l’inhalation d’un milligramme de ce radioélément est suffisante pour provoquer un cancer. Or, d’après tous les spécialistes, il y a actuellement au minimum 5 kilos de plutonium répandus sur le motu COLETTE… Cette situation ne peut être que très inquiétante pour les Polynésiens car elle laisse planer une menace permanente sur leur environnement. Il est donc absolument nécessaire de prendre cette situation très au sérieux et sans faux fuyant : le motu COLETTE doit être nettoyé et la contamination restante fixée au sol par une chape de béton. Il est indispensable de réaliser ces travaux le plus rapidement possible. On ne peut que regretter que cette menace perdure depuis plus de 25 ans.
Comment alors ne pas s’insurger contre les propos de Monsieur François Bugaut, délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les installations et activités intéressant la Défense, qui a déclaré en décembre 2021 lors d’une conférence que ces 5 kilos de plutonium ne sont pas dangereux (lire l’article ici) !
C’est un devoir absolu pour la France d’intervenir au plus vite pour que ce motu COLETTE ne présente plus aucun danger pour la Polynésie.
