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Après la tenue début juin du Polynesian Islands Crypto Summit (PICS), le premier sommet sur la crypto-économie au Fenua, PPM a interrogé l’organisateur de l’événement. Hellmouth Banner dresse le bilan du PICS et nous éclaire davantage sur « ce sujet à la croisée de la technologie de pointe et de la finance » encore bien mystérieux pour…

Comment définiriez-vous la cryptomonnaie, quel est le principe ?

« Comme souvent sur ce sujet à la croisée de la technologie de pointe et de la finance, il n’existe pas une façon unique de définir “la cryptomonnaie”. 

Un peu de la même manière qu’il n’était pas si évident de définir “Internet” en 1995. S’agissait-il « d’autoroutes de l’information” permettant un accès inédit à cette dernière, sans frontière ? D’un réseau à l’échelle mondiale permettant à des ordinateurs de communiquer entre eux ? D’une espèce de visiophone géant et global permettant de “tchater” avec n’importe qui sur la planète ?

Pour autant, on s’accorde sur certains fondamentaux qui soutiennent la proposition de valeur des cryptomonnaies :

  • La décentralisation : les cryptomonnaies (ainsi que les actifs numériques évoluant sur les blockchains comme les NFT par exemple) transitent et s’échangent de gré à gré, sans avoir besoin d’un tiers de confiance ou d’une autorité centrale (comme une banque par exemple). On dit ainsi des échanges sur blockchain qu’ils sont “trustless”, c’est-à-dire qu’ils ne nécessitent pas que les participants à une transaction se fassent nécessairement confiance (ou fassent confiance à un tiers) pour s’exécuter parfaitement et en toute sécurité. 

Si posée ainsi cette idée semble toute simple, elle incarne à elle seule une révolution technologique et monétaire encore jamais vue. 

En effet, pour la première fois avec Bitcoin né il y a 13 ans (et à la large descendance depuis !) n’importe quel individu ou entité, où qu’il se trouve sur la planète, et sans qu’il ait la moindre autorisation à demander à quiconque, peut utiliser le réseau, y échanger de la valeur, le tout quasi-instantanément et pour des frais minimes (de quelques centimes à quelques dollars, selon les réseaux et actifs utilisés).

  • La transparence : la blockchain n’est rien de plus qu’un grand registre distribué et accessible à tous où s’écrit en temps réel l’ensemble des transactions du réseau. Ces échanges sont consultables en temps réel et demeurent inscrits définitivement dans ce “grand livre ouvert”, compilant l’ensemble de son histoire (à ce stade vous commencez au passage à comprendre en quoi la blockchain et les cryptomonnaies ne sont pas DU TOUT des outils adaptés au blanchiment d’argent à large échelle ou au financement d’activités illégales, mais c’est un autre sujet !) 
  • La confidentialité : cela peut sembler contre-intuitif au regard du point précédent, mais transparence ne veut pas dire exposition de la vie privée et de la confidentialité des échanges financiers entre individus. Si les pouvoirs publics et d’enquête disposent d’outils performants (et d’une industrie globalement coopérative) pour retracer des transactions en cas de besoin et les lier à des identités, la plupart des réseaux décentralisés proposent des transactions dites pseudonymes (et non “anonymes”, autrement dit, les transactions sont liées à des adresses publiques visibles par tous, mais qui ne posent pas nécessairement l’identité de leurs propriétaires). 
  • L’incensurabilité : il est impossible d’annuler ou d’empêcher une transaction qui s’opère sur une blockchain. Les réseaux sont par ailleurs accessibles à quiconque librement, il est possible d’y entrer et d’en sortir dès lors que vous respectez les règles du protocole qui s’y opère. Par ailleurs, dès lors que vous possédez les clefs privées d’accès à vos fonds, il est impossible pour quiconque de saisir ou geler ces derniers
  • La robustesse et la résistance au piratage. Si l’actualité laisse entendre que des “piratages de cryptomonnaies” sont le lot quotidien, il s’agit en réalité de compromission de plateformes tierces (auxquelles vous aviez délégué vos fonds) ou d’imprudence des utilisateurs (pertes ou transmission des clefs privées). En plus d’une décennie, aucune blockchain (et surtout pas la plus résistante, en l’occurrence Bitcoin) n’a jamais été “piratée”, en raison de la nature cryptographique de la technologie sous-jacente. Dans la même dynamique, le réseau Bitcoin n’a jamais connu d’arrêt ou de pause forcée depuis sa naissance en janvier 2009. » 

