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En tant que responsable du Syndicat autonome des retraités de Polynésie (SGARP) et membre du défunt Conseil d’orientation des retraites (COSR), j’ai eu connaissance des chiffres précédents (2021) de répartition des pensions CPS versées aux Polynésiens. La direction de la CPS a accepté de me transmettre les chiffres réactualisés fin décembre 2024. Cela permet d’analyser les constantes mais aussi l’évolution de la situation des retraites et des retraités. Ainsi, la pension moyenne CPS est passée de 118 848 Fcfp à 125 838 Fcfp.

Pour faire une étude comparative sur ces trois dernières années, il faut prendre en compte les éléments suivants :

– le niveau de revalorisation du minimum vieillesse ;

– les revalorisations des pensions depuis 3 ans ;

– l’évolution de l’inflation et du coût de la vie depuis le COVID ;

– l’évolution du SMIG ;

– l’évolution des salaires et du nombre de pensionnés bénéficiaires des retraites ;

– l’évolution du salaire moyen et de la médiane.

L’analyse des données statistiques au 31 décembre 2024 montre les points suivants :

1. La moyenne des pensions CPS a augmenté légèrement de 118 848 Fcfp (995,96 euros) à 125 838 Fcfp (1054,53 euros). Cela est dû à l’augmentation du minimum vieillesse à 85 000 Fcfp et aux revalorisations en tranche A (2,67 %). Le problème est que cette progression de la moyenne des pensions n’a pas abouti à une revalorisation conséquente du pouvoir d’achat. Seuls les retraités qui étaient en dessous du minimum vieillesse et les pensionnés disposant déjà de bonnes pensions ont tiré profit des revalorisations bénéficiant du taux égal. Il n’y a pas eu de revalorisation conséquente pour 70 % des retraités à revenus modestes ou intermédiaires. Le coût de la vie a été très supérieur (8 à 10 %) aux 2,67 % de revalorisation accordé. Il y a donc eu dégradation manifeste du pouvoir d’achat d’une majorité de retraités CPS, la moyenne en augmentation étant trompeuse. Il faut savoir que la moyenne de 70 % des pensionnés (23 920 pensionnés en dessous du SMIG) est de 76 012 Fcfp (637 euros) pendant que 3 703 retraités (10,8 %) absorbent 26,3 % de la masse des pensions.

2. Les données statistiques montrent aussi une poussée du montant global des pensions servies passant de 3 597 993 427 Fcfp en décembre 2021 à 4 281 382 991 Fcfp en décembre 2024. L’augmentation est nette surtout en tranche A. Cela s’explique à la fois par :

– le vieillissement de la population ;

– l’augmentation du minimum vieillesse ;

– les revalorisations appliquées exclusivement en tranche A ;

– l’augmentation du nombre de retraités.

Les charges en tranche B augmentent plus lentement du fait du blocage des revalorisations et des cotisations un peu plus élevées en tranche B depuis une dizaine d’années. La pension moyenne en tranche B est passée de 50 151 Fcfp en décembre 2021 à 51 864 Fcfp fin 2024. C’est assez faible. Cela est dû, en partie, au report du départ à l’âge limite de 62 ans des bénéficiaires de la tranche B aux revenus plus élevés et qui souhaitent tirer profit au maximum des avantages du système. La charge financière sera simplement décalée dans le temps. Les bénéficiaires de la seule tranche A partent plus tôt même si beaucoup sont victimes des abattements.

Le problème est de savoir comment s’est fait la répartition des prestations de retraite CPS globalement en légère augmentation. L’application d’un taux unique et égal de revalorisation a eu pour effet de favoriser les pensionnés qui étaient déjà les mieux dotés. C’était donc l’intérêt de proposer et défendre le principe de la prime (sous réserve de la doubler) afin de permettre un véritable différentiel de revalorisation au profit de ceux qui en avaient le plus besoin dans le contexte du Covid et de l’inflation qui a suivi.

3. L’analyse statistique permet aussi de faire quelques comparaisons avec les données métropolitaines dans des systèmes différents mais qui se définissent tous les deux comme des régimes par répartition. Le fondement de ce régime est que les pensions servies aux retraités s’appuient sur les cotisations de la population active. C’est donc, en théorie, un système d’équilibre. On ne peut donc accorder indéfiniment plus que les sommes générées par les cotisations patronales et salariales sous peine d’être en déséquilibre et de rompre le principe d’équité entre les tranches d’âge.

