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Dans cette exposition, prévue du 5 au 9 avril à la salle Muriavai de la Maison de la culture, l’artiste Gaya se fait aussi commissaire d’exposition et présente ses propres œuvres sous la forme originale d’une histoire fantastique et fictive, comme une enquête autour d’un personnage imaginaire, l’artiste François Hippolyte, qui aurait pu exister du temps de Paul Gauguin. Gaya a donc réalisé tous les dessins, tableaux et sculptures, tous originaux et avec une touche ancienne, ainsi que des documents d’enquête pour matérialiser et rendre crédible ce François Hippolyte, au point où le public pourra peut-être se demander si ce dernier n’avait pas vraiment existé…

L’exposition suivra un déroulé chronologique, depuis la découverte de la première œuvre par un certain Bruno Deval, en progressant par les différentes ruptures de style de l’artiste et les différentes étapes de l’enquête, pour nous emmener progressivement jusqu’à un travail proche de celui de Gauguin… Au point où l’on finira par se demander si Gauguin n’aurait pas plagié les idées de Hippolyte…

Voici donc l’histoire, troublante, qui va peut-être vous faire douter…

« Vincent, François, Paul et les autres peintres… »

« Il pourrait peut-être s’agir de la seule représentation de l’artiste trouvée à ce jour ! »

Ce reportage nous résume sept années de recherche qui ont abouti à cette incroyable et scandaleuse hypothèse qui pourrait faire polémique dans le monde de l’histoire de l’art.

L’aventure a commencé en 2013, suite à l’acquisition par Bruno Deval, d’une petite aquarelle sur un marché aux puces de Taravao. Cette œuvre curieuse et originale avait pour seul encadrement un gros coin sculpté et peint. Elle avait ainsi attiré l’œil de cet enseignant et amateur d’art premier océanien.

En bas du dessin, se trouvaient deux initiales, « F.H. », et en ouvrant le cadre, au dos de l’aquarelle, on pouvait lire : « Petit coin de paradis n°4 » et la signature, d’un certain… François Hippolyte.

Au marché, la vendeuse, que nous appellerons ici « Madame Amo », lui indiqua que ce tableau « bizarre », qu’elle n’appréciait pas, lui avait été donné par sa vieille voisine sans famille et dont elle avait pris soin jusqu’à ce qu’elle décède récemment. Elle lui avait également fait don d’un tas de feuilles de cahier arrachées avec des dessins jaunis entrecoupés de morceaux de phrases sans queue ni tête, semblant venir de ce même « F.H. », ce que Bruno Deval s’empressa d’acheter également.

Il s’agissait d’une soixantaine de feuilles très abîmées, probablement des pages détachées de plusieurs cahiers de croquis, faisant aussi office de journal intime, regroupées et nouées entre elles avec une vieille corde. Plusieurs annotations et brides de phrases parfois décousues entouraient les dessins.

Il a donc fallu glaner des indices dans ces pages et les regrouper afin d’en tirer quelques informations. On y décelait un artiste mélancolique qui notait ses états d’âmes, des réflexions intimes, des opinions bien tranchées, des contradictions aussi… L’artiste devait être complexe…

Ainsi, on décèle à la lecture de ce journal qu’il s’agissait d’un artiste rêvant de liberté et d’exotisme. Il serait arrivé à Tahiti vers 1890, et il semblerait qu’il n’ait eu que très peu d’échanges avec la population d’origine européenne.

Dans ces quelques pages, il ne mentionne qu’une seule « vraie amitié », en l’occurrence avec un membre de la communauté religieuse, une personne qui fut très importante pour lui, le Père André, qui lui avait laissé un « fare » à disposition aux abords de Papeete, en échange de menus travaux et services pour la paroisse. En amour, une seule amitié platonique est mentionnée avec une « femme tahitienne », mais pour autant aucune femme ne semble avoir partagé sa vie. Il était très croyant et il semblait vivre seul par choix dans son fare.

Quel âge avait-il, quelle vie avait-il auparavant, venait-il de France et de quelle région était-il originaire ? Plusieurs questions restent encore sans réponses.