Ainsi, pour répondre à la question initiale, « qu’est-ce qu’une cryptomonnaie » ?

« Une cryptomonnaie est un actif numérique de nature cryptographique fonctionnant sur un réseau décentralisé (blockchain) permettant un échange de valeur de pair-à-pair, sans tiers de confiance. Cette possibilité d’échange est accessible à quiconque, incensurable et transparente. Les transactions en cryptomonnaies sont quasiment immédiates, définitives et économes en frais. »

Quel était l’objectif du sommet polynésien ?

« Pour commencer, le sommet PICS, n’était PAS un “sommet sur les cryptomonnaies”. 

Et ce pour une raison simple : les cryptomonnaies sont une classe d’actifs jeune, passionnante, mais particulièrement spéculative en l’état actuel.

Et là où il y a de la spéculation, il y a certes des opportunités, mais il y a surtout du danger pour tout investisseur débutant qui débarquerait non préparé dans un environnement souvent qualifié avec quelques pertinences de “Far West”. 

En matière de trading, il existe une règle dite des 90/90/90 : 90 % des investisseurs perdent 90 % de leurs capitaux en 90 jours en moyenne.

Il est important de souligner qu’en matière crypto, cette mécanique peut être encore plus brutale et rapide… Le PICS avait donc vocation à ne pas se transformer en “foire à l’investissement crypto”, incitant nos populations à se ruer sur ce supposé Eldorado aussi passionnant… que dangereux.

Et ce, sans même parler des authentiques arnaques ayant cours dans l’industrie, ciblant généralement les plus vulnérables et ceux dotés d’une culture financière insuffisante. 

Une fois cette mauvaise nouvelle digérée, le PICS avait surtout vocation à présenter le monde d’innovation et de croissance caché derrière “les cryptomonnaies”. 

Un monde qui connaît une croissance importante et dont les acteurs posent les fondations des usages numériques de demain, ce qu’on qualifie donc de Web3, un web plus décentralisé, plus confidentiel, plus “juste”, et qui redonne de la souveraineté à l’individu (et notamment sur ses data, le fameux « trésor numérique” dont se gavent les GAFAM, ces géants du Web2 qui ont construit leurs empires en traçant, exploitant et archivant nos comportements et habitudes numériques). 

Le web3, c’est aussi les NFT dont on entend beaucoup parler, mais également le métavers dont l’importance à venir est telle qu’elle a poussé Facebook à se rebaptiser en “Méta”. Des évolutions structurelles et globales qui sont une des conséquences lointaines mais très tangibles de la révolution entamée par Bitcoin à la fin des années 2010.

On pourra également citer la Finance Décentralisée, une finance où il devient possible d’emprunter, épargner, prêter des fonds, de pair-à-pair, sans le moindre besoin d’un organisme bancaire qui arbitrera si oui (ou non) vous aurez “le droit” d’utiliser vos finances à votre guise.

Ces différentes innovations – souvent balbutiantes encore- tapissent un environnement nouveau et plein de potentiels de croissance, de développement et d’emploi, y compris pour la Polynésie Française, et c’est là toute la proposition de valeur du sommet PICS.

Au passage, il convenait de démontrer que le Fenua pouvait accueillir un sommet international d’envergure, en dépit de son isolement et de son éloignement des grands centres de décision. »

Quel bilan dressez-vous à l’issue de ce premier rendez-vous au Fenua ?