Le dispositif polynésien tel qu’il a été généré historiquement (depuis 1968) montre un déséquilibre très important et un manque de cohérence. Cela aboutit à un décrochage entre les revenus moyens des retraités polynésiens et ceux de métropole alors que le coût de la vie est de 40 % supérieur en Polynésie. Cela aboutit aussi à des disparités criantes de retraites entre les résidents polynésiens.

Voici quelques éléments de comparaison :

Une comparaison entre les prélèvements sociaux + fiscalité directe pour les retraités constituant la tranche supérieure des revenus montrerait que les plus aisés des pensionnés Polynésiens sont dans une situation très confortable par rapport à leurs collègues métropolitains. La situation n’est absolument pas comparable et on est loin de l’équité en Polynésie

L’observation des données permet de constater :

– Le niveau de pension moyenne est très inférieur en Polynésie. Cela s’explique, d’une part, parce que, historiquement, le nombre de cotisants et le niveau de cotisations étaient plus faibles. Par ailleurs, beaucoup de Polynésiens n’étaient pas déclarés par volonté à la fois des salariés mais aussi de beaucoup d’employeurs (économies). La faiblesse des pensions est ancienne et il n’y a pas eu de rattrapage important sauf pour ceux qui ont eu la possibilité de racheter des années.

– Le niveau de pension maximale possible dans le régime de base est beaucoup plus élevé en Polynésie. Cela est dû à la base de calcul (70 % à la CPS en Polynésie contre 50 % à la Sécurité sociale) plus favorable. Cela est le résultat également de la mise en place de la tranche B en 1996, ce qui a boosté les prestations retraite pour ceux qui bénéficiaient de bons revenus. L’adoption d’une validation gratuite intégrale pour cette tranche B a généré l’apparition d’écarts très importants dans le niveau des pensions perçues depuis 1996. Si cela a satisfait les bénéficiaires de hauts revenus tant le rendement était et reste merveilleux (certains acteurs sociaux refusant d’entrer dans les régimes complémentaires ARRCO/ AGIRC métropolitains plus contraignants), cela a aussi généré un système inégalitaire et inéquitable, les bénéficiaires de la tranche B tirant profit de revenus très conséquents tout en n’ayant cotisé que d’une façon très légère. Les employeurs, eux-mêmes, se sont longtemps contentés aussi d’un investissement social en tranche B favorable à leur trésorerie mais sans vision à long terme et sans recherche de réserves pour l’avenir et les générations futures. Ils ont donc une responsabilité dans la situation actuelle.

– Un certain nombre de grandes entreprises polynésiennes avaient choisi, à partir de 1990, donc bien avant la création de la tranche B, de signer des accords, au profit de leurs personnels, avec la CRE (caisse des expatriés) et l’IRCAFEX (cadres), caisses membres de l’ARRCO/AGIRC. L’objectif était de renforcer le niveau de retraite de leurs salariés compte tenu que la pension de base CPS restait faible. Ce système complémentaire exigeait des cotisations plus importantes pour les employeurs et salariés dans le respect des règles nationales fixées pour plus de 10 millions d’actifs du privé. Le résultat est que plus de 8 000 Polynésiens, en général engagés dans de grosses entreprises, ont bénéficié au final (avec cependant des cotisations conséquentes) d’un dispositif tranche A CPS + Tranche B + ARRCO/AGIRC + accords d’entreprise qui permet à certains d’atteindre jusqu’à 600 000 Fcfp/mois. Par contre, les niveaux de cotisations et de prélèvements sociaux selon les régimes et les systèmes, sont sans cohérence, déséquilibrés et disons-le injustes. Cela amène des frustrations et des surenchères telles celles qui se sont manifestées dans le cadre du projet de loi de Pays pour la réforme du RNS. La référence de niveau de taxation recherchée par les représentants des chefs d’entreprise et entrepreneurs n’est pas la pension moyenne des salariés CPS (125 838 Fcfp et même 76 000 Fcfp pour 70 % des salariés retraités) mais le maximum de pension CPS possible à savoir 360 000 Fcfp qui serait le seuil adéquat à leurs yeux. Chacun définit à sa convenance et selon sa vision de la décence et de la dignité le niveau de pension et la base de taxation que le gouvernement devrait reconnaître (320 000, 250 000, le SMIG). Ainsi donc chacun entend faire son marché social dans la jungle des textes sans vision d’ensemble.