Chose très intrigante dans ces écrits, de nombreux indices suggèrent que la religion et la sexualité semblent avoir toujours été source de conflits et de contradictions pour Hippolyte, comme pour son contemporain l’artiste Paul Gauguin. Comme lui, il avoue également fuir ses contemporains et les « colonisateurs » avec qui le contact était difficile (à l’exception de son ami, le Père André !).

Gauguin et Hippolyte se seraient d’ailleurs rencontrés plusieurs fois, ainsi que l’attestent les nombreux écrits retrouvés dans les feuillets… Ceci étant, à aucun moment il n’est mentionné clairement le nom de Gauguin, seulement celui de « Paul », mais il est évident qu’il ne pouvait s’agir que de Paul Gauguin !

Une première rencontre entre Vincent Van Gogh et François Hippolyte remonterait également à 1887 à Paris. On le sait maintenant grâce à une lettre découverte dans les archives du musée Van Gogh à Amsterdam et que Vincent Van Gogh aurait adressée à Paul Gauguin :

« En me rendant chez Madame Nurbaut pour prendre mes couleurs, j’y ai fait la rencontre d’un drôle de personnage, un certain François Hippolyte. Il a insisté pour que j’aille voir son travail à son atelier (rue Bordet) afin de lui donner mon avis sur son travail. Je l’ai donc suivi, et quelle surprise ! C’est un travail vraiment novateur, quelle modernité ! Le non fini, les raccords… Je n’ai jamais vu de tableaux aussi imaginatifs ! Il dit que son œuvre à venir est en constante gestation, en renouvellement continu. Il sait ce qu’il veut et a fort caractère… Il me plaît, et je suis sûr qu’il vous plaira aussi. Il a pour projet de quitter Paris pour l’Océanie. Il faudrait absolument que vous le rencontriez avant qu’il ne parte. »


Dans ses feuillets, Hippolyte mentionne une rencontre avec un certain « Paul » au moment de l’exposition universelle de Paris en 1889, et enfin une seconde en 1891 à Papeete, suivie de plusieurs autres.

D’après Bruno Deval, il est certain que ces deux artistes avaient des idées et des aspirations communes, si l’on compare ce que l’on sait de Paul Gauguin et certaines œuvres retrouvées de Hippolyte.

Toutes ces coïncidences étonnantes incitèrent Bruno Deval à suivre son intuition et à mener plus loin son enquête afin d’en savoir plus sur Hippolyte, tout en essayant de trouver d’autres œuvres.

Au cours de ces dernières années, Deval aidé de quatre amis de confiance et passionnés d’art menèrent discrètement des enquêtes oralement et passèrent de petites annonces en Polynésie. Mais rien, quasiment aucune trace officielle de son passage en Polynésie, ni photos ou écrits sur François Hippolyte aux archives territoriales, à l’exception de son acte de décès daté du 14 décembre 1905 et son inhumation à Papeete.

Cependant, tant bien que mal et après des années de patience et de recherches, ces passionnées découvrirent et recensèrent tout de même plus de 46 pièces signées Hippolyte ou F.H. qui étaient éparpillées sur les archipels de la Société et des Marquises, ainsi qu’en France et quelques-unes aux Etats-Unis, ce qui comprend des peintures, des aquarelles, des sculptures, un meuble et mêmes des céramiques. Hippolyte aurait fabriqué lui-même le premier four de potier à Tahiti !

Mais le plus étonnant, d’après Bruno Deval, c’est que toutes les créations retrouvées semblent avoir des points communs plus que troublants avec le travail et la démarche artistique de Gauguin !

Hippolyte mentionne d’ailleurs dans son journal que « Paul » lui rendit visite plusieurs fois à son atelier de Papeete, mais qu’en revanche, pour aller voir celui de « Paul » à Mataiea, ce dernier trouvait toujours une excuse pour ne pas le recevoir en retour, prétextant toujours que les tableaux n’étaient pas terminés, qu’ils séchaient ou toutes sortes d’autres raisons, comme si Gauguin ne voulait pas de visite. Donc si l’on en croit son journal, Paul et Hippolyte se connaissaient visiblement très bien !