« Le pari a été remporté me semble-t-il. D’une part, la Polynésie a brillé pendant 3 jours en tant qu’épicentre de l’écosystème crypto, blockchain et Web3 global. 

Plusieurs dizaines de sociétés, de fonds d’investissements, de médias ont fait le déplacement, près de 120 professionnels de France, du Canada, de Singapour… étaient présents.

D’autre part, le second objectif était de proposer aux polynésiens un “état de l’art” de l’industrie en exposant les potentiels des technologies distribués au profit de chacun, qu’il soit commerçant, artisan, artiste… et même administrations !

Des sujets aussi fondamentaux que la législation, la fiscalité, la régulation ont été abordés sans faux semblant. L’idée était de démystifier le secteur (et de faire s’évaporer les fantasmes d’argent facile et magique), tout en exposant positivement les réels potentiels de croissance et d’application. 

Par exemple, l’occasion a été parfaite pour présenter les nouveaux moyens de paiements crypto, tout particulièrement à destination de nos commerçants, de même que le potentiel de NFT (Tokens non fongibles, des actifs numériques aux caractéristiques uniques, incarnant l’avenir en matière d’authentification et de certification forte) pour la préservation du patrimoine immatériel polynésien, entre autres cas d’applications. 

Au final, chacun a pu piocher dans cette sorte de large « boîte à outils” d’innovations technologiques afin d’y discerner, pourquoi pas, des opportunités pour lui-même ou ses projets entrepreneuriaux. »  

« En 2022, 89 % de l’ensemble de la monnaie traditionnelle utilisée dans le monde est dite “scripturale”. »


Cette monnaie étant virtuelle, nombre d’entre nous sont sceptiques… Que leur diriez-vous pour les convaincre ?

« Je commencerais par un pied de nez : paradoxalement dans notre industrie, rares sont ceux qui cherchent à “convaincre” quiconque. 

L’adoption blockchain suit approximativement la même courbe que celle d’Internet dans les années 90-2000 (dans le détail, environ 400 millions de personnes utilisent des services cryptos dans le monde actuel, c’est l’équivalent des utilisateurs du Web en 1999). Une étude récente du cabinet de conseil mondial KPMG montre un taux d’adoption en France en constante augmentation, avec 8 % de la population utilisant des services crypto à l’heure actuelle. Par ailleurs, la plateforme crypto.com estime que le milliard d’utilisateurs pourrait être atteint avant 2023.

Ne cherchant à convaincre personne, je me contenterais ainsi de rappeler un de nos crédos culturel : DYOR “Do your Own Research » ou “faites vos propres recherches en français”. Lisez, documentez-vous, multipliez les sources et appliquez également un de nos autres standards : “ne croyez pas sur parole : vérifiez !” 

Pour revenir à la notion de “monnaie virtuelle”, qualificatif assez récurrent s’agissant des cryptomonnaies depuis leur apparition, il n’est pas inutile probablement de prendre un peu de recul.

En 2022, 89 % de l’ensemble de la monnaie traditionnelle utilisée dans le monde est dite “scripturale”

Qu’est-ce que ça signifie ? Tout simplement que cette monnaie ”n’existe” que sous une forme électronique, virtuelle (sous forme de “script” donc), et plus précisément sur les ordinateurs des banques centrales et de nos agences bancaires.

Des lignes de code sur des ordinateurs donc, sur lesquels vous et moi n’avons pas le moindre contrôle et qui peuvent être allumés, éteints ou modifiés à volonté (encore une fois, pas la vôtre ni la mienne). 

D’un point de vue plus géopolitique, il n’a échappé à personne que ces 3 dernières années ont vu la création (notamment par la réserve fédérale US mais également la BCE) d’une quantité colossale de monnaie, littéralement à partir… de rien (politique dite de “la planche à billet » qui au passage se passe même désormais de “planche”, la monnaie étant désormais générée en quelques clics sur des ordinateurs).

