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En principe, la différence de genre ou d’orientation sexuelle n’aurait jamais dû poser quelque désagrément aux Océaniens et Océaniennes. Vu les vestiges païens ou autres convictions d’origine subsistant dans les mentalités, au cœur des traditions de Polynésie française. Sauf que le travail de sape, amorcé et perpétué par les multiples clochers débarqués au cours des derniers siècles, a désemparé les autochtones. Sauf que, depuis plus de 54 ans, abus, intimidations et discriminations de toutes sortes n’ont cessé de traquer les concernés. Et qu’avant toute restauration de droits, encore faut-il en déclarer l’identité.

Pourquoi mettre en place une marche des FIERTÉS, sinon pour se laver de la HONTE ! LA HONTE : de pécheur à réprouvé, dans la perception puritaine et outrecuidante des conquérants occidentaux, puis, à présent, de leurs fils spirituels néocolonialistes quelque peu imbus de leur superbe, l’insulaire autochtone du Pacifique Sud s’est vu dépouiller de ses mythes fondateurs. Porteur d’une civilisation dont les traces perdurent dans la langue, les modes de pensée, les us et coutumes, la pierre des pétroglyphes, pionnier de la navigation aux étoiles, de la pirogue à balancier, du catamaran et du surf, leur accueil pacifique n’a pu suffire à les épargner. Les enquêtes de la Société des Océanistes nous l’apprennent ou nous le confirment. Les codes répressifs, édictés par les évêques d’abord (Dordillon aux Marquises, par exemple…), les autorités colonisatrices ensuite, sont particulièrement instructives du « génocide philosophique » perpétré par les occupants, au cours de ce XIXe siècle oppresseur – de ce point de vue-là -, il convient de l’admettre. 

Ainsi, le concept de transgénérisme, transmis par les récits fondateurs anciens, telle la mutation bilatérale du couple divin devenu transgenre, disparaît du panthéon ma’ohi : « Fa’ahotu ayant échangé sa nature masculine contre la nature féminine d’Atea » et vice-versa, ils donnent naissance à une lignée divine. De même, « les relations homosexuelles du roi Pomare II (1782-1821) », différant auprès des missionnaires son baptême, compromettent d’autant la pacification qu’il veut concrétiser avec l’envahisseur anglais.

Il est cependant judicieux de constater que ce point de vue trans, insolite pour l’époque, semble nous devenir familier, voire obsessionnel actuellement. D’autre part, « cette liberté sexuelle, valeur fondatrice de la manière de vivre du peuple polynésien, se trouve bien éloignée du regard occidental porté sur l’homosexualité, considérée comme péché, fléau social, délit ou maladie ». Deux siècles d’équivoque et de méprise entre Océanie et Occident peuvent-ils s’effacer magiquement quand tout le panel culturel donc identitaire est piétiné ? 

« FIERTÉS » : une grande claque à la face du monde. Eh oui ! pourquoi brandir ce terme ! Le répéter en slogan à toutes les PARADES ! FIERTÉ pour sortir du ghetto de la HONTE, ne plus risquer la détention ni l’asile psychiatrique, ne plus se cacher, ne plus fuir les insultes d’inconnus, les tabassages de la rue.

FIERTÉ ! Une revendication assumée dès l’anniversaire des émeutes de Stonewall Inn, répliquant, à l’humiliation institutionnalisée par les lois et les morales de maints États, assénée, au début de l’été, il y a 54 ans, par les forces de l’ordre, quelque part à New York. FIERTÉ, la figure de notre identité, revendiquée par les militants de la première heure, Brenda Howard, Robert A. Martin et L. Craig Schoonmaker. Mais pas que…

Malgré la dépénalisation par la France des libres pratiques sexuelles en 1981, suivie de son retrait des maladies mentales (1982), ce n’est pas un scoop si, courant 2022-23, les transgenres ou raerae polynésiens se retrouvent à nouveau condamnés par les prêches paroissiaux, pris à partie devant leur lieu de culte à Bora Bora, cognés gratuitement en vue d’une captation vidéo à Papeete (juin dernier). Bien que la Miss Université (UPF) 2022, en toute liberté de penser, ait été une Trans Tahitienne ! Semblant prouver que les jeunes étudiants polynésiens sont en avance de quelques années-lumière sur le reste des mentalités encore trop bornées et pitoyables. La réalité ayant été prise en compte par des électeurs intellos.

Quand l’individuel est impuissant à pallier la transphobie ou tout autre sexisme, le collectif prend le relais avec les Marches des Fiertés. Vite médiatisées en FIERTÉS ou PRIDE. Têtes hautes, colorées d’arc-en-ciel, les parades se veulent ludiques, festives… Extravagantes, elles exhibent la panoplie sans cesse renouvelée des « orientations sexuelles », des genres. Elles rejouent leurs origines, entre ersatz et fantasme, travestissement, Drag-Queen et Queer. Un hymne au corps !

FÉVRIER EN OCÉANIE :

Avec l’inversion des saisons en hémisphère Sud, c’est aux alentours de février que se lèvent les FIERTÉS, avec un faible pour le mardi-gras -carnavalesque par excellence – pour les pays qui délaissent le calendrier républicain.