En revanche, dans aucune correspondance de Paul Gauguin, envoyée de Tahiti à sa famille ou à ses amis, n’est mentionné le nom de François Hippolyte. Rien n’y atteste non plus qu’il se soient rencontrés…

Sauf que, toujours d’après le journal de F.H., ce n’est qu’en 1896, en entrant dans l’atelier de Gauguin à Mataiea à son insu (alors que Gauguin était absent), que Hippolyte découvrit enfin et avec stupeur le « supposé travail » de Gauguin qui n’était en fait qu’une « pâle copie de (ses) propres œuvres et de facture moins bonne ! »… Ce sont-là les mots de Hippolyte transcrits dans ses feuillets.

Alors, à la vue de certains travaux retrouvés, qui se serait inspiré de qui ? Gauguin aurait-il plagié Hippolyte ou se serait-il juste « hippolytisé » ? Ou est-ce François Hippolyte qui aurait plagié Gauguin ?

Même s’il est certain que le style de Gauguin était déjà bien affirmé avant qu’il n’arrive à Tahiti, la chose n’en reste pas moins troublante… Peut-être que Gauguin, en mal d’inspiration, aurait « dérobé » certaines idées de Hippolyte ?

D’après Hippolyte, Paul aurait quitté Tahiti pour les Marquises pour lui échapper…

(Extrait du journal) : « Même s’il quitte Tahiti pour aller se cacher aux Marquises, je le retrouverai avec l’aide de Dieu… », « Il m’a pillé, m’a volé mes idées, tout mon travail et il sera puni, que Dieu m’en soit témoin ! »

Quoi qu’il en soit, avec les seules pièces observées, il est encore trop tôt pour affirmer ou démentir quoi que ce soit, ce ne sont là que des suppositions.

Sur les conseils d’une « relation », Hippolyte serait allé voir un « sorcier » sur la Presqu’île de Tahiti qui lui aurait conseillé de fabriquer quatre tupapau (fantômes), puis de les placer aux quatre coins de l’ancien domicile de Gauguin à Mataiea « afin que son travail meure avec lui et ne soit jamais reconnu » !

Gauguin serait alors décédé une semaine seulement après que Hippolyte ait sculpté ces quatre sculptures de tupapau et suivi ces instructions… Peut-être s’agissait-il d’une coïncidence, mais dans son journal, Hippolyte évoque souvent cet étrange hasard, ses regrets et sa culpabilité dans la mort de Gauguin…

En tout cas, parmi les 46 œuvres regroupées par Bruno Deval et ses amis passionnés, on compte une inquiétante sculpture en tapa en relativement bon état, conservée chez un collectionneur, et qui semble correspondre aux descriptions et dessins d’un de ces tupapau retrouvés dans les feuillets.

Enfin, grâce aux archives et au recueil de certains témoignages, on a retrouvé la tombe de Hippolyte dans la partie en friche sur les hauteurs du cimetière de Papeete.

François Hippolyte y repose aujourd’hui inconnu de tous, mais il est fort à parier qu’après cette incroyable enquête, il ne le soit plus pour très longtemps… 

Texte et photos : Gaya

Notes complémentaires :

Actuellement Bruno Deval, aidé de nouveaux collaborateurs à ce projet, continue de poursuivre ses recherches en Polynésie, aux Etats unis et en Europe.

D’ailleurs, parmi les 46 œuvres déjà recensées, certaines pièces, qui seront exposées à Paris, sont actuellement en cours d’authentification…

L’architecte Xavier Dogo, qui réalise l’espace scénographique sur le travail de Paul Gauguin en Polynésie Française (qui remplace l’ancien Musée Gauguin à Papeari), travaille actuellement sur le musée de François Hippolyte qui est en projet sur Tahiti. Des documents et plans de ce projet seront également visibles pendant l’exposition à la salle Muriavai.

En France, un film documentaire sur Hippolyte intitulé : « Vincent, François Paul et les autres peintres… » est actuellement en cours. Un autre documentaire sera également réalisé ici pour la partie polynésienne… Nous profitons donc de cette tribune pour lancer un appel à candidature sur le Fenua car nous recherchons un réalisateur pour un documentaire sur François Hippolyte…  

(A SUIVRE…)

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