La conséquence immédiate de cette politique monétaire, nous commençons à l’entrevoir : une inflation qui s’annonce comme le prochain problème générationnel que nous aurons tous à traiter. 

En parallèle, Bitcoin expose un modèle de ce qu’on appelle parfois une “monnaie dure” avec sa quantité limitée, sa rareté numérique, la difficulté à en produire de nouvelles unités et l’impossibilité de la contrefaire notamment. 

On parle souvent de Bitcoin d’ailleurs comme étant une forme “d’or numérique” ou “Or 2.0” car présentant des caractéristiques étonnamment similaires.

Il est compréhensible qu’au travers de ces quelques lignes, il soit complexe d’en appréhender la substance, mais il faut surtout retenir une chose : lorsque vous détenez un Bitcoin (ou un autre actif crypto), ce dernier est intégralement à vous, c’est ce qu’on qualifie parfois “d’hyper-propriété”. Il vous sera impossible de le “dupliquer” ou de le “dépenser deux fois”, il ne disparaîtra jamais, ne s’évaporera pas et personne ne pourra s’en saisir à votre place.

Et même si 1 bitcoin (ou 1 satoshi, le “centime” de bitcoin) semble “virtuel” dans la mesure où il est impossible de le visualiser, de le “toucher”, sa réalité technologique et surtout sa valeur cristallisée dans la blockchain en font un actif parfaitement réel et tangible. 

Ces quelques rappels une fois posés, se pose donc la question : quelle est finalement la monnaie la plus “virtuelle” des deux ? »

Aussi, les cours s’effondrent actuellement, à -50 % de la valeur, quel est votre sentiment ?

« Dès lors qu’on évolue dans cette industrie depuis quelques années, on est habitué à ces mouvements cycliques du marché des actifs numériques. 

Ainsi, au gré de la croissance de la masse cryptomonétaire, de l’adoption, mais également des mécaniques de ce qu’on qualifie de “hype”, Bitcoin et l’ensemble du marché crypto connaissent d’importance vagues de croissance (“bull run”), suivies de phases de correction tout aussi importantes (“bear market”). 

Encore une fois, il s’agit de phases bien connues de quiconque fréquente la bourse et les marchés financiers traditionnels, cependant l’écosystème crypto étant encore immature et peu régulé, les mouvements qui s’y opèrent sont plus intenses.

S’agissant de la correction actuelle, on soulignera qu’elle concerne l’ensemble des marchés spéculatifs et notamment technologiques, sur fonds de relèvement des taux d’intérêt par les banques centrales et de la limitation de l’impression monétaire ayant cours depuis les débuts de la crise Covid.

Dans des contextes de ce type, les classes d’actifs dites “risk on”, c’est-à-dire les actifs considérés comme les plus volatils, exotiques et donc risqués, sont désertés en premier par les investisseurs traditionnels qui se tournent alors vers des catégories d’investissements plus classiques et jugées plus sécurisées, comme l’immobilier, les valeurs industrielles ou les matières premières.

Afin d’être complet et encore une fois de replacer les choses dans un contexte plus large, les valeurs tech européennes et américaines ont dévissé ces derniers mois, Netflix, Amazon, Meta ou Uber perdant entre 50 et 75 % de leurs valeurs boursières depuis leurs sommets de 2021 (des géants comme Zoom et Robinhood ont même perdu plus de 85 % de leurs capitalisation).  L’ensemble du NASDAQ américain a ainsi perdu un quart de sa valeur dans les derniers mois, une correction d’envergure similaire aux bulles internet du début des années 2000 ou à la crise des subprimes de 2008.

Ainsi, si le marché crypto connaît actuellement une grosse phase de correction, elle n’est pas nécessairement plus violente ou inattendue que celle qui frappe les marchés plus classiques. 

