Retour

Cet article est paru dans le Bulletin de la Société des Études Océaniennes (BSEO) N° 127-128 de juin-septembre 1959. Retrouvez chaque mois, dans notre rubrique « Culture/Patrimoine », un sujet rédigé par la Société des Études Océaniennes, notre partenaire.

Au cours de recherches sur le sport de « surfing » chez les Hawaïens, j’ai eu l’occasion de découvrir des faits peu connus au sujet du sport tel qu’il se pratiquait dans toute l’Océanie. D’abord, j’ai trouvé que le « surfing », qui peut être défini comme le procédé de glissement sur une vague, pendant qu’on est supporté par une planche, était un sport ancien de la Polynésie, de la Mélanésie, et de la Micronésie. Ensuite j’ai découvert que si, comme on le sait bien, le « surfing » a eu son plus grand développement à Hawaï, il était aussi beaucoup pratiqué à Tahiti. Dans cet article on décrira le « surfing » de Tahiti et on le comparera avec le « surfing » hawaïen.

A Tahiti beaucoup de voyageurs ont observé ce jeu et l’ont décrit. Plusieurs écrivains, Cook (1), Bligh (2) et Morrison (3), ont écrit que le sport était en vogue à la Baie de Matavai, et le missionnaire William Ellis (4) écrit qu’il voyait souvent de cinquante à cent Polynésiens occupés à ce sport à Fare, Huahine.

Selon J. A. Moerenhout, le sport était pratiqué où il y avait des coupures dans les récifs, et il écrit que le « surfing » « consistait à se laisser emporter par les vagues de la mer, en se tenant sur leurs sommets, amusement le plus agréable pour eux, de tous ceux qu’ils s’étaient créés dans l’eau. Cet exercice avait pour théâtre les ouvertures dans les récifs, lieux où la mer brise avec le plus de fureur. Parmi tous les tours de force ou d’adresse que les hommes, en différents pays, sont parvenus à exécuter, je n’en connais pas qui surpasse celui-ci ou qui cause plus d’étonnements à première vue. En général, ils ont une planche de trois à quatre pieds de long, avec laquelle ils gagnent la mer à une certaine distance, guettant les vagues, plongeant sous celles qui ne sont pas assez fortes, et en laissant ainsi rouler plusieurs sur leur tête, jusqu’à ce qu’il en vienne une très élevée, que leur annoncent les cris poussés de la terre, par les spectateurs, toujours réunis en grand nombre sur le rivage. Couchés sur leur planche, ils attendent la lame ; et, au moment où elle les aborde, ils se donnent un mouvement qui leur en fait atteindre le sommet, d’où on les voit, aussitôt, emportés, avec la rapidité d’une flèche, vers la rive, sur laquelle on croirait qu’ils seront jetés en lambeaux ; mais, quand ils en sont très près, un petit mouvement les fait retourner et quitter la vague, qui, presqu’au même instant, se brise avec fracas sur le sable, ou sur les rochers, tandis que l’Indien, à flot, et sans jamais quitter sa planche, part, en riant, pour recommencer son terrible jeu. Hommes et femmes aiment à la folie ce divertissement, et s’y exercent dès leur plus tendre jeunesse ; aussi quelques-uns en acquièrent-ils une habitude qui passe toute croyance. J’en ai vu, dans de très gros temps, sauter à genoux sur leur planche, et se tenir ainsi en équilibre, pendant que le flot les emportait avec une vitesse effrayante ».

Selon Ellis, le « surfing », que les Tahitiens appelaient fa’ahe’e ou horue, était principalement un divertissement des adultes (6). De plus, selon Morrison, les chefs (ari’i), les femmes aussi bien que les hommes, étaient les plus habiles au « surfing » (7).

Ellis écrit aussi que les Tahitiens avaient un dieu, Huaouri, du « surfing ».