Saison hot donc en Australie, Cook, Nouvelle-Calédonie, Nouvelle-Zélande, l’exception martiniquaise et islandaise : pour bousculer les classifications. En 2023, la Polynésie sort de son cachot, inaugure sa toute première PRIDE… et la deuxième dans la foulée en juin de la même année. Pourquoi s’en priver !

Sous l’égide de COUSINS-COUSINES-TAHITI, Association LGBTQI+A, créée dès 2007 « afin d’aider à une meilleure « reconnaissance sociale » des orientations de sexe et de genre… », ce sont bien des soucis de mal-être, de rejet ou d’exclusion qui touchent jeunes et moins jeunes au sein des familles, de l’embauche et du quotidien. Ce type de brimades ne sont pas récentes et ne semblent pas vraiment s’être atténuées depuis le début du XXe siècle où les mesures coercitives étaient à leur paroxysme un peu partout.

La solidarité, vertu première des populations insulaires plutôt isolées, fonctionnerait au cœur des associations de ce type comme palliatif aux états dépressifs, aux violences physiques et psychiques encourues constamment par les minorités d’orientation sexuelle ou de genre et qui conduisent malheureusement à des gestes suicidaires.

Pour en finir avec le SILENCE intrafamilial, scolaire ou sociétal, pour tourner la page à l’INVISIBILITÉ, ils envahissent l’espace. Sur la place Paofai, entre lagon, temple et herbage, se succèdent manifestes, récits, déclamation en tahitien et show musical.

Que sont venus partager les passants en ce samedi de PRIDE à Tahiti ? Pour une première, on aurait pu craindre le boycott, l’émeute, la protestation, la controverse, s’il faut en croire le grincheux d’un baveux produit d’ailleurs… En fait, le Polynésien est pacifique de nature. La transphobie, l’homophobie et autres délits réprimés par la loi ne se déchaînent ici que protégés par les ténèbres, le groupe, le rapport de force ou la faiblesse du bouc émissaire.

Au programme de la scène en plein-air qui fait face au temple Paofai, une réhabilitation légitime : avec témoignages livresques portés par Henri Heinere Brillant, par l’héroïne Transgenre PERS’ de la fiction Le Sang du corail, manifestes de tolérance menés par Teriihauroa Karel Luciani et par le ‘orero AROHA de Teva ; « LIBERTÉ D’ÊTRE SOI » tracée à la voix et à la mélodie par MAN’S viennent illustrer cette intrusion dans l’espace public.

Effectivement, on pourrait ne jamais en parler ! L’identité sexuelle ou de genre fait partie de l’intime, ne regarde personne, sinon qu’elle est inscrite sur la carte nationale d’identité… et que le suicide des minorités sexuelles ou de genre gonfle les statistiques du Fenua.

À l’inverse, les violences à l’encontre des minorités de genre montent en flèche dans le système scolaire et s’étalent sur la place publique, comme si l’intimité pouvait être exhibée. En conséquence, il est urgent d’en parler…

Enfin, la parade c’est vivre pleinement qui on est… sans risque, pour une fois ! Alors, on ne le dira jamais assez…

Sauf que… se taire signifie accepter de se faire molester et anéantir par des détracteurs que la lâcheté rend anonymes…

UN DOUBLÉ EN JUIN

Histoire de se sentir à l’unisson de la PARADE universelle, soit rendre hommage aux victimes de fin juin 1969, Cousins-Cousines Tahiti a inauguré son défilé festif à Bora Bora : là même île où certaines trans s’étaient fait conspuer.

Marche des Fiertés, concert de Man’s et ses Minnix, élections organisées par Miss Trans Raromatai, et de retour sur la capitale, soirée cinéma Voguing, échanges artistiques et… première Nuit de la Lecture LGBT, quelque part pour étayer l’assise créatrice du mouvement.

Grand déballage Queer, Gay et polymorphes pour signifier que les minorités dénigrées tentent une sortie de reconnaissance. Elles végètent tant qu’elles ne sont pas intégrées à part entière : la preuve ? Qui a assis sa notoriété sur sa véritable identité ici ? L’ombre, dans le sillage de… marquent la plupart des parcours. Ce n’est pas un scoop ! Il est temps de passer à une vitesse supérieure, en stoppant de ressasser les mêmes vérités incontournables.

Il est temps de le graver dans la roche, ouvertement, sans se voir obligé de recourir au témoignage des frères rassemblés autour de la stèle du souvenir. Pour en finir avec la victimisation impunie, les violences phobiques injustifiables, le chant du bélier sacrifié !

La libre parole, sans l’entacher d’opprobre. Même si l’ensemble de la population se réfère peu aux livres, ils sont une caution pour ancrer les faits, rassembler les exemples et les arguments. De même, et on ne peut le nier, l’identité de la minorité de genre ou d’orientation se caractérise apparemment par une volonté de se dire, de s’écrire, de s’exprimer…

Dans l’enregistrement ci-dessous, qui a illustré cette soirée, une véritable synthèse des systèmes de perception de l’Autre, de l’éducation, de ses failles, de sa vénalité qui font des nouvelles générations, des incompris et des sacrifiés :

« Que l’on t’impose des exigences de genre

… Veulent des Corps, faciles à classer

Les enfants, vous pouvez résister…

Célébrons nos actes de résistance… » :

Chante et gratte, la Néo-Zélandaise Tess Wise, qui compose cet hymne pour la Pride 2023 à Tahiti.

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