En revanche, on remarque que le traitement médiatique de cette chute est assez différencié. En effet, nombreux sont les acteurs du monde financier traditionnel à agiter des chiffons rouges s’agissant du « krach crypto” dans un environnement ou Air France a perdu jusqu’à 47 % en bourse en une seule journée, sans faire les gros titres, ni être déconseillé par votre banquier en tant que dangereuse valeur spéculative et volatile qu’il conviendrait de ne pas approcher…

Dernier point : ces périodes où le calme revient sur le marché après une phase de panique et d’effroi sont bien connues, et étonnamment souvent appréciées par les acteurs de l’industrie ! 

En effet, le calme étant revenu et le périmètre étant débarrassé de ses acteurs les plus opportunistes ou les moins sérieux, le temps est à la construction de projets plus résilients, aux fondamentaux plus solides, qui profiteront de la prochaine vague de croissance. 

On sème en marché baissier, on récolte en marché haussier, c’est un phénomène vieux comme la bourse. »

« Quel pourrait être l’objectif d’une “cryptomonnaie locale” ? »

Il existe même une cryptomonnaie tahitienne, pouvez-vous nous en dire plus ?

« Pour commencer, il faut avoir en tête que n’importe qui peut littéralement créer une cryptomonnaie en quelques minutes, sans grand bagage technique, pour un budget minimal.

Le succès et la prise de valeur éventuelle de ce nouveau “coin” ou “token” dépendra ensuite de nombreux facteurs : pertinence de la proposition de valeur, qualité de la communication ou du marketing (pour faire acheter et adopter votre crypto), période de marché…

Se pose ensuite de manière plus fondamentale la légitimité de la démarche et la capacité de l’équipe derrière le projet d’acquérir ou de démontrer cette légitimité. 

Est-ce que vous, ou moi avons la légitimité nécessaire ou suffisante pour nous approprier la notion même de “cryptomonnaie tahitienne » simplement en assortissant le nom de notre nouveau jeton tout neuf de termes comme “Tahiti”, Fenua”, “Polynésie » ? C’est une vraie question.

Aujourd’hui, il “existe” déjà des dizaines de cryptomonnaies sur différents réseaux, incluant ces termes, présentant de toutes petites capitalisations (de quelques dizaines à quelques milliers de $).

Exemple ci-dessous avec “Tahiti”, rien que sur le réseau Binance Smart Chain :

Enfin et surtout demeure la question à 1 000 BTC : quel problème cette solution cryptomonétaire a-t-elle vocation à résoudre de manière inédite et pertinente ?

Rien que sur cette dernière interrogation, vous pouvez spontanément écarter 98 % de l’ensemble de l’offre crypto apparue après Bitcoin. En effet, si à la question “A quoi sert cette cryptomonnaie ?” l’unique réponse évidente est ”À gagner de l’argent”, fuyez, parole d’expert.

Il en va d’ailleurs de même pour les divers projets pyramidaux et autres MLM associés à la crypto qui vont plus vous expliquer comment recruter de nouveaux adeptes que la proposition de valeur de leur crypto (qui n’existe d’ailleurs pas le plus souvent).

Pour revenir à la question d’une “cryptomonnaie tahitienne”, je ne suis à titre personnel pas du tout convaincu par sa proposition de valeur résiduelle, quel que soit l’angle choisi. 

S’agissant de sa pertinence, une initiative de ce type serait selon moi du même ordre que “créons un Internet polynésien !” 

Vous et moi, parce que nous consommons quotidiennement du web en 2022 sentons immédiatement toutes les limites et pour tout dire l’inutilité d’une telle idée. Internet a vocation à être mondial, global, sans frontière. 

C’est la même chose pour une cryptomonnaie, raison pour laquelle toute crypto “locale” me semble jusqu’à preuve du contraire dénuée d’intérêt et de valeur ajoutée. 

On retombe au passage sur un schéma récurrent que les professionnels de l’industrie tentent de combattre : la blockchain et la crypto n’ont pas vocation à résoudre tous les problèmes et certaines choses fonctionnent très bien en restant centralisées et avec des technologies déjà existantes.

