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Au moment où, en Polynésie, on s’interroge sur les conséquences actuelles et futures des 193 essais de bombes nucléaires effectués par la France à Moruroa et Fangataufa, il m’a semblé utile de bien préciser aux lecteurs de PPM comment se sont déroulés ces différents tirs… Je rappelle en effet à ce sujet qu’en raison de…

Tout au long de ces trente années d’expérimentations, il y eut quatre sortes de tirs : sur barges, sous ballons, de sécurité et souterrains.

TIRS SUR BARGES :  Il y eut 4 au total ; 3 en 1966 et 1 en 1967. Ces tirs sur barges furent tous extrêmement contaminants car l’énorme boule de feu qui se propageait sur le lagon interférait avec le fond corallien… Le nuage dégagé par l’explosion était donc chargé de particules lourdes qui, en fonction de la météo, se répandaient sur les îles ou les atolls voisins, en particulier aux Gambier et à Tureia.

TIRS SOUS BALLONS : De 1966 à 1974, il y eut 42 tirs sous ballons, dont plusieurs furent effectués à Fangataufa. Ces tirs sous ballons, réalisés en moyenne à 200 mètres d’altitude, présentaient l’avantage d’éviter une forte interférence entre la boule de feu et le lagon, donc de limiter la formation de particules lourdes dans le nuage.

TIRS DE SÉCURITÉ : De 1966 à 1974, il y eut 5 tirs de sécurité au total. Tous furent réalisés sur le motu Colette situé au nord de Moruroa.  La procédure fut chaque fois la même : une bombe placée en haut d’une tour métallique n’explosait pas, mais ses constituants radioactifs –essentiellement du plutonium – étaient dispersés sur le sol… Cela explique pourquoi aujourd’hui ce fameux motu Colette est encore recouvert de plutonium et pourquoi son accès est impossible.

TIRS SOUTERRAINS : De 1974 à 1996, il y eut 142 tirs souterrains au total. La procédure utilisée fut toujours la même : un forage d’un mètre de diamètre était réalisé jusqu’à une profondeur jugée suffisante pour éviter toute fuite extérieure de radioactivité… La puissance envisagée était donc un facteur déterminant pour la profondeur choisie pour faire le tir : certains tirs de forte puissance furent donc effectués à plus de 900 mètres de profondeur.  Mais ces forages de grand diamètre coûtant extrêmement cher, les responsables du CEA qui étaient les maîtres d’œuvre, prirent souvent le risque de faire des tirs à des profondeurs très faibles. Je rappelle à ce sujet que sur le plan géologique, l’atoll est constitué d’un massif corallien de 300 mètres d’épaisseur reposant sur un socle basaltique.  Le corail est poreux et fragile alors que le basalte est beaucoup plus dense et compact. C’est ainsi que dans la zone nord de Moruroa, plusieurs tirs furent effectués dans le corail ou dans la zone de transition corail-basalte.

Les conséquences de ces tirs réalisés à faible profondeur se firent rapidement ressentir avec l’apparition lente et progressive de failles et un net début d’effondrement de toute la zone Nord. Aussi, la décision fut prise de ne plus faire des forages sur les couronnes récifales entourant Moruroa et Fangataufa, mais de faire uniquement des forages « offshore », c’est-à-dire dans les lagons, en utilisant une barge de forage identique à celles utilisées pour la recherche pétrolière. Les lagons ayant une profondeur moyenne de 40 mètres, cela ne présentait pas de difficulté. Cela explique pourquoi à partir de 1988, tous les tirs furent effectués dans les lagons. 

Ces tirs sous le lagon engendraient de fortes vagues et des remous qui forcément remettaient en suspension les particules lourdes et radioactives déposées au fond du lagon lors des tirs sur barges et les tirs de sécurité, en particulier les tirs de sécurité réalisés sur le motu Colette. D’ailleurs, à ce sujet, je n’ai jamais compris pourquoi la baignade dans le lagon de Moruroa était autorisée… 1 heure après le tir ! Cette décision aberrante ne serait-elle pas responsable de l’apparition de cancers développés ultérieurement chez des personnels civils ou militaires ayant profité imprudemment de cette autorisation hâtive ? On est en droit de se poser la question…

Des risques qui continuent à planer

Ces différentes précisions permettent aujourd’hui de mieux comprendre la nature des deux principaux risques nucléaires qui, malheureusement, continuent à planer sur la Polynésie et qui sont les suivants : la dispersion du plutonium amassé sur le motu Colette et l’effondrement total ou partiel de la zone nord de Moruroa, avec dispersion dans l’océan de toute la radioactivité actuellement contenue dans des cavités de tirs.

Espérant sincèrement que ces quelques précisions vous aideront, chers amis lecteurs de PPM , à mieux cerner et comprendre la complexité des problèmes posés par les 193 essais de bombes atomiques réalisés par la France en Polynésie. Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

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