Le Pays et les acteurs sociaux disent avoir l’intention et le projet de réformer notre système de retraite Polynésien. Le travail sera ardu car il faudra travailler sur deux axes complémentaires :

Assurer la survie du régime. Les données statistiques et les projections montrent qu’une dégradation est inévitable à court terme. La CPS peut encore assurer le versement des pensions en tranche A grâce à une légère embellie de l’emploi et une meilleure rentrée des cotisations. Cela ne permet pas de garantir l’avenir du fait du vieillissement de la population. Cela ne permet pas non plus d’apporter une amélioration substantielle de pouvoir d’achat aux 70 % de retraités polynésiens en dessous du SMIG

Corriger les anomalies et refonder un système cohérent et pérenne. En ce qui concerne la tranche B, c’est le mur du silence. Les bénéficiaires de la tranche B s’abritent parfois derrière la barricade des droits acquis et l’argumentation d’organismes de conseils, venus d’ailleurs et vendant de l’utopie (à prix élevé) mais qui n’ont aucune responsabilité dans la prise de décision. Cette tranche B est pourtant un scandale dans sa construction. Sa création était défendable et acceptable dans le principe mais les droits qui ont été accordés à une frange de la population et à une tranche générationnelle au détriment des futurs actifs constituent une spoliation des plus faibles et des plus jeunes.

Des propositions avaient déjà été faîtes par le SGARP il y a une douzaine d’années pour créer une Contribution de solidarité intergénérationnelle (CSIG) pour corriger le système. Cela est resté lettre morte. Il ne faut pas oublier les fonctionnaires d’État vivant sur le territoire. Leurs retraites sont payées par l’État, c’est-à-dire par les impôts de tous les citoyens. C’est la contre-partie de leur service rendu. Par la disparition progressive de l’ITR, les revenus de retraite des fonctionnaires en outre-mer ont beaucoup baissé. Les accommodements actuels ne suffisent pas à restaurer le niveau des pensions antérieures.

Il faut bien comprendre que les débats sur les retraites et leur évolution ont un double impact économique et social. Une répartition plus harmonieuse des pensions permettrait de dynamiser l’activité économique locale mais aussi plus de fraternité et d’équité dans le cadre d’une société plus solidaire. S’il est humain de pleurer sur la mort du pape François, il est aussi chrétien de retenir son message à l’égard des plus faibles. S’il est légitime que des retraités voyagent, bénéficient de tous les soins médicaux, aillent au restaurant, participent aux fêtes culturelles, aident leurs enfants, cela ne peut être réservé qu’à 25 % des Polynésiens ou à des catégories professionnelles particulières.

Faisons ensemble une réforme :

– qui reconnaisse l’égale dignité de tous les Polynésiens ;

– qui permette de rééquilibrer l’effort de contribution entre tous avec une part reposant sur les cotisations nécessaires et une part s’appuyant sur une fiscalité progressive ;

– qui permette de corriger les anomalies les plus criantes.


Note de la rédaction :  le recours contre l’adoption de la prime exceptionnelle a été rejeté. La prime a été versée fin mai.

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1 réflexion au sujet de « État et évolution des retraites CPS de 2021 à 2024 : pas de gros progrès constatés »

  1. Pour ceux que çà intéresse, à l’audience du 8 juillet 2025, n° 504539 et 504809 sont inscrits au conseil d’Etat mes deux recours, en rectification d’erreurs matérielles pour le premier et en omission de statuer sur le deuxième concernant…. ledit « recours (n° 501288 publié au JOPF du 15 mai 2025) contre l’adoption de la prime exceptionnelle a été rejeté ».
    A SUIVRE
    René, Georges, Hoffer, rollstahiti@gmail.com tél 87 77 71 70

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