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Au niveau de l’État, la motivation principale était claire et ne se discutait pas : la France devait se doter d’une force de frappe nucléaire lui permettant de rejoindre et de prendre rang au sein même des grandes puissances nucléaires mondiales : URSS, États-Unis, Chine, Grande-Bretagne… C’était la volonté du général de Gaulle qui, après l’indépendance de l’Algérie, prit la décision de poursuivre les essais de mise au point des armes nucléaires en Polynésie Française sur les atolls de Moruroa et de Fangataufa. À cet effet, la Direction des applications militaires du CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, ndlr), désignée maître d’œuvre pour l’étude et la conception de ces armes nucléaires, créa la Direction des essais, chargée d’expérimenter les modèles de bombes atomiques imaginées par les bureaux d’études basés en Métropole (Limeil, Bruyère le Chatel, Valduc…). 

Dans les laboratoires de recherches et les bureaux d’études métropolitains, les motivations techniques furent immédiatement très nombreuses car, dans plusieurs spécialités, les chercheurs réalisèrent vite que les essais de bombes nucléaires en Polynésie pouvaient être à même de leur offrir des conditions expérimentales tout à fait exceptionnelles et très difficiles à obtenir dans les laboratoires métropolitains  : par exemple, les très hauts niveaux de radioactivité dégagés par une explosion nucléaire étant sans commune mesure avec les niveaux obtenus en laboratoire, beaucoup de composants  électroniques allaient pouvoir être testés efficacement dans des conditions spéciales. C’est pour cette raison, qu’à chaque tir, des physiciens de très haut niveau vinrent tout exprès de Métropole installer, à proximité des points zéros, les équipements spécifiques qu’ils souhaitaient tester ou diagnostiquer. En général, ces chercheurs restaient tout au plus quelques semaines en Polynésie… On les appelait « les missionnaires » …

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