Comme nous l’avons déjà constaté, le « surfing » hawaïen était la forme la plus développée du sport. En bref, on peut caractériser le « surfing » hawaïen comme un sport qui était pratiqué par les hommes et les femmes, et surtout par les chefs, et les Hawaïens souvent se tenaient debout sur des planches mesurant jusqu’à 18 pieds de long. Le « surfing » hawaïen contraste avec celui de la plupart de l’Océanie, où il était pratiqué surtout par des jeunes, qui se couchaient à plat ventre sur des planches de trois ou quatre pieds de long (9).

Cependant, à Tahiti, comme nous l’avons déjà indiqué, c’étaient des adultes, et spécialement les chefs, qui pratiquaient ce sport. Ainsi, le « surfing » tahitien, au point de vue des participants, ressemblait au « surfing » hawaïen. Il y a un autre point de comparaison entre les deux, car il existe des indications que les Tahitiens, aussi bien que les Hawaïens, se tenaient debout sur leurs planches. Les Tahitiens se couchaient d’ordinaire à plat ventre, ou se tenaient à genoux sur leurs planches, mais Morrison écrit que les experts se tenaient debout sur leurs planches (10). D’ailleurs, les planches tahitiennes n’ont pas atteint le développement des hawaïennes, n’ayant pas eu vraisemblablement plus de 5 pieds de long.

Ainsi, vu la participation des adultes et des chefs, et le fait que les experts se tenaient debout sur leurs planches, on peut dire que le « surfing » tahitien était presque aussi hautement développé que le « surfing » hawaïen (11), malgré les planches plus courtes (11).

En 1888, C. F. Gordon-Cummings, après une visite de six mois à, Tahiti, écrit qu’il n’y a pas du tout vu de « surfing » (12). Cependant, Teuira Henry écrit en 1928 que le sport était rarement pratiqué en ce temps-là (13). En 1956 j’eus l’occasion de visiter Tahiti et plusieurs autres îles de l’Océanie française. Je vis des jeunes gens qui faisaient du « surfing » à Takapoto, aux îles Tuamotu, et à Hiva-Oa, aux îles Marquises, mais je n’observai pas du tout de « surfing » chez les Tahitiens.

Enfin, je pose la question : Est-ce que le fa’ahe’e, ancien sport de Tahiti, a complètement disparu ?

Ben R. FINNEY

Textes : Société des études océaniennes


Notes :

(1) Cook, 1784, Vol. 2, pages 150-151

(2) Bligh, 1937, Vol. 1, page 409

(3) Morrison, 1935, page 227

(4) Ellis, 1831, Vol. 1, page 224

(5) Moerenhout, 1837, Vol. 2, pages 151-152

(6) Ellis, 1831, Vol. 1, page 226

(7) Morrison, 1935, page 227

(8) Ellis, 1831, Vol. 1, page 226

(9) La documentation de ces déclarations, qui est trop longue pour être soumise ici, est inclue dans ma thèse (M.A.), Hawaiian Surfing, A Study of Cultural Change.

(10) Morrison, 1935, p. 226.1

(11) Vu la probabilité de la colonisation de Hawaï par les Tahitiens, je suggère dans ma thèse que c’est d’abord à Tahiti que le « surfing » devint un sport important, et que c’est plus tard, quand il fut apporté jusqu’aux Hawaï qu’il atteignit son plus grand développement.

Bibliographie :

Bligh, William, The Log of the Bounty. London, 1937

Cook, James, A Voyage to the Pacific Ocean… for Making Discoveries in the Northern Hemisphere in… the « Resolution » and « Discovery »… London, 1784

Ellis, William, Polynesian Researches. London, 1831

Finney, Ben, « Hawaiian Surfing, A Study in Cultural Change. » Thèse (M.A.) inédite à l’Université de Hawaï, Honolulu, 1959

Gordon-Cummings, C. F., Fire Fountains, The Kingdom of Hawaii… London, 1888

Henry, Teuira, Ancient Tahiti. Bishop Museum Bulletin 48, Honolulu, 1928

Moerenhout, J.A., Voyages aux îles du Grand Océan… Paris, 1937

Morrison, James, The Journal of James Morrison. London, 1935

 

Précision : la rédaction de PPM conserve la graphie originale des textes publiés par la SEO.

Laisser un commentaire

Partage