Ainsi, si on souhaite créer une monnaie locale, on pourra se tourner vers des initiatives du type SEL (Système d’échange local), il en existe 600 en France

Mais on conçoit qu’une cryptomonnaie fait plus “moderne et cool” et que sa simple évocation fera briller les yeux de ceux qui pourraient y voir un “nouveau Bitcoin” qu’il conviendrait surtout de “ne pas rater cette fois-ci” bien sûr…

Le risque associé est donc que des particuliers, impressionnés par le côté nouveau et technologique et ce qui ressemblerait à une opportunité financière à saisir rapidement, y placent de l’argent sans vraiment comprendre les risques et implications d’un investissement crypto.

Au final, quel pourrait être l’objectif d’une “cryptomonnaie locale” (fut-elle tahitienne en l’occurrence), en excluant que la démarche ne soit pas une tentative d’escroquerie pure et simple, risque qu’il ne faut jamais écarter ?

Citons en vrac :

  • Permettre des transactions faciles et rapides entre habitants d’un territoire
  • Récupérer en souveraineté
  • Alimenter une économie locale via un système économique plus vertueux
  • Faire fonctionner des “places de marchés locales” sur le web
  • Supprimer les frais ponctionnés par les système bancaire et financier traditionnel…

J’ai une bonne nouvelle : Bitcoin (et plusieurs autres cryptomonnaies solides et anciennes) font déjà ça très bien, depuis des années, que vous soyez polynésien, new-yorkais ou résident du Togo ! 

Je ne pousse pas la réponse plus loin, mais ma position doit désormais vous sembler plus claire : inutile de réinventer (mal) la roue localement, là où Bitcoin est à disposition de tous, librement et avec un risque de disparition ou d’effondrement minimal.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Le Salvador ou la République de Centrafrique, qui ont fait récemment de Bitcoin monnaie légale sur leurs territoires respectifs, n’ont pas créé le « SalvadorCoin » ou RCACoin” ! Les dirigeants de ces pays ont parfaitement saisi toute la puissance du modèle originel pour mener à bien leurs projets (en l’occurrence retrouver de la souveraineté monétaire et sortir de la tutelle du système financier classique). »

« Investissez… sur vous ! »

Un dernier mot ?

« La crypto, la blockchain, les NFT, les métavers et plus largement le Web3 qui émerge actuellement, sont des sujets passionnants et il faut encourager chaque polynésien à mieux les découvrir. C’était l’objectif premier du Polynesian Islands Crypto Summit, un objectif qui je pense a été atteint.

Cette révolution en cours appartient à tous. Et chacun peut s’éduquer à ce nouveau sujet et prendre ce virage, il existe de très nombreuses ressources gratuites et disponibles sur Internet pour qui souhaite y consacrer un peu de temps.

Le PICS avait aussi pour mission de faire peut-être prendre conscience aux autorités locales d’une part qu’il était possible, sans un sou de financement public, de monter un sommet international d’envergure sur le sol polynésien et de faire de Tahiti et Moorea le centre d’une industrie de plusieurs trillions de dollars, l’espace de quelques jours. 

Et d’autre part que les potentiels d’emploi, de croissance et de développement sont réels et à portée de main pour la population du Fenua.

Je terminerais par ce qui je pense est le meilleur conseil d’investissement que vous entendrez cette année : Investissez… sur vous ! Votre temps, votre motivation à apprendre et acquérir des compétences sont les seuls véritables placements que vous ne regretterez jamais et qui vous rapporteront des dividendes toute votre vie ! Il sera toujours temps, un peu plus tard, de saisir les opportunités qui continueront à se présenter dans les années à venir, et elles seront nombreuses, y compris pour les habitants du Fenua. »

Propos recueillis par Dominique Schmitt


Communiqué de presse du Polynesian Islands Crypto Summit (PICS), début juin :

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